La présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten, a fait savoir la semaine dernière que toucher au livret d'épargne n'est désormais plus tabou pour son parti. Jusqu'il y a peu, pour son parti, l'avantage fiscal du livret d'épargne était non négociable. En Belgique, les épargnants ne doivent pas payer de précompte mobilier sur la première tranche d'intérêts de 1.880 euros. Tout ce qui dépasse cette limite est taxée au taux de 15%. C'est la moitié de ce que doivent notamment payer les actionnaires sur leurs dividendes.

A plusieurs reprises déjà, des voix se sont élevées en faveur de la suppression de cet avantage, mais elles se sont toujours heurtées à un "non" de la part du monde politique et des banques. Les institutions financières craignaient la perte d'une source de financement fixe en cas de taxation des dépôts d'épargne. Les femmes et hommes politiques craignaient de leur côté qu'une telle mesure impopulaire résulte en une diminution des votes en leur faveur.

Malgré la faiblesse des taux d'intérêt, les Belges continuent à mettre massivement leur argent sur des livrets d'épargne. Fin mars, on parlait de 255,7 milliards d'euros. "De l'argent qui pourrait tout aussi bien être injecté dans l'économie", ressort-il auprès des experts.

C'est également la raison pour laquelle les libéraux sont disposés à parler de la fiscalité de l'épargne. "Nous allons examiner les propositions avec un esprit ouvert", faisait savoir Laure Stuyck, la porte-parole de Rutten, hier dans De Standaard. "Pour nous, l'objectif est de stimuler la croissance économique."

Pas de suppression, mais une adaptation

Je ne vois pas pourquoi seuls les livrets d'épargne devraient bénéficier d'une exonération fiscale

Il ne s'agirait pas de suppression, réagit le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA). Il est en faveur d'une adaptation. "Chaque proposition sera jugée sur ses mérites", ressortait-il hier. Un des scénarios possibles est que l'avantage fiscal soit élargi à d'autres revenus d'intérêts comme les dividendes.

L'organisation des consommateurs Test-Achats est notamment favorable à un tel élargissement. "Concrètement, nous proposons que l'avantage fiscal soit maintenu sur le compte d'épargne jusqu'à un seuil de 25 000 euros (50 000 euros par couple). De quoi assurer encore à tous la possibilité de se constituer une bonne épargne de précaution, sans risque. (Aux conditions actuelles, les épargnants doivent déjà épargner 1,7 millions d'euros avant de devoir payer un précompte mobilier, NDLR). Parallèlement, tout le monde a la possibilité de placer 50 000 euros (100 000 euros par couple) sur un compte-titres dont les revenus (dividendes, intérêts, plus-values) ne sont pas taxés", écrivaient récemment Julie Frère et Nicolas Claeys de Test-Achats sur notre site. "Ce compte, qui doit être conservé pendant au moins huit ans, peut être alimenté par des bons de caisse, des comptes à terme, des fonds, des actions et des obligations. Dans la proposition de l'association des consommateurs, il n'y a pas de place pour les produits spéculatifs comme les options ou les warrants", précisaient-ils encore.

Dans les banques, les esprits évoluent également. Du fait de la faiblesse des taux d'intérêt, on y est bien conscient de la nécessité de diversifier les sources de revenus afin d'être moins dépendant des revenus d'intérêts. Jan Smets, le gouverneur de la Banque Nationale, tenait, fin de l'an dernier dans Knack, un plaidoyer pour un élargissement de l'avantage fiscal du livret d'épargne. "Je ne vois pas pourquoi seuls les livrets d'épargne devraient bénéficier d'une exonération fiscale. J'élargirais l'exonération à d'autres formes d'investissements, comme les investissements dans des projets d'infrastructure", ressortait-il alors.