Plusieurs compagnies ont augmenté les tarifs des assurances auto en 2021. "Nous avons procédé à une adaptation des tarifs de 2,4% en moyenne au début de l'année", reconnaît ainsi Gianni De Muynck, le porte-parole d'Axa, leader sur le marché. L'assureur justifie cette hausse par "l'augmentation de la prise en charge moyenne par sinistre, consécutive à des accidents plus graves et une forte hausse des prix des pièces de rechange".
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Plusieurs compagnies ont augmenté les tarifs des assurances auto en 2021. "Nous avons procédé à une adaptation des tarifs de 2,4% en moyenne au début de l'année", reconnaît ainsi Gianni De Muynck, le porte-parole d'Axa, leader sur le marché. L'assureur justifie cette hausse par "l'augmentation de la prise en charge moyenne par sinistre, consécutive à des accidents plus graves et une forte hausse des prix des pièces de rechange". Gianni De Muynck ajoute que les primes d'assurance responsabilité civile (RC) auto n'ont pas augmenté entre 2005 et 2019. "Sur ces 14 ans, l'inflation atteint 25%. Les primes d'assurance ont baissé année après année alors que le prix catalogue des véhicules augmentait." Le numéro deux sur le marché belge, AG Insurance, n'a pas répondu à nos questions sur les adaptations des primes en 2021. "Bien que la période de confinement de mars à mai 2020 ait été marquée par une nette baisse de la fréquence des sinistres dans l'assurance auto, nous avons rapidement retrouvé le niveau d'avant la crise par la suite", remarque toutefois sa porte-parole Fadwa Lahssini qui, pour le détail, nous renvoie chez Assuralia, la fédération des assureurs. Un courtier en assurances a cependant bien voulu nous fournir un courrier relatif aux adaptations tarifaires qu'AG Insurance a envoyé aux courtiers en décembre. Nous y lisons que la prime pour les nouvelles affaires serait relevée de 1,25% à partir du 1er janvier. Pour le portefeuille existant, une hausse de la prime de 3% en moyenne serait opérée en fonction du profil du client. D'autres assureurs aussi éludent nos questions sur l'évolution des primes d'assurance entre 2020 et 2021. Baloise Insurance, par exemple: "Notre politique tarifaire est fixée sur une longue période, et un événement unique comme une pandémie n'a guère d'impact sur le calcul du risque". Selon Christel Michiels, branding coordinator, la baisse du nombre d'accidents en 2020 a été neutralisée par la plus grande gravité des accidents, la hausse du coût des réparations liées à l'utilisation de composants technologiques et la désinfection des véhicules. Elle renvoie également aux rendements des investissements des assureurs, qui ont souffert de la faiblesse des taux. En effet, les investissements des assureurs en obligations rapportent beaucoup moins qu'avant. Et les taux très bas ont également une implication comptable: ils obligent les assureurs à détenir davantage de réserve afin de couvrir leurs engagements futurs envers leurs assurés. Si les taux augmentent et les investissements rapportent plus, il sera dès lors plus aisé pour les assureurs de faire des bénéfices. Pendant le premier confinement de l'an dernier, des mandataires de Vooruit (l'ancien sp.a) et du PS avaient introduit une proposition de loi destinée à obliger les fournisseurs d'assurance auto à accorder une remise sur les primes d'assurance. De très nombreuses voitures étaient en effet restées au garage pendant deux mois en raison de l'interdiction des déplacements non essentiels et du télétravail obligatoire. Or les primes sont calculées sur les voitures qui peuvent rouler chaque jour et les moyennes historiques des accidents. "Entre mars 2020 et mars 2021, les kilométrages parcourus par les clients de Corona Direct ont baissé de 15% en moyenne. Le confinement a réduit le nombre d'accidents et les dommages. Nous avons observé cette baisse à la fois dans l'assurance responsabilité civile (RC) et dans les contrats omnium", explique Ulrike Pommee, la porte-parole de Belfius, société mère de Corona Direct. D'autres assureurs n'enregistrent pas le kilométrage parcouru par leurs assurés. Les statistiques de la fédération Assuralia nous apprennent cependant que les demandes d'indemnisation introduites pour des véhicules motorisés en 2020 avaient atteint 2,7 milliards d'euros, 5,6% de moins qu'en 2019. La cheffe de groupe Vooruit à la Chambre, Melissa Depraetere, a donc de nouveau dénoncé le problème des assurances auto trop chères pour des voitures qui n'ont pas été beaucoup utilisées récemment. "Le résultat brut s'est inscrit en nette hausse dans la branche véhicules l'an dernier, affirmait-elle en commission Economie le 17 mars dernier. En 2020, les assureurs ont perçu pour 3,9 milliards d'euros de prime d'assurances auto, un montant en hausse de 1,1%. Comme nous avons parcouru moins de kilomètres et eu moins d'accidents, les résultats d'assurance se sont améliorés de plus de 300 millions d'euros." La députée a demandé au ministre de