"L'épargnant belge est aussi responsable de la faiblesse des taux"

14/02/17 à 15:00 - Mise à jour à 14:59

Source: Moneytalk

Selon une étude d'Eric Dor, le directeur des études économiques de l'école de commerce IESEG à Lille, la politique de la Banque Centrale Européenne n'est pas la seule explication à la faiblesse des taux sur les livrets d'épargne dans notre pays. "Précisément parce que le Belge continue à épargner, les taux belges sur l'épargne n'augmentent pas."

"L'épargnant belge est aussi responsable de la faiblesse des taux"

© Getty Images/iStockphoto

Plus le Belge épargne, plus il perd de pouvoir d'achat, nous apprend une étude d'Eric Dor, le directeur des études économiques de l'école de commerce IESEG à Lille. Les personnes qui placent leur argent sur un livret d'épargne traditionnel doivent se contenter du taux d'intérêt minimum de 0,11%. Seule une poignée de banques vont au-delà de ce taux plancher.

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Les banques ne doivent pas lutter pour attirer cet argent. Il rentre tout seul

Mais ce n'est pas tant le taux sur les livrets d'épargne qui inquiète Dor que le taux d'intérêt réel, qui tient compte de l'inflation. Nulle part ce taux réel n'est aussi faible qu'en Belgique. Fin décembre, l'inflation belge était encore de 2,2% selon Eurostat. Seule l'Estonie nous devançait (2,4%). Le taux d'intérêt belge réel s'élevait à -2,09% fin décembre. Dans quatre pays européens seulement le taux a progressé: les Pays-Bas (+0,6%), la Slovaquie (+0,15%), Chypre (+0,7%) et l'Italie (1,07%).

Afflux de dépôts d'épargne

Dor s'inquiète particulièrement du montant de l'épargne des Belges. "Précisément parce que le Belge continue à épargner, les taux belges sur l'épargne n'augmentent pas", dit-il. "Les banques ne doivent pas se battre pour attirer cet argent. Il rentre tout seul." Toutes les grandes banques et Deutsche Bank ont ainsi récemment encore diminué les taux sur les épargnes automatiques à haut rendement. Toutes les institutions bancaires invoquent en la matière la situation pénible sur les marchés financiers.

Le fait que les épargnants ne recherchent pas d'autres horizons, les grandes banques l'ont également remarqué. ING a même attiré 1,5 million de nouveaux clients en 2016. La banque prévoit une légère augmentation des dépôts d'épargne au cours du premier semestre de 2017. "Si nous examinons les actifs à rendement fixe, il s'avère que les livrets d'épargne, malgré la faiblesse de leur taux d'intérêt, restent toujours l'instrument le plus rentable", fait savoir Tiziana Rizzo, porte-parole chez ING. Selon elle, les versements d'épargne ne diminueront que si la conjoncture s'améliore et que le chômage diminue. "Mais même dans ce cas, la diminution sera limitée", selon Rizzo.

Dans les autres banques aussi, de telles constatations sont faites. "Si le taux d'intérêt reste faible, que la conjoncture continue à s'améliorer et que la confiance se renforce, la recherche d'investissements à plus haut rendement s'accentuera, l'appétit des clients pour le risque grandira et les versements sur les comptes d'épargne pourront diminuer", déclare Pomme Ulrike, porte-parole chez Belfius.

Essais prudents d'investissements

BNP Paribas Fortis observe que, malgré l'augmentation des dépôts d'épargne, une partie des clients recherchent des alternatives pour augmenter le rendement. La question est de savoir si le nombre de Belges à la recherche d'alternatives croîtra, maintenant que le taux d'intérêt réel est de plus en plus bas. Le mois dernier, l'inflation dans notre pays atteignait 2,65%. Cela se traduit par un rendement réel de -2,54%, soit une diminution de 45 points de base comparativement à décembre. Dor a calculé qu'avec un taux d'intérêt négatif réel de 2,5%, les épargnants belges auront perdu 6,5 milliards de pouvoir d'achat .

Les épargnants ne doivent en outre pas espérer de plus haut rendement. Les banques semblent d'accord sur le fait que le taux d'intérêt sur l'épargne n'augmentera pas cette année. Le président de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi a confirmé la semaine dernière au Parlement Européen qu'il ne toucherait pas à sa politique. Entre-temps, le Belge continue à épargner gaiement. Pour l'instant, 261,6 milliards d'euros se trouvent sur les livrets d'épargne.

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