Tandis que Wall Street a limité les dégâts à -6,2 % en 2018 et que l'indice mondial MSCI World a cédé 10,5 %, la Bourse de Bruxelles a perdu 18,5 %, entraînée par la chute d'AB InBev (-38 %), sa valeur vedette. On est toutefois très loin du désastre de 2008, quand le Bel 20 avait dégringolé de 53,8 % ! C'est également un tiers de moins qu'en 2002, quand la débâcle des valeurs technologiques avait fait chuter l'indice de 27,2 %. Si le millésime boursier 2018 laisse un goût fort amer, surtout en Europe, c'est aussi parce qu'il avait démarré en fanfare, conformément à des prévisions optimistes. Du coup, c'est globalement la défiance qui est de mise en ce début 2019, d'autant qu'une baisse de la croissance économique paraît déjà inscrite dans les astres, sinon déjà dans les chiffres, comme sur le Vieux Continent. Plusieurs secteurs ou marchés trouvent cependant grâce aux yeux des professionnels.

Les avis sont unanimes : si les marchés émergents (ME) furent massacrés l'an dernier, c'est pour plusieurs raisons techniques... qui ont totalement occulté leurs qualités fondamentales. Sur le plan macroéconomique, le FMI s'attend à ce que la croissance s'y maintienne à 4,7 % cette année, alors que celle des pays avancés ralentirait de 2,4 à 2,1 %. Pour le gestionnaire américain Franklin Templeton, " les fondamentaux actuels ne justifient pas la baisse des actifs des ME observée en 2018 ". La vigueur du dollar et des taux d'intérêt américains a entraîné un important reflux de capitaux de ces ME (comme d'Europe d'ailleurs) vers les Etats-Unis, mais les investisseurs n'ont pas encore compris que les économies émergentes " s'éloignent de plus en plus de la dépendance aux exportations, aux matières premières et aux entreprises publiques pour aller vers des sources de croissance plus solides ", affirme Franklin Templeton, parmi lesquelles la consommation intérieure, mais également la technologie. Une moindre aversion au risque devrait entraîner la (re)découverte des champions émergents dans des domaines tels que la fabrication de semi-conducteurs, les jeux en ligne ou les services bancaires en ligne, qui comptent parmi les premiers du monde. Les marchés émergents présentent aujourd'hui les actifs les plus sous-évalués de la planète, confirme de son côté Legg Mason, autre gestionnaire d'actifs américain.

Actions européennes : avec confiance...

Le gestionnaire de fonds britannique Schroders se montre relativement confiant à l'égard des actions européennes. Elles resteront volatiles en 2019, mais sont à présent faiblement valorisées et offrent un rendement de dividende attrayant, alors que les bilans des entreprises sont sains et que " le ralentissement de la croissance allemande n'est apparemment que temporaire ". Les spécialistes en actions européennes de la maison pointent spécialement les secteurs automobile et du matériel technologique. Ils sont aujourd'hui en légère récession, mais dans un environnement économique toujours positif, en Europe comme aux Etats-Unis.

Autre piste : la remontée de l'inflation. Rien à voir avec le prix du pétrole ou d'autres matières premières, mais avec deux éléments endogènes. D'une part, " beaucoup d'entreprises européennes sont confrontées à une pénurie de main-d'oeuvre et doivent augmenter les salaires pour conserver leur personnel. D'autre part, au lendemain de la crise financière, les investissements dans les capacités de production ont été insuffisants, alors que l'économie est toujours en croissance. Il faut donc investir dans de nouvelles capacités. Ces deux facteurs ont un effet inflationniste ", conclut Schroders. Qui profitera de ce regain d'inflation ? Les services financiers et notamment les assureurs, " qui parviennent à faire en sorte que leurs recettes augmentent plus vite que leurs coûts ". Autre bénéficiaire possible : le secteur des télécoms. A noter toutefois que Schroders anticipe une sérieuse décélération de la croissance en Europe : de 1,9 % en 2018, elle devrait revenir à 1,6 % cette année, et glisser à 1,2 % en 2020, sous l'effet d'un futur fort ralentissement américain.

... ou très timidement

Tout le monde ne partage pas cette (relative) confiance dans les actions européennes. Chez Belfius, on anticipe encore une baisse sensible des Bourses en 2019. Chez Kepler Cheuvreux plus exactement, broker avec lequel plusieurs banques européennes ont noué une collaboration en y prenant une participation de 5 %, dont Belfius en 2017. C'est à ce titre que la maison suit aujourd'hui une cinquantaine d'actions belges, à l'instar d'ING, avec pour objectif de dépasser la barre des 80 en 2020, se situant alors au niveau de Degroof Petercam et de KBC.

Les analystes du broker s'attendent à ce que les Bourses chutent au total de 25 à 32 % par rapport à leur sommet de 2018, ce qui signifie encore un repli de l'ordre de 10 à 15 % cette année. Résultat : la préférence va aux actions défensives mais aussi, depuis décembre, aux actions de valeur. Kepler Cheuvreux met ainsi l'accent sur les entreprises liées à la consommation et à la santé. Ses analystes recommandent même quatre actions belges : Ahold Delhaize, Cofinimmo, Elia et Kinepolis.

La défiance envers les actions est même très élevée chez JP Morgan qui, pour la première fois en 10 ans, s'affiche neutre à leur égard ! Certes, elles sont bon marché, reconnaissent les stratégistes de la banque américaine. Déjà suite à sa glissade de novembre, Wall Street était revenu à son rapport cours-bénéfice (P/E) moyen du dernier quart de siècle, de l'ordre de 16. A l'issue d'un mois de décembre rouge vif, le marché se situe donc franchement en dessous ! Quant aux actions européennes, elles sont encore bien meilleur marché dans une perspective historique. D'énormes disparités sont toutefois à relever : dans le secteur automobile, l'action Ferrari affichait ainsi un P/E de 29 à fin novembre, contre 5 à peine pour Volkswagen ! Si JP Morgan est devenu neutre à l'égard de la Bourse, c'est essentiellement en l'absence de catalyseur susceptible d'engendrer un rebond, en tout cas pour l'instant.

Une note positive pour terminer : on aura remarqué que, prudentes ou même moroses, les prévisions relevées ci-dessus écartent a priori une récession ou un gros accident de parcours. C'est un scénario que les économistes de l'agence de notation Standard & Poors qualifient de " normalisation de la croissance et de la politique monétaire, se réalisant globalement dans l'ordre ". Autrement dit, l'arrivée de l'automne plutôt que de l'hiver, concluent-ils avec poésie...