'Avec des crédits hypothécaires encore moins chers, les banques se font harakiri'

01/03/16 à 12:37 - Mise à jour à 12:44

Source: Moneytalk

Le stratège en chef d'ABN AMRO Erik Joly prévoit que la Banque Centrale Européenne élaguera encore une fois ses taux. Mais cela ne signifie pas que les banques diminueront encore les taux de leurs crédits hypothécaires. "Offrir des taux encore moins chers reviendrait à se faire harakiri."

'Avec des crédits hypothécaires encore moins chers, les banques se font harakiri'

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La semaine prochaine, une importante réunion de la Banque Centrale Européenne est planifiée au sujet des taux d'intérêt. On s'attend à ce que son président Mario Draghi prenne de nouvelles mesures afin de stimuler l'économie, mais le président de la Bundesbank Jens Weidmann s'est mis debout sur la pédale de frein, la semaine dernière.

Quelle décision prévoyez-vous? Et cela décevra-t-il le marché?

Erik Joly: "La probabilité est grande que la Banque Centrale Européenne sortira des nouvelles mesures de son chapeau, afin de booster l'économie. Il se peut que le taux directeur soit encore diminué de 0,10%. Il semble que les marchés et les investisseurs accordent toutefois moins de confiance aux actions de la BCE. La politique très accommodante n'a jusqu'à présent toujours pas eu l'effet espéré sur l'économie. Et cela commence à peser. Des mesures supplémentaires ne diminueront pas la volatilité sur les marchés. C'est pourquoi un puissant signal du monde réel est avant tout nécessaire."

Au cours de l'année 2015, les taux d'intérêt des crédits hypothécaires avec une durée de plus de dix ans ont chuté de 2,8 à 2,48%, d'après les statistiques de la Banque Nationale. Cette semaine, Batibouw bat son plein. Un candidat-acquéreur y trouvera-t-il un crédit encore moins cher ou bien avons-nous atteint un plancher?

Joly: "Batibouw est traditionnellement la période au cours de laquelle l'une ou l'autre banque déballe un taux exceptionnel. Cette année, il n'en est pas autrement, puisqu'une certaine institution a franchi la frontière de 1% pour un crédit (avec une durée de dix ans il est vrai). Les institutions financières retirent leur marge principalement de la différence entre le taux de l'épargne et le taux hypothécaire. La probabilité est plus que réelle que la Banque Centrale Européenne diminue encore son taux directeur en mars, bien que le taux actuel de l'épargne ne peut légalement pas descendre en-dessous de 0,11%. Offrir des taux hypothécaires encore plus bas reviendrait pour le secteur à se faire harakiri."

La semaine dernière, nous avons observé une très forte cohésion entre les prix du pétrole et les bourses. Pourquoi cette forte relation entre les deux? Et pendant combien de temps pensez-vous que cette focalisation sur les prix pétroliers continuera à exister?

Joly: "Le pétrole représente 3% de l'économie mondiale, 12% des bourses mondiales et 16% du marché pour les obligations d'entreprises avec une faible qualité de crédit. Le danger est que les problèmes du secteur pétrolier connaissent une propagation et représentent de cette manière un risque pour le système (par analogie avec ce qui s'est passé en 2008 avec les banques). Ce danger est donc bien présent mais relativement limité. Nous ne voyons pas immédiatement le secteur pétrolier en tant que catalyseur d'une récession. Les faibles prix de l'énergie bénéficient en fait aux consommateurs partout dans le monde. Je me ferais donc plutôt des soucis si les prix pétroliers se dirigeaient à nouveau vers les cent dollars."

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