'Les risques d'une récession américaine ont clairement augmenté'

17/02/16 à 13:59 - Mise à jour à 13:58

Source: Moneytalk

Selon l'économiste en chef d'Econopolis, Bart Van Craeynest, l'économie américaine semble encore échapper à une récession. "Mais les risques ont fortement augmenté". "Cette incertitude va contraindre la Fed à postposer les relèvements de taux planifiés.

'Les risques d'une récession américaine ont clairement augmenté'

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Pas mal de chiffres indiquent un ralentissement de l'économie américaine. Craignez-vous une récession ? Ou au minimum un renversement de cycle ? Qu'est-ce que cela signifie pour les plans de la banque centrale américaine d'encore relever les taux à plusieurs reprises cette année ?

Bart Van Craeynest: "Aux Etats-Unis, l'industrie est sous pression depuis un certain temps déjà, ce qui s'est entre-temps traduit par une baisse des investissements industriels. D'autres pans de l'économie, comme le marché du travail ou le marché immobilier, continuent provisoirement leurs performances relativement élevées. Dans le passé, l'industrie a également souvent été un précurseur par rapport au reste de l'économie. Ces derniers mois, la confiance des entrepreneurs dans le secteur des services a également considérablement diminué, ce qui est inquiétant. Pour l'instant, l'économie américaine semble encore toujours pouvoir échapper à une nouvelle récession, mais le risque de récession a toutefois clairement augmenté. Cette incertitude va contraindre la Fed à reporter les augmentations de taux planifiées. Les marchés partent d'ailleurs déjà maintenant du principe que la Fed n'augmentera plus son taux directeur cette année."

Après la Banque Centrale européenne (BCE) et une série d'autres pays européens, le Japon instaure aussi un intérêt négatif. Que vise cette décision ? Et tout comme le président de la BCE Mario Draghi, Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque Centrale japonaise, a déclaré qu'il n'y a pas de limites à sa politique de stimulation. Est-ce vrai, cette déclaration ?

Van Craeynest: "Tant la Banque Centrale européenne que la Banque Centrale japonaise ont comme objectif une inflation autour des 2%. Dans les deux régions, l'inflation se situe aujourd'hui seulement juste au-dessus de zéro et les banques centrales ratent leur but depuis quelques années déjà. En théorie, une banque centrale doit pouvoir générer de l'inflation avec suffisamment de stimulation monétaire, et les deux banques centrales semblent disposées à tester cette théorie dans son intégralité.

A court terme, d'autres mesures devraient encore arriver, la plus probable étant une nouvelle diminution du taux directeur. Il y a une limite à cette politique, et celle-ci consiste en une perte générale de confiance dans le système monétaire.

Mais avant d'atteindre cette limite, il reste encore pas mal de marge pour davantage de stimulation. Il n'a pour l'instant pas encore été établi que la théorie fonctionne dans la pratique, mais les risques liés à cette politique sont plus petits que ce que beaucoup de personnes prétendent depuis longtemps déjà. Et la politique monétaire est-elle en mesure de faire face à des défis structurels comme le vieillissement, la problématique de la dette, le risque de stagnation économique... ? Cela reste également un point d'interrogation.

L'Europe a mis un compromis sur la table pour répondre aux exigences du Premier ministre britannique David Cameron. Le Brexit est-il de ce fait une affaire classée ? A combien estimez-vous encore la chance que le Royaume-Uni sorte de l'UE ? Et que signifierait en fait un Brexit pour notre pays ?

Van Craeynest: "Malgré les récentes négociations, le Brexit n'est toujours pas une affaire classée. La question du Brexit doit encore toujours faire l'objet d'un referendum dont l'issue est très difficile à évaluer. Dans le dernier sondage, le camp 'Out' est largement en tête. Vu la tendance actuelle des électeurs en Europe (et aux Etats-Unis) à réagir contre le statu quo, un résultat 'Out' a une grande probabilité. Etant donné les enjeux économiques des liens entre le Royaume-Uni et le reste de l'UE pour les deux parties, une structure alternative serait dans ce cas plus que certainement mise en place pour permettre aux relations commerciales de rester intactes."

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