Bitcoin: 5 questions à se poser avant d'investir

28/11/17 à 11:37 - Mise à jour à 12:37
Du Trends-Tendances du 23/11/17

Plusieurs observateurs en Europe ont émis des avertissements la semaine dernière à propos des crypto-monnaies émises par les start-up pour récolter de l'argent. Les investisseurs placent leur argent sans connaissance de cause, et sans être conscients de tous les risques. Quelques conseils pratiques à retenir...

Bitcoin: 5 questions à se poser avant d'investir

Pour quelques millions de personnes, le bitcoin est aujourd'hui devenu une sorte d'or virtuel. © PG

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Voici environ 10 ans, quelqu'un a eu l'idée géniale de créer une monnaie virtuelle dont l'offre est réduite et qui ne requiert pas l'intervention des banques pour effectuer des transactions. On pense que le ou les développeurs, connu(s) sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, ont commencé à rédiger le code en 2007, pour lancer le réseau et les premiers bitcoins en janvier 2009. Pour créer de nouveaux bitcoins, il faut sans cesse des ordinateurs plus puissants et plus d'énergie, et les frais de transaction pour les acheter sont par conséquent sans cesse plus élevés. Comme moyen de paiement, le bitcoin est relativement compliqué et peu accepté, mais de plus en plus de gens le considèrent comme l'or virtuel, vu sa rareté créée. Ils achètent des bitcoins au lieu de pièces d'or, et les conservent dans un petit coffre-fort numérique.

Tuur Demeester, qui habite depuis quelques années aux Etats-Unis, compte parmi ces investisseurs ; il suit de près le mouvement qui voudrait généraliser le bitcoin. " Le bitcoin pourrait un jour devenir un mode de paiement généralement accepté pour le e-commerce. Mais ce n'est pas le seul scénario possible. Pour moi et pour quelques millions de personnes, le bitcoin est aujourd'hui devenu une sorte d'or virtuel. Comme l'or, il conserve sa valeur étant donné que l'offre est limitée et qu'il est hors de portée des pouvoirs publics et des banques centrales. Les billets en euro et en dollar perdent plus rapidement leur valeur que l'or. Les banques centrales peuvent frapper davantage de monnaie, ce qui fait perdre sa valeur à l'argent existant. " S'agissant des bitcoins, tout dépend de la demande. Tant qu'il y a plus d'acheteurs que de vendeurs de bitcoins, la valeur de la devise numérique continue à augmenter.

Tuur Demeester explique que la politique monétaire du bitcoin est définie depuis le départ. " Au total, les ordinateurs liés au réseau bitcoin peuvent 'extraire' ou créer un maximum de 21 millions de bitcoins. Jusqu'en 2020, l'offre va continuer à croître d'environ 4 % par an. A partir de 2024, la croissance tombera à 2 % par an. Ensuite, elle passera à 0,5 %. Et la baisse se poursuivra jusqu'à ce que l'offre finisse par quasiment ne plus progresser du tout. Lorsque la valeur du bitcoin augmente trop vite ou fluctue trop, il est effectivement difficile de l'utiliser pour effectuer des paiements. Dans ce cas, les prix des produits ou services doivent être adaptés tout aussi rapidement. Je suis surtout convaincu qu'à long terme, il s'agit d'un 'store of value'. Les gens n'apportent pas leurs pièces d'or ou leurs lingots pour régler leurs achats dans les magasins. Ils conservent soigneusement leur or et paient avec leurs euros. "

Nombre d'économistes belges et étrangers considèrent le bitcoin comme une bulle de savon et mettent en garde quant à la fragilité du château de cartes. Pas plus tard que la semaine dernière, Koen De Leus, chief economist de BNP Paribas Fortis, postait sur son blog une question rhétorique : que se passerait-il si les pouvoirs publics interdisaient les marchés d'échange en crypto-monnaies ? Ivan Van de Cloot, chief economist du think-tank Itinera, a lui aussi rédigé un avis selon lequel la hausse du bitcoin ne se fonde sur rien, ajoutant que si le système monétaire officiel fonctionne, c'est uniquement parce que les pouvoirs publics acceptent uniquement la devise officielle en paiement des impôts. Pourtant, vous aurez peut-être le sentiment d'avoir raté le train en observant que le bitcoin a connu une hausse spectaculaire de 541 % depuis le début de l'année.

