Mark Scholliers : 'Rendons la pension complémentaire légalement obligatoire'

01/09/17 à 15:44 - Mise à jour à 15:44

Source: Moneytalk

Régulièrement, MoneyTalk pose trois questions sur l'actualité à un économiste. Cette semaine, Mark Scholliers, co-auteur du livre Het Grote Pensioenbedrog (La grande supercherie de la pension, NdT) donne son opinion sur la pension de base, l'augmentation de l'âge de la pension et la politique des taux faibles de la BCE.

Mark Scholliers : 'Rendons la pension complémentaire légalement obligatoire'

Les économistes Mark Scholliers (à g.) et Jef Vuchelen (à d.) © MICHEL WIEGANDT

Ce week-end, Groen a ramené l'attention sur l'idée d'une pension de base. Elle implique un montant "plancher", qui peut être augmenté sur base du nombre d'années travaillées. Que pensez-vous d'une part de l'idée, d'autre part de la philosophie de déconnecter partiellement le revenu et la pension du travail fourni ?

MARK SCHOLLIERS: "L'idée qui sous-tend les concepts comme le revenu de base et la pension de base, où l'ensemble des allocations sociales sont remplacées par un montant fixe, je la trouve certainement intéressante à étudier. En outre, je suis charmé par l'énorme simplification administrative et donc les importantes économies de coûts que ces concepts impliquent.

"La proposition de Groen est néanmoins peu réaliste selon moi. Groen considère les pensions comme une protection sociale de base, à laquelle chaque Belge qui a atteint l'âge de la pension a droit et qui doit être payée à partir des moyens généraux. En tant que parti politique, c'est bien sûr leur droit de lancer ce type de propositions, mais le bât blesse sur le plan du financement. Certainement en ce moment, étant donné la persistance du déficit budgétaire annuel et le niveau de la dette publique dont le total dépasse 106% du PIB, l'adoption d'un revenu de base ou d'une pension de base me semble irréalisable.

"Je trouve en outre que l'on fait beaucoup trop peu de distinction entre le financement de la pension légale et celui des autres services sociaux. Prendre sa pension n'est tout de même pas un accident qui vous tombe dessus et contre lequel vous devez vous assurez ?"

Etant donné le vieillissement de la population, existe-t-il selon vous une solution réaliste à l'imminence du problème des pensions ? L'augmentation de l'âge de la pension suffira-t-elle ?

SCHOLLIERS: "Le relèvement de l'âge de la pension est une mesure facile à comprendre à la lumière de l'augmentation de l'espérance de vie, mais elle n'est en fait pas davantage qu'une solution qui consiste à se cramponner coûte que coûte à un système qui, tel qu'il existe aujourd'hui, ne sera plus tenable d'ici plus ou moins cinq ans.

"La solution réside dans la définition du problème. Ce problème est le mécanisme de financement actuel. Dans notre système de répartition, la partie active de la population paie les pensions légales. Il va de soi que cela n'est durable que s'il y a en permanence un approvisionnement suffisamment grand en nouvelles personnes actives. Au moment où ce n'est plus vrai, puisque ce sera bientôt le cas, vous devez commencer à rechercher des solutions à temps.

"Pour être clair, le principe de répartition ne doit pas être entièrement supprimé, mais la mesure dans laquelle les autorités portent le financement de la pension légale doit correspondre aux moyens dont elles disposeront à l'avenir avec certitude.

"En ce qui concerne l'évaluation correcte du budget public futur, il est bien sûr plus sage d'introduire de la prudence. La Commission d'étude sur le vieillissement se base sur des scénarios déjà trop optimistes pour la croissance économique, la productivité et l'emploi. Les autorités risquent ainsi de promettre de l'argent dont elles ne disposeront peut-être jamais.

