Un dentiste diagnostique la présence d'une inflammation sur une dent pourtant dévitalisée des années plus tôt. Le patient ne ressent aucune gêne mais selon le praticien, ce n'est qu'une question de temps avant que ne se forme un abcès. Le dentiste lui ayant dressé la liste des pires scénarios possibles, le patient prend rendez-vous chez un odontologue. Dans un environnement quasiment stérile, qui évoque une salle d'opération, celui-ci utilise un microscope et du matériel spécialisé pour extraire les derniers résidus de nerf. Les odontologues ne sont par définition pas conventionnés : le patient doit donc débourser 750 euros, dont 278,50 euros seulement seront remboursés par sa mutuelle, pour faire nettoyer et élargir les racines puis en réaliser l'obturation provisoire afin qu'elles soient étanches. Pour l'obturation définitive, l'odontologue renvoie notre patient à son dentiste. Qui lui annonce que d'après le spécialiste, la dent n'est plus suffisamment solide pour supporter le traitement. " Il faut placer une couronne, lui écrit le praticien dans un courriel. Il vous en coûtera 650 euros, pour lesquels la mutuelle n'interviendra pas. Certaines assurances complémentaires remboursent partiellement cette intervention. "

Le patient n'a pas d'assurance complémentaire - il a bien une police hospitalisation, mais elle exclut explicitement les soins dentaires. Comme il vient de dépenser 1.121,50 euros en l'espace de quelques semaines, il envisage de souscrire une telle assurance pour lui et sa famille. D'autant que ce n'est pas la seule dent qui a été dévitalisée : qui sait si les autres ne poseront pas de problèmes également ? Il pense aussi aux enfants, qui perdent parfois une ou plusieurs dents à l'occasion d'une chute. Il se rappelle en outre qu'il y a quelques années, un collègue était tombé à vélo, ce qui lui avait valu une fracture de la mâchoire et des dizaines de visites chez le dentiste.

Questionnaire médical

D'après une simulation effectuée sur le site de l'assureur DKV, un quadragénaire doit débourser 123,82 euros par an, soit 10,62 euros par mois, pour l'assurance Smile, qui rembourse 80 % des dépenses, compte tenu d'un plafond de 300 euros la première année, de 700 euros la deuxième, de 1.200 euros la troisième et de 1.500 euros à partir de la quatrième. Pour les traitements orthodontiques et parodontaux, l'intervention est plus limitée. La prime augmente tous les cinq ans à partir de l'âge de 20 ans, pour atteindre 216,18 euros au 65e anniversaire de l'assuré. DKV ne vend pas d'assurance dentaire aux personnes qui ont atteint l'âge de 70 ans.

DKV propose également un Plan Soins Dentaires, dont les plafonds de remboursement sont plus élevés. La prime, pour un quadragénaire, est fixée à 227,96 euros par an. Elle peut être indexée, mais n'augmente pas avec l'âge. L'étude de marché effectuée par le magazine Test-Achats il y a un an et demi a conclu que cette assurance était la seule à offrir une couverture digne de ce nom. L'organisation de défense des consommateurs rappelle toutefois que tous les candidats ne sont pas acceptés, tant s'en faut : la demande est soumise à un processus d'approbation, pour lequel le dentiste doit compléter un questionnaire médical.

Souscriptions massives

Les mutuelles proposent elles aussi à leurs membres des couvertures complémentaires soins dentaires, qui soit sont incluses dans le montant de la cotisation, soit revêtent la forme d'assurances spécifiques ou mixtes. Ainsi, les membres des mutualités chrétiennes peuvent-ils se faire rembourser à raison de 20 %, avec un maximum de 180 euros tous les deux ans, les traitements non couverts par l'assurance maladie ordinaire. Ceux de certaines mutualités socialistes peuvent bénéficier d'un remboursement de 15 %, avec un maximum de 200 euros par an.

Les assurances complémentaires contribuent à alléger la facture, mais ne remboursent pas tout, tant s'en faut.

Ces assurances complémentaires n'imposent généralement aucune limite d'âge, et ne dépendent pas des résultats d'un questionnaire médical : tout le monde peut donc y souscrire. Il faut toutefois généralement tenir compte d'un délai d'attente de six ou 12 mois. Les différentes mutualités proposent des assurances dentaires complémentaires. Toutes prévoient un remboursement progressif au cours des trois premières années d'assurance.

