Gestion de patrimoine: "Certains risques ne sont pas quantifiables"

01/06/18 à 08:00 - Mise à jour à 31/05/18 à 11:06
Du Trends-Tendances du 31/05/18

La Vlerick Business School a organisé pour la première fois en 2018 un cursus à l'intention des personnes désireuses d'aborder de manière pratique la gestion de portefeuilles. Le professeur David Veredas était chargé des cours de gestion des risques, une matière qui prend de plus en plus d'ampleur dans la gestion de portefeuilles.

Gestion de patrimoine: "Certains risques ne sont pas quantifiables"

David Veredas, codirecteur de l'Executive Programme on Asset Management : "La manière dont on calcule les risques n'a pas été vraiment modifiée" © PG

David Veredas est, conjointement avec Jan De Bondt et Jan Longeval, codirecteur de l' Excutive Programme on Asset Management, une formation dispensée à la Vlerick Business School. Jan De Bondt et Jan Longeval se basent sur leur expérience de la pratique. David Veredas dispense les cours de gestion des risques.

" Les choses ont beaucoup changé dans le domaine de la gestion des risques, sous la pression des décideurs politiques et des instances de surveillance, déclare David Veredas. Cela fait déjà longtemps que les banques doivent calculer combien de capital elles doivent mettre de côté pour les périodes difficiles. Jusqu'à présent, elles devaient tenir compte des risques de marché, des risques de crédits et des risques opérationnels. En 2019, les règles Bâle III entreront en vigueur et les banques devront également prendre en compte leur levier d'endettement et le risque d'érosion de la liquidité. "

" Pour les assureurs, ajoute-t-il, le cadre réglementaire actuel se nomme Solvency II. Ce cadre va encore être peaufiné, mais je ne prévois pas de grands changements dans l'immédiat. Pour Solvency II, les assureurs avaient attribué aux actions un poids d'environ 15 % dans le portefeuille. Aujourd'hui, on en est plus qu'à 4 %. "

Trois piliers

" Dans le secteur financier, poursuit-il, tout le monde ou presque applique le même schéma de réflexion. Tant Bâle III que Solvency II reposent sur trois piliers : les exigences de fonds propres, la maîtrise des risques et la transparence quant aux risques. En ce qui concerne la gestion de portefeuilles, il n'existe pas encore de cadre réglementaire clair de cette nature, mais les gestionnaires de portefeuilles sont évidemment soumis aux règles européennes MiFID protégeant les investisseurs particuliers. "

La gestion des risques a donc profondément changé, mais David Veredas estime que la manière dont on calcule les risques n'a pas été vraiment modifiée. Il y avait pourtant beaucoup à faire pour les risques extrêmes ( tail risks) et les cygnes noirs, qui ne surviennent pas souvent, mais qui peuvent, quand c'est le cas, faire sombrer le monde dans le chaos.

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La manière dont on calcule les risques n'a pas été vraiment modifiée. " - David Veredas, codirecteur de l'Excutive Programme on Asset Management

" D'un point de vue quantitatif, il n'y a pas eu beaucoup de changements, estime l'expert. Les risques sont toujours mesurés au moyen de la technique Value at Risk (VAR) - qui consiste à vérifier quelle valeur risque d'être perdue dans un portefeuille dans le scénario le plus défavorable. Ce sont les premiers accords de Bâle à la fin du siècle précédent qui ont généralisé la technique VAR dans le secteur bancaire. Depuis janvier 2016, les assureurs doivent eux aussi calculer la VAR. Il est possible d'aller encore plus loin grâce à une VAR conditionnelle, c'est-à-dire en calculant la perte moyenne dans les x pour cent de scénarios les plus défavorables. La volatilité ou les fluctuations observées dans le passé constituent également des critères pris en compte pour le calcul du risque. Il s'agit de vieilles techniques. Et le mode de calcul n'a pas évolué depuis le début de ce siècle. "

Nouveaux risques

Aujourd'hui, nous devons faire face à des risques que nous ne connaissions pas auparavant, comme le changement climatique ou le piratage. En tient-on suffisamment compte ? " Les risques liés au changement climatique sont nouveaux pour une grande partie du secteur des services financiers, estime David Veredas, mais les assureurs, par exemple, ont déjà beaucoup d'expérience dans le domaine des catastrophes. Les autres acteurs du secteur financier peuvent aussi en tirer des leçons. Quant aux risques informatiques, ils sont effectivement devenus de plus en plus importants. Il s'agit d'un risque opérationnel que l'on ne peut pas quantifier aisément. Vous devez tenter de les maîtriser en assistant à des conférences, des séminaires et en restant informé. "

Cette année, cette formation était seulement accessible aux travailleurs et clients des entreprises partenaires (AG Insurance, Belfius, Candriam Investors Group et Degroof Petercam). A partir de l'année prochaine, les portes seront ouvertes à tous.

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