Dans le sillage du bitcoin, de nombreuses devises numériques ont vu le jour ces dernières années, comme l'ether et le litecoin. Ces derniers mois, on assiste en outre à une nouvelle tendance : les entreprises qui démarrent émettent leur propre monnaie ou un jeton pour collecter des fonds. Dans le jargon, cela s'appelle des initial coin offerings (ICO), par analogie aux initial public offerings (IPO) ou aux introductions en Bourse classiques des entreprises. La valeur de ces jetons peut par exemple dépendre des produits ou services que la start-up veut développer. Ces jetons peuvent être émis sans qu'il soit nécessaire de rédiger un prospectus ou une notice d'information financière en bonne et due forme. Lorsque les entreprises veulent émettre des actions pour augmenter leur capital, elles doivent respecter des règles beaucoup plus strictes, sans compter le coût plus élevé de l'opération. Comme il y a moins de règles, on se trouve dans un terreau fertile pour les escrocs. Plusieurs observateurs en Europe ont mis en garde la semaine dernière : avec une simple connexion internet, n'importe qui peut créer ces jetons. Ils préviennent en outre les investisseurs du risque de se laisser emballer par de vaines promesses de rendements élevés. Sans vouloir inciter à l'achat de monnaies numériques, nous énumérons ci-dessous une série de mesures de précautions ou de réponses à des problèmes pratiques.

1. A quoi faut-il faire attention lors de l'achat et de la vente ?

Il existe dans notre pays quelques automates où on peut acheter des bitcoins. Et un de ces automates permet également d'en vendre. " En soi, le système est sûr, et c'est en tout cas mieux que d'acheter des bitcoins en cash auprès de quelqu'un qu'on a rencontré en rue ", explique Thomas Spaas, avocat fiscaliste spécialisé depuis 2012 dans la législation relative au bitcoin et impliqué dans la Belgian Bitcoin Association. " Mais la manière la plus sûre d'acheter des bitcoins, c'est de passer par un des grands sites en ligne, conseille-t-il. Par exemple www.bitstamp.net, qui a reçu en 2016 une licence luxembourgeoise et se trouve ainsi sous contrôle, ou www.kraken.com, qui collabore avec la banque allemande Fidor AG, ou encore le site américain www.coinbase.com. Ces marchés fonctionnent comme des espèces de vigiles. De temps en temps, on apprend que des hackers ont réclamé une rançon en bitcoins pour restituer les données d'une entreprise. Eh bien, dans ces Bourses, ces bitcoins seront mis sur liste noire. Si vous achetez vos bitcoins via une de ces plateformes, vous pouvez être quasiment sûr qu'ils ne serviront jamais à des opérations louches. "

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La manière la plus sûre d'acheter des bitcoins, c'est de passer par un des grands sites en ligne.

Les monnaies numériques constituent également le terrain de jeu de pas mal d'escrocs. " On voit parfois des sites web qui vendent de prétendues monnaies mais qui n'ont même pas de blockchain, prévient Thomas Spaas. Vous pouvez alors être sûr qu'il s'agit d'une arnaque. " La blockchain, c'est la technologie du bitcoin. C'est aussi la mémoire qui conserve toutes les transactions. La technologie est librement accessible à tous et est copiée - voire parfois enrichie - pour émettre d'autres devises numériques. " Il faut se représenter cette blockchain comme une série de petits coffres-forts transparents dans le cloud. Vous pouvez parfaitement suivre dans la blockchain le parcours emprunté par vos bitcoins et voir dans quels coffres-forts ils ont été stockés. La seule inconnue, c'est l'identité du propriétaire du coffre-fort, vu que l'anonymat est inscrit dans l'algorithme du bitcoin. Quand vous achetez des bitcoins, vous recevez la clé permettant d'ouvrir le coffre-fort pour en sortir les bitcoins. "

Pour savoir si vous détenez de véritables bitcoins, il faut retrouver leur historique. Il ne faut même pas être spécialiste en informatique pour cela, assure Tuur Demeester. " Il existe des sites tels que www.bitonic.nl et www.coinbase.com où il suffit de compléter l'adresse de vos bitcoins, et qui font ensuite le travail pour vous. " Pour Thomas Spaas, avant de commencer à jouer à l'apprenti sorcier avec le bitcoin, il est toutefois préférable de s'y connaître un peu en informatique ou de faire appel à quelqu'un de compétent.