l'Economie et du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) s'il estimait que le consommateur avait droit à un remboursement partiel de la prime et s'il avait l'intention d'effectuer des démarches en ce sens. Le ministre a répondu qu'il se concertait avec le secteur: "Un geste commercial est souhaitable. Certains assureurs interviennent en faveur de tous leurs preneurs d'assurances, d'autres uniquement pour les preneurs d'assurance qui ont été gravement touchés par la crise. Ces interventions peuvent prendre la forme d'un remboursement partiel de la prime, des remises ou de participations bénéficiaires. Un assureur a par exemple attribué une remise de deux mois de prime. D'autres assureurs appliquent un tarif au kilomètre." Nous avons demandé aux plus grands acteurs sur le marché belge s'ils avaient accordé un geste commercial à leurs assurés. Aucun d'entre eux n'a fait état de remboursements de primes pour la période pendant laquelle les voitures des particuliers étaient restées au garage. AG Insurance n'a pas répondu à la question sur les ristournes, mais a renvoyé à une intervention de la fédération sectorielle Assuralia à la commission Economie du 30 mars. Le directeur d'Assuralia, Hein Lannoy, y a présenté la position du secteur. "Nous avons observé que la légère baisse de la charge de sinistre dans les assurances auto était le résultat de la conjonction de deux facteurs: une diminution du nombre d'accidents, mais aussi une augmentation de la gravité des sinistres. Rappelons également que la prime d'assurance auto a baissé de 10% en termes réels ces cinq dernières années." "La presse a largement fait écho de la baisse des sinistres dans les assurances auto, poursuit Hein Lannoy. Mais le nombre de sinistres est en hausse dans d'autres branches. Je noterai par exemple une augmentation significative dans les assurances revenus garantis et soins de santé. Globalement, les sinistres ont augmenté de 5% en 2020, alors que le total des primes est resté égal." Le directeur d'Assuralia a par ailleurs énuméré ce que les assureurs avaient réalisé en 2020: accordé des sursis de paiement à des entreprises et des ménages, veillé à ce que les assurances collectives comme les assurances hospitalisation continuent à courir en cas de chômage temporaire, offert une couverture gratuite aux bénévoles dans les soins, etc. Les assureurs soulignent également qu'ils sont prêts à jouer un rôle important dans la relance. "Le secteur investit chaque année 8,5 milliards d'euros de réserves dans l'économie belge. C'est un tiers du total des investissements des assureurs", souligne Hein Lannoy. "Nous n'avons pas accordé de ristournes, sauf si le client a demandé la limitation kilométrique, explique Gianni De Muynck (Axa). Il existe des solutions pour ceux qui roulent moins." Pour chaque nouvelle affaire ou remplacement d'un véhicule dans un contrat existant, Axa propose en effet une remise de 10% à ceux qui parcourent moins de 10.000 km par an, et une remise de 15% à ceux qui parcourent moins de 5.000 km. Chez KBC, "les clients qui roulent moins ont la possibilité de passer à la formule 'kilométrage réduit'. Ils bénéficient éventuellement d'un remboursement d'une partie de la prime. La remise pour kilométrage réduit s'élève à 15%", explique le porte-parole Pieter Kussé. DVV et Belfius Insurance ont également des solutions pour les clients qui roulent peu. DVV offre une remise aux clients qui parcourent moins de 10.000 km par an. Belfius accorde une remise liée au nombre de kilomètres parcourus et aux émissions de CO2 du véhicule. Axa prévoit une remise de 20% pour les véhicules qui sont 100% électriques ou pour les véhicules hybrides qui émettent au maximum 95 g de CO2 au kilomètre. La porte-parole de Belfius souligne que l'assurance au kilomètre de Corona Direct a démontré toute sa pertinence durant cette pandémie. "L'assurance au kilomètre s'adapte au comportement de nos clients. S'ils roulent moins, ils récupèrent les kilomètres non utilisés et la prime assurance baisse l'année suivante. Les clients ne doivent pas demander une adaptation de la prime: celle-ci est automatique." Avec le bonus au kilomètre, AG Insurance dispose elle aussi d'un produit pour ceux qui parcourent moins de 25.000 km par an. Une remise de 15% est également accordée à ceux qui parcourent au maximum 7.500 km par an et ne roulent pas au diesel. Les propriétaires d'un véhicule diesel peuvent cependant obtenir une remise de 5 ou 10% s'ils limitent le nombre de kilomètres parcourus à respectivement 15.000 ou 7.500 km par an. Cette remise s'applique à la fois à la RC auto et à l'assurance omnium qui couvre tous les dommages. "Vous pouvez communiquer l'évolution du nombre de kilomètres parcourus à AG et faire adapter le tarif de votre assurance auto à tout moment, indique la porte-parole Fadwa Lahssini. Si vous roulez plus de 25.000 kilomètres par an, vous pouvez choisir l'option 'kilométrage illimité' et vous paierez le tarif de base."