Pour Tom Simonts, senior financial economist chez KBC Group, ce déclin peut être attribué à trois facteurs : la régulation, le manque de confiance et la fraude. "Cette année, la régulation des monnaies virtuelles s'est renforcée, ce qui a entravé la spéculation. On a aussi vu des dissensions apparaître dans la communauté du bitcoin ces dernières semaines. Une première scission a donné naissance au Bitcoin Cash et une deuxième débouche aujourd'hui sur le Bitcoin SV. C'est un peu comme si on créait un euro flamand et un euro belge. Mais surtout, cela mine la confiance, au point que ces querelles intestines affectent l'ensemble du marché des cryptomonnaies. On aurait d'ailleurs tort de voir dans ces dernières une alternative fiable. Il s'agit plutôt d'un terrain de jeu pour des individus qui prêchent pour leur paroisse, à savoir une paroisse qui n'est pas encore régulée." Pour illustrer son propos, Tom Simonts évoque le litecoin, dont le fondateur a cédé la totalité de ses LTC à la suite d'un conflit d'intérêts. "Voilà comment on décrédibilise une monnaie."

Tom Simonts indique également que les monnaies virtuelles ne sont sous-tendues par aucun marché. "Pendant l'année écoulée, le cours a oscillé entre 5.000 et 6.000 euros, mais tout cela repose sur du vent. En raison de l'incertitude dominante, le cours a donc chuté à 4.000 euros. Dans un avenir proche, le bitcoin pourrait tout aussi bien dégringoler à 500 euros que bondir à 5.000 euros, mais sur presque toutes les plateformes de négociation, à condition qu'elles n'aient pas encore été piratées ou fait l'objet d'une fraude, on n'en connaît absolument pas le volume."

"Les grands perdants sont les investisseurs qui pensent qu'une cryptomonnaie a de la valeur. Le cours peut baisser ou augmenter, mais il n'a aucune valeur et n'est couvert par aucun système économique. Sauf que ceux qui en achètent espèrent voir le cours partir à la hausse. On pourrait bien entendu aussi affirmer qu'un billet de 500 euros n'a aucune valeur en soi, à ceci près qu'il représente bel et bien quelque chose dans notre société. Vous pouvez l'échanger contre des produits à hauteur de ce montant."

Tom Simonts fait la distinction entre les cryptomonnaies et la technologie qu'elles exploitent, à savoir la blockchain. "Cette technologie comporte une grande valeur dans de nombreux domaines et rien ne pourra changer cela. Mais là aussi, il reste beaucoup à accomplir. Pour faire bref, on a pu se rendre compte, au cours de l'année écoulée, du fossé entre le rêve et la réalité. Le rêve, c'était de voir les monnaies prendre de la valeur. Cela dit, la "tokenisation" de la société sur la base de la technologie blockchain survivra. Malheureusement, les cryptomonnaies en sont aujourd'hui le principal exemple."

Traduction : virginie·dupont·sprl