"L'unité au sein de l'OPEP, autrefois si puissante, a disparu"

19/04/16 à 14:38 - Mise à jour à 14:38

Selon l'économiste en chef de BNP Paribas Fortis Peter De Keyzer, la discipline au sein du cartel pétrolier de l'OPEP a disparu. "Du fait des faibles prix du pétrole, la tentation pour les francs-tireurs est particulièrement grande."

"L'unité au sein de l'OPEP, autrefois si puissante, a disparu"

© iStock

Le prix du pétrole baisse à nouveau, car l'OPEP n'est à nouveau pas parvenue à un accord de production dimanche dernier. Comment expliquer cela ?

Peter De Keyzer: "Il semble que les pays de l'OPEP ont de plus en plus de mal à garantir la discipline au sein du cartel. Adapter leur niveau de vie aux revenus en forte baisse, du fait des faibles prix du pétrole, semble très compliqué. C'est pourtant également contre-intuitif pour eux, dans ce type de circonstances, de diminuer leur production chacun de manière individuelle. La discipline dans le cartel est difficile à conserver, d'autant plus que la tentation pour les francs-tireurs est particulièrement grande aujourd'hui. Celui qui fait baisser la production des autres - avec une augmentation de prix comme conséquence - et continue en même temps à produire autant lui-même, voit ses revenus augmenter. Cette constatation sape l'unité et la discipline au sein du cartel de l'OPEP, autrefois si puissante."

La semaine dernière, le Fonds Monétaire International (FMI) tenait sa réunion annuelle de printemps. Que retenez-vous de la rencontre au sommet des ministres des Finances et des économistes ?

De Keyzer: "Le FMI est de plus en plus attentif au caractère chronique de la faible croissance mondiale. Le FMI a ainsi souligné que les taux d'intérêt faibles ou même négatifs de la Banque centrale commencent à atteindre leurs limites. Les taux bas en soi ne produiront pas plus de croissance économique. Outre son traditionnel plaidoyer pour plus de réformes structurelles, le FMI souligne aussi la nécessité de plus de politique d'expansion budgétaire pour stimuler la croissance. Elle ne voit toutefois cela comme possibilité que pour les pays avec un endettement soutenable. La question est alors de savoir combien de pays occidentaux entrent en considération."

Le taux d'intérêt moyen sur les obligations d'Etat allemandes a diminué la semaine dernière jusque zéro. Prévoyez-vous que les taux d'intérêt plongeront encore plus bas ? Et jusqu'où pensez-vous que les taux belges diminueront ?

De Keyzer: "Il est plus que probable que les taux d'intérêt allemands continueront à diminuer. Dans ce cas, les taux belges à long terme peuvent aussi encore baisser. La Banque centrale européenne va encore maintenir sa politique extrêmement souple pendant un certain temps et viendra bientôt encore avec plus de mesures de stimulation. Dans ces circonstances, les taux à long terme peuvent encore diminuer. Bien que tout le monde parle de réformes structurelles comme source de croissance économique, celles-ci deviennent moins probables avec les taux actuellement faibles. Les taux faibles rendent le refinancement des dettes publiques quasiment gratuit. L'effet pervers de cela, c'est que la nécessité de réduire la dette semble complètement disparaître."

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