L'entrée en Bourse du numéro un mondial du pétrole, Aramco, va se limiter à une cotation en Arabie saoudite. Annoncée en 2016, l'opération devait être la mère de toutes les IPO. Elle était censée attirer des fonds souverains et des fonds de pension internationaux. Le prince héritier Mohammed ben Salmane espérait une valorisation de 2.000 milliards de dollars et une cotation sur les grandes places internationales.

Mais la société a publié récemment un communiqué annonçant une fourchette d'émission entre 30 et 32 rials, soit 8 à 8,53 dollars, pour une cotation début décembre, si elle est maintenue. Soit une valorisation de l'entreprise entre 1.600 et 1.700 milliards de dollars. Il aurait sans doute fallu descendre encore le prix pour attirer des fonds étrangers. D'où une IPO à domicile, à la Bourse de Riyad, visant seulement les investisseurs saoudiens et des pays voisins.

Les dirigeants d'Aramco ont abruptement annulé le roadshow prévu aux Etats-Unis, au Canada et au Japon. Même chose en Europe. Ce recalibrage touche aussi la part du capital mise en Bourse : 1,5% et non plus 5% comme annoncé auparavant. Sans doute pour assurer le succès de l'IPO. La somme levée restera substantielle : 25 milliards de dollars, un de plus hauts montants jamais levés en Bourse.

L'Arabie saoudite sent visiblement encore trop le soufre pour les investisseurs internationaux, du moins au prix souhaité par Aramco. Le prince Mohammed ben Salmane cherche à montrer qu'il souhaite moderniser le pays, diversifier l'économie hors du pétrole, notamment avec l'argent de l'IPO. Aramco a eu beau afficher une rentabilité considérable (111 milliards de dollars de bénéfice net pour un chiffre d'affaires de 355,9 milliards de dollars en 2018), promettre un dividende minimum de 75 milliards de dollars, et le pays, une fiscalité réduite pour les bénéfices, rien n'y a fait. La guerre menée au Yémen, l'assassinat du journaliste et opposant Jamal Khashoggi dans les locaux d'un consulat saoudien en Turquie ont brouillé le discours. Pour couronner le tout, l'attaque d'installations pétrolières en septembre est venue rappeler la fragilité du pays et sa rivalité séculaire avec l'Iran.

25 milliards

Le montant qui sera levé en Bourse par Aramco, en dollars.