Comme une montgolfière qui aurait besoin de jeter du lest pour reprendre de l'altitude, les assureurs essaient de se débarrasser du poids de plus en plus lourd de leurs anciens contrats d'assurance-vie à taux garanti à vie. Ethias, avec son compte First A, promettant un taux de 3,44 % garanti à vie ou Axa Belgique avec son vieux compte Crest 20 qui garantit 4,75 % à vie, éprouvent naturellement de plus en plus de mal à respecter ce qu'ils ont promis à leurs clients. Comment leur procurer un taux de 3 ou de 4 % alors qu'aujourd'hui un placement dans un emprunt d'Etat sur 10 ans donne 0,15 % ?

Le problème ne date pas d'hier. Ethias - poussée dans le dos par la Commission européenne qui a exigé que la compagnie sauvée en 2008 par l'Etat assainisse son bilan - a ainsi proposé dès 2014 aux 53.000 détenteurs d'un compte First de première génération (souscrit avant 2003) de clore leur compte et de recevoir une prime de 14 %. La moitié des clients avaient répondu à cette offre. Quelques mois plus tard, le groupe d'assurance liégeois renouvelait l'opération, avec des conditions un peu moins généreuses (une prime de sortie de 10%).

Des produits qu'on ne reverra plus

Mais même si au niveau du groupe, Ethias se porte bien, avec un résultat opérationnel de 135 millions d'euros au premier semestre de cette année, il reste encore un encours de 1,4 milliard de comptes First de première génération sur lesquels Ethias doit livrer 3,44 %. Aussi, on ne cache pas à Liège que l'on planche sur de nouvelles pistes pour régler une bonne fois pour toutes ce "problème First".

Confronté à une situation similaire avec son Crest 20 lancé fin des années 1980 et qui promettait à vie un rendement de 4,75 % sur toutes les primes versées, le groupe Axa vient d'ailleurs d'employer les grands moyens : en se basant sur une loi de mars 2016, la filiale belge d'Axa a supprimé la garantie de rendement à vie qui caractérisait sa vieille police. Et il offre aux 27.000 clients qui ont souscrit à un compte Crest 20 avant le 31 janvier 2002 de racheter leur contrat avec une prime de sortie de 25 % au minimum.

Ce qui est certain, c'est que l'on ne reverra pas de sitôt ce type de produits qui garantissait à vie le rendement des primes versées, même dans le futur. Depuis 1993, la loi interdit en effet aux assureurs de garantir un taux sur les primes qui seront versées dans le futur.

Par ailleurs, la loi fixe aussi aux assureurs-vie un taux garanti maximum, qu'ils ne peuvent pas dépasser. Il est passé de 3,25 % à 2 % en début d'année et la Banque nationale responsable de la stabilité financière et donc attentive à la viabilité des compagnies d'assurances, pourrait décider d'abaisser encore ce plafond.

PIERRE-HENRI THOMAS