Jeudi, la livre s'échangeait autour de 1,28 dollar, un niveau qui reste historiquement bas, même s'il demeure au-dessus de 1,18 dollar, un seuil atteint en juillet 2016, quelques semaines après le référendum. Pour sa part, un euro valait 88,52 pence, bien plus qu'avant le vote sur le Brexit, mais moins qu'il y a quelques semaines.

Un "no deal"

L'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord est "le pire scenario pour la livre", selon Ricardo Evangelista, analyste pour ActivTrades, pour qui un tel événement provoquerait un effondrement de la devise britannique de plus de 15%.

Evoqué de plus en plus clairement par les responsables politiques depuis le rejet de l'accord par les députés britanniques mardi soir, le "no deal" est néanmoins considéré comme peu probable par les analystes.

Selon eux, le rejet de l'accord négocié avec Bruxelles s'explique avant tout par une alliance de circonstance entre les Brexiters les plus acharnés et les députés europhiles, qui y ont vu une occasion d'annuler le Brexit.

"Le Parlement devrait bientôt être forcé de s'unir pour éviter la seule chose pour laquelle il y a une majorité: stopper un douloureux Brexit sans accord", a expliqué JR Zhou, analyste pour Infinox.

Une prolongation des négociations

C'est l'hypothèse qui a été privilégiée pour expliquer le rebond de la devise britannique après le vote de mardi.

"Quoi qu'il arrive dans les prochains jours, le temps presse", ont jugé mercredi les analystes d'ING, estimant que la sortie du pays, programmée le 29 mars, a de fortes chances de devoir être repoussée.

Cette prolongation, en donnant plus de temps pour unir les parlementaires derrière un plan modifié, pourrait également obliger Theresa May à chercher un soutien du côté des travaillistes, et à opter ainsi pour un Brexit plus doux, de nature à soutenir la livre.

Un second référendum

Jugé peu probable pour l'instant, le gouvernement ayant insisté sur sa volonté de sortir de l'Union européenne sans repasser par les urnes, l'hypothèse d'un second référendum aurait tendance à favoriser la livre.

Si un tel vote réclamé par les partisans du maintien au sein de l'UE avait lieu, il pourrait se conclure par une victoire des europhiles, selon les derniers sondages. Une annulation du Brexit pourrait ensuite être décidée unilatéralement par le Royaume-Uni sans avoir besoin de l'aval des autres Etats membres de l'UE. De quoi doper la livre.

Nouvelles élections

La Première ministre Theresa May ayant sauvé sa tête mercredi soir, la perspective de nouvelles élections semble pour le moment écartée.

Néanmoins, rien n'empêche qu'une nouvelle motion de censure soit déposée et votée dans les prochaines semaines.

"L'incertitude additionnelle qu'engendreraient des élections législatives surprises est un des événements qui pourrait affaiblir significativement la livre à court terme", ont estimé Lee Hardman et Fritz Louw, analystes pour MUFG.

Selon eux, un nouveau scrutin pourrait faire perdre entre 3% et 5% à la livre. Une chute qu'ils expliquent par la crainte, pour les milieux économiques, d'un gouvernement dirigé par Jeremy Corbyn, situé très à gauche de l'échiquier politique britannique.