En juillet 2015, les mutualités neutres ont mis sur le marché leur assurance Dentalis. Celle-ci propose de rembourser les soins curatifs jusqu'à 90 euros à partir de la troisième année de cotisation. L'intervention pour paradontologie, orthodontie, prothèse et implants, quant à elle, peut atteindre maximum 1.010 euros par an. Du côté des mutualités chrétiennes, outre l'assurance Dento solidaire comprise dans la cotisation de base, les affiliés peuvent souscrire à Dento + qui, malgré un remboursement progressif durant les trois premières années (plafonné à 1.000 euros en fin de période stage), intervient à hauteur de 2.000 euros en cas d'accident, et ce dès la première année d'affiliation. De son côté, Dentalia Plus, l'assurance complémentaire proposée par la mutualité libre Partenamut, se montre plus large en ce qui concerne le plafonnement et couvre annuellement jusqu'à 1.250 euros de remboursement à partir de la troisième année (plafonnée à 1.050 euros pour l'ensemble des prestations d'orthodontie, paradontologie, prothèse et implants.

Il ne faut évidemment pas chercher bien loin la raison du succès de toutes ces couvertures. D'après les mutualités chrétiennes, parmi les 8.500 dentistes actifs en Belgique en 2016, 34 % seulement étaient entièrement conventionnés. Un nouvel accord national dento-mutualiste a été conclu l'an dernier pour deux ans. Les dentistes avaient jusqu'au 14 juin pour signifier en ligne leur refus ou leur adhésion partielle : la Commission nationale dento-mutualiste a enregistré 38,6 % de refus, soit moins que les 42,6 % d'absence de conventionnement recensés en 2016. Mais même chez un dentiste conventionné, la facture peut être très salée.

Déconventionnements

" L'image des soins dentaires a évolué, constatent les mutualités chrétiennes. Ils ne sont plus considérés comme une sorte de médecine de luxe, et l'importance d'une bonne hygiène préventive sur le plan notamment de la corrélation avec d'autres affections et des risques pour certains groupes, comme les femmes enceintes, est à présent largement reconnue. Mais les budgets de l'Inami étant insuffisamment adaptés, on assiste à un mouvement massif de 'déconventionnements', ce qui met en péril l'accessibilité des soins dentaires. Qui, contrairement à d'autres, sont très peu remboursés par l'assurance obligatoire maladie-invalidité. " Les mutualités plaident pour que les choses changent.

" Les soins dentaires coûtent souvent très cher au patient, affirme-t-on aux mutualités socialistes. L'intervention personnelle pour un implant est de 1.292 euros en moyenne, et de 438 euros pour une couronne. Couronnes, bridges, implants et orthodontie ne sont pas, ou à peine, remboursés par la mutuelle. Les prothèses amovibles le sont mieux, mais elles peuvent difficilement être qualifiées de solution idéale en toutes circonstances. Elles coûtent en moyenne 567 euros, dont l'assurance-maladie rembourse 295 euros. Les soins à caractère innovant sont quasiment, voir totalement, ignorés. Certaines techniques nouvelles sont extrêmement onéreuses et ne sont pas remboursées. C'est la raison pour laquelle les gens se tournent vers les assurances dentaires. "

Petits caractères

Les assurances complémentaires ne peuvent être souscrites que soit à la mutuelle à laquelle on est affilié, soit chez l'assureur DKV. Si vous prévoyez une intervention coûteuse, il peut être opportun de vous entretenir de la question avec votre dentiste. Les assurances complémentaires contribuent à alléger la facture, mais ne remboursent pas tout, tant s'en faut. Prenez connaissance des clauses inscrites en petits caractères, et ne tardez pas trop à vous pencher sur la question car les problèmes préexistants, par exemple, font souvent l'objet de clauses d'exclusion ; chaque assurance met de surcroît l'accent sur certains aspects particuliers, et impose ses propres restrictions. Les assurances dentaires ne sont donc pas un produit miracle.

Par Ilse de Witte et Anne-Sophie Chevalier.