Les intérêts négatifs illustrent l'impuissance des banques centrales

17/02/16 à 16:28 - Mise à jour à 16:28

Source: Moneytalk

Geert Van Herck, stratège en chef chez Keytrade Bank, considère les intérêts négatifs comme un signe d'impuissance des banquiers centraux. "La plupart des indicateurs économiques pointent vers le bas."

Les intérêts négatifs illustrent l'impuissance des banques centrales

© REUTERS

Selon un rapport de la banque d'affaires J.P. Morgan, la Banque Centrale Européenne pourrait réduire ses taux jusque -4,5% afin de stimuler l'économie. Estimez-vous que ce soit un scénario réaliste ? Et pourquoi les épargnants ne retireraient pas massivement leur argent des banques si les intérêts sont négatifs?

Geert Van Herck: "Il est indubitable que les banques centrales recherchent fiévreusement de nouvelles mesures pour contrer la déflation et la crainte de récession menaçantes. C'est pourquoi un taux d'intérêt négatif de 4,5% n'est pas à exclure, mais pour ce qui me concerne, cela illustre uniquement l'impuissance des banques centrales à inverser la tendance économique. Malgré les injections massives de liquidités, l'économie mondiale semble se diriger vers une récession et les mesures des dernières années ont juste ralenti les problèmes.

Pour l'épargnant, ce n'est pas une bonne nouvelle: dans les pays scandinaves, il y a déjà des accises sur l'argent de l'épargne. Une raison essentielle de ne pas retirer l'argent est qu'il est en tous les cas en sécurité. Même si cette sécurité a désormais un prix. Certainement en périodes de marchés volatiles."

L'économie allemande a connu une croissance de 0,3% au cours du quatrième trimestre. Le moteur de la zone euro peut-il continuer à fonctionner ainsi de manière imperturbablement stable ? Ou l'impact de toute l'inquiétude dans le monde se fera-t-il sentir tôt ou tard? Auparavant, c'était principalement les exportations qui maintenaient l'économie allemande à flot; aujourd'hui, c'est plutôt le consommateur. Ce glissement rend-il la croissance plus stable ou justement pas? Ce consommateur n'est-il pas plus sensible aux problèmes dans le reste du monde ?

Van Herck: "Nous ne sommes pas convaincus que la zone euro est un îlot de stabilité, alors que l'économie des pays émergents et des Etats-Unis tourne à un régime inférieur. A cet égard, les dernières publications de l'IFO, qui mesure la confiance des producteurs allemands, n'étaient d'ailleurs pas aussi manifestement positives pour l'économie allemande: les prévisions des dirigeants d'entreprises allemands ont reçu un fameux coup dans l'aile. Trop de focalisation sur le consommateur n'est pas à conseiller: les dépenses de consommation et le chômage sont plutôt des indicateurs a posteriori. Les indicateurs précurseurs comme la confiance des producteurs sont beaucoup plus importants pour la prévision de la conjoncture, et ces indicateurs des producteurs pointent tous vers le bas, ces derniers mois. Ce qui peut aussi avoir un impact sur la confiance des consommateurs dans les prochains trimestres."

Selon le ministre du Pétrole des Emirats Réunis, les membres de l'Opep, le cartel pétrolier, seraient maintenant tout de même prêts à conclure des accords au sujet d'une limitation de la production. Des quotas peuvent-ils rapidement mettre fin à la surproduction? Estimez-vous probable que l'Arabie Saoudite change tout de même son fusil d'épaule et ferme le robinet de pétrole? Qu'est-ce que cela signifierait pour le prix du pétrole ?

Van Herck: "Nous doutons que des quotas de production aient beaucoup d'impact sur l'évolution des prix du pétrole. Nous ne pouvons pas ignorer que toutes les matières premières cycliques (cuivre, minerai de fer, charbon ou pétrole) étaient fortement sous pression au cours des derniers trimestres. La surproduction y a aussi contribué, mais nous ne devons tout de même pas perdre de vue que les perspectives en baisse pour la croissance de l'économie mondiale ont joué un rôle tout aussi important dans cette évolution des prix. Un rétablissement des prix des matières premières est néanmoins très probable dans les prochains mois, en raison du sentiment très pessimiste sur le marché des matières premières. C'est souvent le signe avant-coureur d'une reprise (temporaire ou non). Voir à cet égard aussi l'évolution des prix de l'or. Une décision de l'Arabie Saoudite de produire moins pourrait toutefois aider les prix du pétrole, mais pour augmenter de manière structurelle, de meilleures nouvelles économiques seront surtout nécessaires."

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