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" Je pense que les assurances vie ont atteint un plancher l'an passé ", résume Hans De Cuyper, président d'Assuralia l'Union professionnelle des entreprises d'assurances, et CEO d'AG Insurance. En 2017, pour la première fois depuis 2001, les encaissements des primes des assurances- -vie individuelles ont en effet plongé sous les 10 milliards d'euros. Ont été particulièrement touchées : les assurances vie assorties d'un taux d'intérêt garanti (branche 21), dont l'encaissement est passé de 7,5 à 6,2 milliards d'euros.

Ce recul continu des encaissements en vie n'est pas nouveau - ils ont chuté de 25 % en six ans. Hans De Cuyper y voit deux raisons. Tout d'abord, l'indigence du rendement qu'offrent actuellement les assurances de la branche 21, compte tenu de la politique de taux bas des banques centrales. Ensuite, la taxe de prime (augmentée en 2013), qui grève le rendement de 2 %. Mais pour notre expert, 2018 sera l'année du renversement de situation : le marché global des assurances-vie (assurances groupe incluses) devrait, estime-t-il, progresser de 10 à 11 %. Cela fait en effet plusieurs années que les assureurs se concentrent sur la commercialisation des produits branche 23, dont le rendement est lié à l'évolution d'un ou plusieurs fonds d'investissement. Même si leur résultat fluctue en fonction de l'évolution des marchés financiers et si le risque repose entièrement sur le preneur, ces produits séduisent davantage.

Le bond de la branche 23

En 2017, l'encaissement en branche 23 a bondi de 43 %, de 2,1 à 3,1 milliards d'euros. " L'évolution chaotique des Bourses n'empêche pas la hausse de se confirmer cette année, se réjouit Hans De Cuyper. La branche 23 devrait achever l'exercice sur une croissance de 20 %. Mais la branche 21 se redresse elle aussi. Nous pensons terminer 2018 sur un encaissement de 6,6 milliards d'euros. "

La bonne tenue des assurances branche 21 s'explique principalement par l'atonie des taux d'intérêt concédés sur les comptes d'épargne. " Cela fait tout un temps que les clients doivent se contenter d'un maigre 0,11 % : les 0,75 % qu'offrent les assureurs sur un produit sûr, comme le sont les assurances branche 21, restent par conséquent un atout ", renchérit Henk Janssen, CEO de Baloise Insurance.

Baloise propose des produits hybrides, qui permettent aux clients et aux courtiers de combiner branches 21 et 23. Cela dit, on l'a compris, c'est surtout au sein de la branche 23 que se concentre la croissance : " Au cours du premier semestre, les encaissements y ont été de 50 % plus élevés ", confirme Henk Janssen.

Indispensable pension complémentaire

Serge Martin " Toutes ces initiatives sont excellentes pour les compagnies d'assurances". © FRANKY VERDICKT

L'intérêt en augmentation dont font l'objet les produits branche 23 s'explique certes par le rendement escompté à long terme, mais aussi par le fait que les Belges se préoccupent désormais bien davantage de leur pension. " Les gens n'ont d'autre choix, s'ils veulent conserver leur niveau de vie après le départ à la retraite, que de se constituer une pension complémentaire ", opine Serge Martin, qui dirige Axa Life, la division assurances vie d'Axa Belgium.

Si Axa Belgium est le premier assureur dommages du pays, sa part de marché en vie n'a cessé de reculer ces dernières années, pour terminer à 7,8 %. Axa s'est retiré du segment des assurances placement, au sein duquel sa gamme Crest avait pourtant fait un carton. " Nous avons mis fin à cette activité parce que nous ne pouvions plus offrir le même rendement que par le passé sur nos produits branche 21, expose Serge Martin. De surcroît, la directive européenne Solvabilité II exige des assureurs qu'ils disposent de davantage de fonds propres pour les produits assortis d'un taux d'intérêt garanti. " C'est donc Axa Banque, société soeur d'Axa Belgium, qui a hérité de la commercialisation des assurances placement, décision qui s'inscrivait dans une stratégie de simplification de la structure du groupe et a contribué à la compression des coûts. " L'assureur a restitué les produits d'investissement à la banque et est retourné à son coeur de métier ", conclut notre interlocuteur.