"Partant de l'idée que les autorités interviennent seulement à mesure de ce que les moyens le permettent, un système dans lequel la pension légale (le premier pilier actuel) se compose partiellement des cotisations de la population active et en partie de la pension complémentaire, semble être une solution plus tenable et donc sûre. En d'autres termes, intégrons la pension complémentaire, qui est constituée tout au long de la carrière, dans la pension légale, et ce pour les fonctionnaires, les employés et les indépendants.

"Obliger les gens, de cette manière, à constituer eux-mêmes leur pension - ce que beaucoup font d'ailleurs déjà aujourd'hui - est la meilleure manière de leur garantir leur sécurité concernant leur situation financière lorsqu'ils arrêteront de travailler.

"La proposition que nous formulons dans notre livre Het Grote Pensioenbedrog conduit pour beaucoup de personnes à une augmentation de la pension légale de base. Nous pensons ainsi concrètement à un minimum de 1.500 euros, dont deux tiers seraient financés par répartition et un tiers par capitalisation.

"Attention cependant, cette proposition vaut uniquement pour les personnes qui se trouvent au début de leur carrière et pas pour celles qui travaillent déjà actuellement. A terme, le système actuel s'éteindrait donc et serait progressivement remplacé par le nouveau système mixte."

La responsabilité des gens de compléter eux-mêmes leur pension nous amène à un thème plus macro-économique. La politique monétaire de la BCE se caractérise par un taux d'intérêt ultra faible et même négatif. De ce fait, il est bien sûr bien difficile en tant qu'individu de veiller soi-même à la constitution d'une pension complémentaire par capitalisation. Comment voyez-vous évoluer cette problématique ?

SCHOLLIERS: "Eu égard à la constitution d'une pension dans un système de capitalisation, la politique monétaire de la BCE est en effet un problème. Comme le taux d'intérêt reste tellement faible, les sociétés d'assurances garantissent en ce moment un rendement pour le deuxième pilier (les pensions financées par la société pour laquelle on travaille) qui se situe à un niveau inférieur au taux d'intérêt minimum légal. De ce fait, les employeurs devront intervenir davantage, ce qui n'est pas bénéfique à la popularité du deuxième pilier.

"La politique des taux bas de la BCE n'est donc pas défendable socialement : elle empêche les gens de constituer une pension complémentaire suffisamment élevée à long terme via le secteur des assurances et donc d'acquérir davantage de sécurité concernant leur situation financière.

"En même temps, cette politique ne tombe pas du ciel. Dans le sillage des crises financière et économique, les taux d'intérêt faibles étaient absolument nécessaires pour inciter les gens à consommer, pour relancer le processus de l'octroi de crédits et pour supporter le secteur financier. Entre-temps, tant aux Etats-Unis qu'en Europe, il y a clairement une reprise économique. La faiblesse des taux semble dès lors ne plus être nécessaire. Dans des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne, la croissance économique est assurément suffisamment élevée pour normaliser le taux d'intérêt. Sans un relèvement du taux, une surchauffe menace même.

"La raison pour laquelle la BCE ne le fait pas, malgré le contexte économique général favorable, est qu'un relèvement du taux d'intérêt aurait notamment de sérieuses conséquences pour la dette publique d'un certain nombre d'Etats membres. Je pense en l'occurrence en premier lieu à la Grèce et à l'Italie, mais aussi à la Belgique.

"Si le taux d'intérêt à long terme évoluait vers 3 ou 4% - ce qui, au regard de la croissance économique et de l'inflation, est un taux d'intérêt normal - alors le déficit public de ces pays exploserait.

"La réalité est que les Etats membres de l'union monétaire européenne, depuis l'adoption de l'euro, ont continué à se distancer les uns des autre sur le plan macro-économique. En conséquence, une politique bonne pour un Etat membre (l'Allemagne peut facilement faire face à un relèvement du taux d'intérêt), est défavorable pour un autre. Seul un vrai gouvernement européen peut remédier à cela, mais je crains que nous ne devions pas nourrir trop d'espoir en cette matière.

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