2. Comment conserver idéalement les bitcoins ?

Quand vous achetez des bitcoins, ils se trouvent dans un porte-monnaie ou sur un compte en Bourse. La plupart des gens les y laissent, tout simplement. " Ce n'est pas ce que je ferais, prévient Thomas Spaas. On reçoit régulièrement des avis signalant que des pirates ont attaqué des Bourses en bitcoins, et lorsqu'ils parviennent à leurs fins, vos bitcoins ont disparu. " Récemment, on a appris que des Néerlandais possédant des bitcoins s'étaient fait voler leurs clés via des e-mails d'hameçonnage.

" Lorsqu'il s'agit de petits montants, vous pouvez conserver vos bitcoins dans un portefeuille en ligne, explique Thomas Spaas. Par exemple avec une appli telle que Jaxx ou Mycelium, téléchargeable via l'App Store ou via Play Store pour les smartphones sous Android. Il faut cependant veiller à acheter l'application officielle et pas une version craquée ou un faux portefeuille. Pour plus de sécurité, vous pouvez aussi répartir vos bitcoins dans plusieurs portefeuilles, histoire de ne pas mettre tous vos oeufs dans le même panier. Ces applis ne sont toutefois pas conçues pour les gros montants. "

Lorsqu'il y a une connexion internet, les portefeuilles et les bitcoins sont qualifiés de " chauds ", puisque vous restez vulnérable aux attaques des hackers. Lorsqu'il n'y a pas de connexion internet, on parle de bitcoins ou de portefeuilles froids. " Même avec un bon antivirus sur votre ordinateur, il est recommandé d'opter pour une solution hors ligne spécialisée, comme Trezor, par exemple. Ce logiciel permet de prélever facilement vos bitcoins hors ligne, puis de les remettre en ligne. Ce Trezor, spécialement conçu pour les bitcoins, ressemble à une grande clé USB sur laquelle vous pouvez conserver votre clé bitcoin. Cette clé n'est en réalité qu'une longue concaténation de chiffres et de lettres, qui se présente parfois sous la forme d'une code QR. Il y a aussi des personnes qui impriment ces codes et les déposent dans leur coffre. "

D'après Tuur Demeester, il faut probablement être une espèce de tordu de l'informatique pour parvenir à sécuriser suffisamment les bitcoins. " On ne peut évidemment pas laisser traîner ses clés n'importe où. Il faut bien protéger son portefeuille. Lorsque votre ordinateur ou votre smartphone se fait pirater, les hackers trouvent les codes dont ils ont besoin, notamment pour aller se servir dans vos bitcoins. C'est pourquoi il existe déjà plusieurs technologies qui requièrent plusieurs signatures ou plusieurs clés conservées à différents endroits pour pouvoir procéder à une transaction. Avant que les bitcoins puissent réellement se répandre à grande échelle, il faut probablement qu'il y ait un réseau de prestataires de services, par exemple des banques de conservation des bitcoins. "

3. Que faut-il penser des monnaies dérivées ?

Outre le bitcoin, les deux monnaies numériques les plus connues sont l'ether et le litecoin. Elles se basent toutes deux sur la technologie blockchain du bitcoin, avec quelques adaptations. " La technologie derrière l'ether est la plus prometteuse, parce qu'elle permet d'intégrer des accords et même des contrats dans les différents blocs, explique Thomas Spaas. Mais elle fait encore de nombreuses maladies infantiles. " Avec chaque monnaie numérique, on doit s'attendre à de grands écarts de valeur. Les risques qui y sont liés sont également importants. Les observateurs mettent en garde contre les escrocs, mais il ne faut pas obligatoirement une fraude pour que l'argent disparaisse. Lorsqu'une devise est insuffisamment acceptée, ou que sa demande est trop faible, elle finit par ne plus avoir de valeur. Lorsque la technologie n'est pas tout à fait au point, les hackers peuvent facilement pénétrer dans le réseau ou les portefeuilles." De plus, 90 % de ces initial coin offerings semblent ne rien représenter, estime Thomas Spaas. Ce sont de simples jetons. Cela rappelle la bulle internet. En plein boum technologique, de nombreuses entreprises sont entrées en Bourse, et les investisseurs y ont laissé beaucoup de plumes. Ceci étant, pour ceux qui détiennent Amazon dans leur portefeuille depuis 1995, les gains réalisés ont probablement compensé les pertes subies sur d'autres positions. Il en ira sans doute de même avec les ICO. "

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Nonante pour cent des "initial coin offerings" semblent ne rien représenter.