Ce qui ne signifie toutefois pas qu'Axa ait cessé de croire aux assurances-vie. " C'est même tout le contraire, insiste Serge Martin : nous avons modifié notre gamme de produits en fonction des opportunités de croissance. Nous sommes convaincus que les assurances pension destinées aux particuliers et aux indépendants, de même que les polices hospitalisation et invalidité souscrites par les entreprises, quelle que soit leur taille, sont dotées d'un véritable potentiel ."

Dans le segment des assurances pension, Axa canalise son attention sur les deuxième et troisième piliers (assurances groupe pour l'un, épargne à long terme et épargne pension pour les particuliers pour l'autre). Les assurances groupe forment un marché stable, qui a achevé l'exercice 2017 sur une croissance de 5 % et au sein duquel la part des assurances branche 23, bien que restreinte, croît rapidement, comme le montrent les chiffres compilés par Assuralia. Au sein de la classique épargne pension fiscalement avantageuse destinée aux particuliers, les assurances cèdent, depuis plusieurs années, du terrain au profit des fonds d'épargne pension commercialisés par les banques.

Mesures gouvernementales

Serge Martin n'en est pas moins convaincu, lui aussi, du potentiel d'expansion du marché. Il évoque plusieurs initiatives gouvernementales, comme la convention de pension pour travailleurs indépendants (CPTI), qui permet désormais aux indépendants non adossés à une société de se constituer, d'une manière fiscalement avantageuse, une pension complémentaire. " Les montants autorisés sont certes faibles, admet-il. Mais le système est tout nouveau et il s'ajoute à celui de la pension libre complémentaire pour indépendants (PLCI). Il faut un peu de temps pour que les gens soient au courant. Je suis certain qu'il y aura un engouement pour ce produit. "

Les pouvoirs publics envisagent également d'autoriser la commercialisation d'une pension libre complémentaire pour travailleurs salariés (PLCS), que viendrait alimenter une partie de la rémunération des salariés. " Il n'a pas encore légiféré en ce sens, annonce Serge Martin. Les modalités ne sont pour l'heure pas claires, mais le principe mérite d'être salué. Toutes ces initiatives sont excellentes pour les compagnies d'assurances. "

Grand nettoyage du secteur

Il existe une autre raison encore pour laquelle les compagnies se réconcilient avec leurs assurances vie : le rétablissement de la rentabilité de ces produits. En 2015, le résultat technico-financier de la branche vie était quasi nul. Maintes entreprises d'assurances avaient à faire face à des engagements issus du passé et à des portefeuilles d'investissement totalement inadaptés aux nouvelles conditions. " Le secteur a procédé à un grand nettoyage ", affirme Hans De Cuyper. L'an passé, le solde technico-financier net a donc atteint 1,4 milliard d'euros, ce qui correspond à une marge bénéficiaire de 9,7 % du chiffre d'affaires. Par rapport aux provisions techniques, la marge est de 0,7 %, soit le chiffre le plus élevé depuis 2009. " Je pense pouvoir affirmer que le secteur est aujourd'hui structurellement sain et prêt à relancer les assurances-vie ", résume Hans De Cuyper.

Cette amélioration de leur solvabilité et de leur rentabilité, les assureurs la doivent à la Banque nationale. En 2016 et 2017, l'autorité de surveillance a dispensé de nombreux assureurs sur la vie d'établir des réserves " clignotant ", ces provisions destinées à leur permettre de faire face à une longue période de taux bas. " Après l'entrée en vigueur de Solvabilité II, il s'est avéré que nous pouvions mieux évaluer les risques et que la constitution de provisions complémentaires n'était pas toujours nécessaire, expose Hans De Cuyper. C'est là que la Banque nationale a créé la possibilité de demander une dispense, dont de plus en plus d'assureurs sur la vie bénéficient. La suppression de ces provisions a permis aux compagnies de renouer avec la rentabilité. "

43 %

C'est la croissance de l'encaissement des assurances-vie branche 23 en Belgique en 2017. Il est passé de 2,1 à 3,1 milliards d'euros.