Les taux bas et le dollar soutiendront Wall Street

14/11/17 à 11:00 - Mise à jour à 10:26
Du Trends-Tendances du 09/11/17

Les fondamentaux du marché américain restent sains, même si la valorisation est élevée.

Les taux bas et le dollar soutiendront Wall Street

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Au bout d'un rallye haussier qui dure maintenant depuis plus de huit ans, de nombreux spécialistes estiment qu'il est aujourd'hui avisé de faire preuve de prudence sur les actions américaines, dans un contexte où les réformes promises par Donald Trump (notamment la baisse de l'imposition sur les résultats des entreprises et l'allègement des réglementations) pourraient avoir des difficultés à voir le jour. Mais en dépit des difficultés croissantes rencontrées au niveau de l'exécutif américain, la croissance économique reste bien orientée, et l'inflation sous-jacente continue d'être faible.

" L'histoire démontre que les cycles de surperformances sont généralement suivis par des années moins favorables ", souligne John Cavalieri, stratégiste chez PIMCO, qui indique également qu'il existe aujourd'hui une " triple menace " pesant sur la Bourse américaine. " Les rendements sont actuellement à des niveaux historiquement bas, tandis que les marges sont élevées, précise-t-il. Et enfin, la valorisation du marché est également particulièrement chère. "

Résilience

Lukas Daalder, CIO chez Robeco Investment Solutions, souligne pour sa part que le marché américain devrait rester soutenu tant qu'il n'y aura pas un élément qui le fera soudainement plier. " En dépit de tous les obstacles qui auraient pu faire dérailler Wall Street ces derniers mois, les principaux indices ont continué à enchaîner les records en ne prêtant pas attention à ce qui pouvait se passer en Corée du Nord ou ailleurs ", déclare-t-il. La conséquence étant que le marché est aujourd'hui devenu très cher. " Il est indéniable que l'indice S&P500 a structurellement dépassé la progression des résultats sous-jacents des entreprises ", ajoute Lukas Daalder. Mais le plus ironique est que les actions américaines ont souvent eu tendance à moins corriger que celles des autres régions lors des phases de correction (et à se redresser plus rapidement), même si la cause de la correction a affecté plus directement l'économie américaine, comme ce fut le cas avec la crise des subprimes ou avec les attentats du 11 septembre. " En résumé, les actions américaines sont chères, mais restent le meilleur choix pour rester investies en cas de correction ", indique encore le CIO.

Pas de panique

Chez les gestionnaires de fonds investis en actions américaines, l'heure n'est pas non plus à la panique. Susan Bao, gestionnaire de fonds en actions américaines chez JP Morgan Asset Management, pense " que les cours pourraient encore progresser, tout d'abord parce que les taux d'intérêt restent faibles alors que les dividendes des entreprises se maintiennent à des niveaux sains ".

Peter Bourbeau, gestionnaire de fonds en actions américaines chez Legg Mason Clearbridge, souligne qu'en dépit des records répétés de l'indice S&P500 (qui a récemment dépassé la barre des 2.500 points), plus de 40 % des composantes de l'indice sont en recul de plus de 10 % depuis le début de l'année. " La faiblesse des taux d'intérêt a constitué un support évident pour la valorisation du marché américain, et le contexte devrait globalement rester favorable durant les prochains trimestres, précise-t-il. Il n'est pas réaliste d'anticiper une forte hausse des rendements obligataires à court terme. Mais même une hausse modeste du taux à 10 ans aura un impact sur les modèles de valorisation. "

Dans le même temps, Susan Bao souligne que les résultats des entreprises devraient rester favorablement orientés en l'absence d'une plongée en récession durant les prochains trimestres. " La plupart de nos indicateurs continuent de ne pas signaler un risque de contraction de l'activité économique, avec une progression des résultats d'entreprises qui dépassera encore 10 % en 2018. Nous pensons que les conditions devraient rester favorables pour les 18 à 24 prochains mois. " Dans le même temps, le marché ne semble pas penser que l'économie globale va accélérer sensiblement vu la performance décevante enregistrée par les petites et moyennes capitalisations américaines depuis le début 2017.

Les taux bas et le dollar soutiendront Wall Street

Billet vert

En outre, la baisse récente du dollar va également constituer une bouffée d'air pour les sociétés américaines qui génèrent une partie significative de leur activité sur les marchés internationaux. En termes de préférence, Susan Bao apprécie les actions exposées sur la croissance économique, notamment certaines valeurs financières qui devraient bénéficier d'un contexte plus favorable pour les marges d'intérêts, tout en réalisant d'importants programmes de rachat d'actions propres durant les 12 prochains mois.

Peter Bourbeau souligne qu'il réserve également une partie de son allocation à des opportunités cycliques, des sociétés dont les résultats (et les cours) ont été mis sous pression à juste titre, " mais qui ont pris les bonnes mesures pour solutionner le problème, et dont la valorisation devrait donc se redresser fortement durant les prochaines années ". Et de citer notamment des valeurs liées au secteur pétrolier, comme Schlumberger ou Pioneer Natural Resources. Il apprécie également un groupe comme Home Depot, un distributeur américain qui dispose de 2.000 magasins pour vendre du matériel de bricolage aux particuliers et aux entreprises. " Le groupe a réalisé un travail admirable dans un secteur difficile, et est parvenu à repousser les assauts d'Amazon en adaptant une politique très agressive sur les prix et en recourant massivement aux labels privés ; tout en parvenant à afficher une croissance du résultat autour de 5 % par an depuis 2010 ", détaille Peter Bourdeau.

Positionnement

" Nous évitons par contre les actions qui se comportent trop comme les obligations, comme par exemple les groupes immobiliers ou producteurs de biens de consommation, ajoute le gestionnaire. Il fait actuellement peu de sens de payer 25 fois les bénéfices d'une entreprise dont le résultat par action ne devrait progresser que de 3 % par an dans le futur. " Susan Bao souligne également qu'une éventuelle réforme de la fiscalité devrait constituer un élément favorable pour les acteurs domestiques, ce qui la pousse aujourd'hui à augmenter le poids des petites et moyennes capitalisations dans la composition de son portefeuille.

Pour sa part, Peter Bourbeau souligne avoir également modifié le profil de risque de son fonds, en diminuant son exposition sur les sociétés technologiques pour se repositionner sur des secteurs qui sont restés en retrait de la hausse du marché. " Les investisseurs sont prêts à accorder une prime significative aux sociétés qui affichent encore une forte croissance de leur activité. Nos principales surpondérations visent aujourd'hui les services financiers (cartes de crédit, etc.) ou les soins de santé. " Dans ce domaine, Peter Bourbeau apprécie plus particulièrement les valeurs biotechs innovantes comme Celgene ou Regeneron, qui permettent de rendre un portefeuille moins sensible au cycle économique. " Nous préférons entrer tôt sur une position et attendre. Le taux de rotation de notre portefeuille (Legg Mason Clearbridge US Large Cap Growth) s'est élevé historiquement à seulement 15 % par an, et certaines positions comme Texas Instruments, Johnson & Johnson ou Walt Disney ont figuré dans notre portefeuille depuis le lancement du fonds il y a plus de 25 ans. " Environ 50 % du portefeuille est actuellement exposé sur ces grandes valeurs stables avec des flux de trésorerie élevés.

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