En juin, par exemple, Tezos a récolté 232 millions de dollars. C'est à ce jour une des plus grandes campagnes de crowdfunding en crypto-monnaies. Que constate-t-on ? En réalité, le réseau n'était pas prêt et les investisseurs devront attendre trois ans pour disposer de leur monnaie. Les fondateurs de Tezos font actuellement l'objet de deux procédures judiciaires pour informations mensongères. " Pour l'avocat, il convient de bien examiner ce que les émetteurs de la devise ont promis.

Lorsqu'il y a une bonne idée à la base et que le management a déjà fait ses preuves, une entreprise parviendra probablement à obtenir des fonds avec ou sans émission de crypto-monnaies. C'est comme dans le cas d'un financement participatif : il peut arriver que vous donniez de l'argent et que vous receviez en échange un service ou un produit, comme une appli. Mais vous pouvez tout aussi bien accorder un prêt ou entrer dans le capital de l'entreprise. " Il se pourrait bien qu'à terme, le législateur requalifie en actions ou obligations les jetons présentant trop de similitudes avec ces titres ", ajoute Thomas Spaas. Cela signifierait que l'émission tombe sous l'obligation de publier un prospectus et relève de la surveillance de la FSMA.

4. Quels impôts devez-vous payer ?

Quiconque veut éluder l'impôt via les bitcoins en sera pour ses frais. L'anonymat du bitcoin est en effet une des caractéristiques qui exerce un grand pouvoir d'attraction sur les gens. " Mais cet anonymat n'est évidemment valable qu'au sein du réseau, fait remarquer Thomas Spaas. Dès que vous vendez des bitcoins et que l'argent parvient sur un compte bancaire ou que vous voulez acheter des choses en cash dans le monde réel, fini l'anonymat ! Ce n'est donc certainement pas un moyen de blanchir de l'argent ou de planquer de l'argent noir. "

Il est même vivement recommandé de conserver toutes les preuves d'achat et de vente des bitcoins. " Dans le passé, il est exceptionnellement arrivé qu'une banque bloque un compte suite au versement du produit d'une vente de bitcoins, indique Thomas Spaas. Depuis lors, les banques comprennent mieux le concept du bitcoin. Lorsque de l'argent provient d'une des Bourses de bitcoins connues, la banque ne posera généralement pas de problème. Mais dans le cas du versement de fonds de provenance obscure, la banque est habilitée à vous demander des explications, à vous exclure de sa clientèle voire à prévenir la cellule anti-blanchiment. "

Thomas Spaas ajoute que lors des transactions sur www.kraken.com, à chaque vente, on reçoit un message rappelant de ne pas oublier le fisc. " En Belgique, la plus-value réalisée sur les bitcoins est exonérée dans le cadre de la gestion normale d'un patrimoine privé. Le principe est le même que pour les actions, assure Thomas Spaas. En Allemagne, par exemple, les investisseurs doivent payer des impôts sur les bénéfices réalisés avec les bitcoins revendus dans l'année. " Et en cas de don ou d'héritage en bitcoins, les mêmes impôts s'appliquent pour d'autres biens mobiliers.

5. Comment transmettre ses bitcoins à la génération suivante ?

Un décès inopiné dans la famille... cela peut arriver. Les bitcoins ont surtout la cote parmi les jeunes, et le phénomène est assez récent. Il est probable que peu de notaires y aient déjà été confrontés. " Le hasard veut qu'on m'a posé la question pour la première fois pas plus tard que la semaine dernière ", poursuit Thomas Spaas. Avec un portefeuille qui ressemble à une clé USB ou à des clés que vous avez cachées d'une autre manière, il n'est pas facile pour les héritiers de connaître vos avoirs en bitcoins. Si vous ne transmettez pas ces clés d'une manière ou d'une autre à vos héritiers, vos bitcoins seront perdus. " C'est pourquoi l'idée d'imprimer la clé sur papier et de la conserver avec un mode d'emploi dans un coffre à la banque n'est pas si saugrenue que cela ", conseille Thomas Spaas. Si vous cachez ce mode d'emploi chez vous, une personne malintentionnée qui tomberait dessus par hasard pourrait le subtiliser et, du coup, faire main basse sur vos bitcoins.

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