Investir dans l'obligataire en 2013 : un jeu d'enfants?

14/01/13 à 15:42 - Mise à jour à 15:42

Source: Moneytalk

Pour une fois, investir semble facile. C'est du moins ainsi que l'on peut interpréter les prévisions de la plupart des analystes pour les obligations d'État de qualité supérieure. La plupart des observateurs considèrent en effet que les taux à 10 ans actuels de 1 à 2% aux États-Unis et dans les pays du noyau dur de l'Europe se situent à des niveaux intenables et s'attendent dès lors à ce que 2013 soit une année perdue pour les investisseurs en obligations d'État à long terme. On peut toutefois se demander si la vie peut être si simple que cela.

Soyons lucides, la fin de la longue période de rendements substantiels des placements en obligations d'État est une certitude mathématique. Il faudrait que les rendements du papier souverain diminuent nettement sous 1% pour que l'année s'avère brillante pour cette classe d'actifs. Ceci est improbable. Il n'est dès lors pas étonnant que l'appétit des investisseurs pour les obligations aux rendements plus élevés (émis par les marchés émergents, les pays périphériques de la zone euro et les entreprises) demeure élevé. Ceci étant dit, nous pensons que les craintes/attentes que les rendements des obligations d'État des pays du noyau dur renouent au cours des prochaines années avec leur "ancienne" fourchette de 3 à 4% sont prématurées. Les taux devraient vraisemblablement fluctuer autour de leurs niveaux actuels ou de niveaux légèrement plus élevés pendant une période prolongée. Pourquoi?

Tout d'abord, nous ne sommes pas d'accord avec l'opinion selon laquelle les rendements obligataires sont maintenus "artificiellement" bas par les banques centrales. Ces banques seraient bien contentes de pouvoir influencer les marchés financiers si facilement et dans une telle mesure. Si le passé a prouvé une chose, c'est qu'une manipulation tant des devises que des rendements obligataires à long terme sur une période prolongée est virtuellement impossible, à moins qu'elle ne soit étayée par les développements des facteurs économiques sous-jacents. Les banques centrales ont bien sûr eu un impact sur les marchés via le rachat d'obligations d'État dans le cadre de leurs programmes d'assouplissement quantitatif. Toutefois, seule une partie limitée de l'effort d'assouplissement quantitatif ciblait les obligations à long terme et cela a, par ailleurs, uniquement été le cas aux États-Unis et au Royaume-Uni, et non dans les pays du noyau dur de la zone euro.

Un autre argument en faveur d'une hausse des taux réside dans la crainte d'une augmentation de l'inflation. Dans ce cadre, il est intéressant d'observer que les prévisions consensuelles des économistes en matière d'inflation sont plus faibles pour 2013 que pour 2012. On s'attend ainsi à ce que l'inflation sous-jacente des économies développées redescende d'environ 2% à 1,7%. Ceci a du sens puisque l'inflation sous-jacente est principalement déterminée par la croissance salariale. Alors que le chômage reste élevé, avec même des discussions historiques sur la possibilité de baisses de salaire dans certains secteurs, les attentes pour l'inflation sous-jacente devraient rester modérées pendant un certain temps.

Enfin, les rendements obligataires devraient rester relativement faibles pour la simple raison que notre monde lourdement endetté n'est pas encore prêt à faire face à des taux plus élevés. Beaucoup ignorent que le niveau actuel de la dette totale (États, entreprises, ménages et institutions financières) du monde développé atteint près de 350% du PIB. À la fin des années 1990, ce pourcentage n'était que de 250% et au début des années 1980, lorsque les taux d'intérêt dépassaient 10%, il s'élevait à peine à 150%. Si les rendements obligataires devaient aujourd'hui augmenter substantiellement, l'endettement actuel deviendrait progressivement intenable, de sorte que cette hausse pourrait finalement avoir un effet contraire à ce qui était recherché. Par conséquent, même si nous finirons par être confrontés à des rendements nettement plus élevés, cela ne sera probablement pas en 2013, ni même en 2014.

La vie n'est jamais aussi simple qu'il ne paraît à première vue. Les obligations sont au tapis, mais n'ont pas encore quitté le ring.

Tribune de Ad van Tiggelen, Senior Investment Specialist chez ING Investment Management.

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