"Les investisseurs veulent entendre que les taux d'intérêt resteront faibles encore longtemps"

26/10/16 à 15:25 - Mise à jour à 15:29

Source: Moneytalk

La Banque Centrale européenne (BCE) clarifiera en décembre comment elle planifie la fin de son stimulus. Selon Peter Vanden Houte, économiste en chef d'ING Belgique, Francfort va y aller très progressivement. "Les investisseurs veulent être assurés qu'ils ne devront pas vendre leurs obligations en toute hâte."

"Les investisseurs veulent entendre que les taux d'intérêt resteront faibles encore longtemps"

Peter Vanden Houte © ID/ Dieter Telemans

La semaine dernière, la BCE a tenu sa réunion sur les taux d'intérêt. Elle en a profité pour déclarer qu'elle ferait bientôt une annonce. À quoi vous attendez-vous ?

PETER VANDEN HOUTE. "Deux questions sont sur la table. La BCE va-t-elle prolonger le rachat d'obligations au-delà de mars 2017, comme annoncé actuellement ? Et que va-t-elle faire si elle ne peut plus acheter suffisamment d'obligations allemandes ? Ces deux questions sont en fait liées. Je m'attends à ce qu'une prolongation du programme de rachat intervienne en même temps qu'une annonce de l'arrêt progressif de celui-ci par la BCE. La rareté, elle peut la résoudre en rachetant davantage d'obligations d'État à chaque émission. Aujourd'hui, c'est plafonné à 33%."

Fin 2013, la Fed a mis les marchés en émoi avec l'annonce de la fin à court terme de sa politique de stimulation. Une leçon pour la BCE ?

VANDEN HOUTE. "Soyez certain que la BCE a minutieusement étudié cet épisode. Le président de la Fed de l'époque, Ben Bernanke, avait juste lancé le mot 'tapering' (extinction progressive, NDLR) et les marchés ont réagi comme si le robinet d'argent allait se refermer le jour suivant. La BCE va donc souligner qu'elle ne changera sa politique que graduellement. Il est possible qu'elle ne donne pas d'échéance, mais bien une première étape intermédiaire: par exemple qu'elle n'achètera plus que 60 au lieu de 80 milliards d'euros par mois en obligations à partir de juin. La communication devient essentielle. Il s'agit de continuer à manoeuvrer avec prudence pour le président de la BCE Mario Draghi. Il doit rassurer tout le monde et en même temps faire savoir que le stimulus aura une fin."

L'économie européenne est-elle prête pour moins de soutien de la BCE ?

VANDEN HOUTE. "L'économie ne se porte pas mal, mais elle n'est pas non plus fantastique. La croissance continuera à osciller autour de 1 à 1,5%. En ne supprimant le stimulus que petit à petit, la BCE laissera encore du temps aux autorités publiques pour inventer quelque chose pour raviver la croissance. On est bien conscient à Francfort que l'efficacité de la politique de la BCE diminue et que les effets négatifs indésirables, tels que les taux d'intérêt négatifs, commencent à peser plus lourd, notamment sur les banques. Il est à espérer que les autorités publiques reprendront maintenant le flambeau, mais avec le début des négociations sur le Brexit et les élections en Allemagne, en France et aux Pays-Bas, des périodes politiques difficiles s'annoncent."

Les marchés sont-ils prêts pour moins de stimulus ?

VANDEN HOUTE. "Il est possible que les taux d'intérêt à long terme augmentent un peu, mais les marchés peuvent cependant digérer un 'tapering'. Tout le monde a vu qu'aux États-Unis, la suppression progressive des rachats a fonctionné, la voie est donc ouverte. Je prévois encore davantage de communications de la BCE au cours des prochaines semaines, dans lesquelles elle soulignera notamment son intention de réinvestir l'argent des obligations qui arrivent à échéance. En fait, les investisseurs veulent entendre que les taux d'intérêt resteront faibles encore longtemps, ce qui signifie qu'ils ne devront pas vendre leurs obligations en toute hâte. C'est aussi ce que fait la BCE."

JASPER VEKEMAN, journaliste chez Trends & MoneyTalk.

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