On présente souvent les algorithmes comme des " acteurs " de poids sur les marchés financiers, tandis que l'intelligence artificielle est promise à un grand avenir dans tous les domaines. Est-ce une menace pour les banquiers privés ? " On évoque, en effet, pas mal ces sujets et on commence à observer quelques résultats, relève Thierry Smets, CEO de Puilaetco Dewaay Private Bankers. Outre qu'il reste d'énormes avancées à réaliser, on sent bien que la clientèle privée n'est pas encore prête à tenter l'aventure de l'intelligence artificielle, contrairement à certains institutionnels. " Ceci étant, il n'est pas exclu que le robot arrive un jour de manière récurrente à délivrer une performance équivalente à celle d'un gestionnaire physique, estime-t-il. Que se passera-t-il dans ce cas ? " Tout le monde obtiendra alors la même performance et ce qui fera la différence, c'est la qualité de la relation entre le client et son banquier. Plus encore qu'aujourd'hui, ce dernier sera le conseiller du client plutôt que son gestionnaire de portefeuille. Je crois volontiers dans les possibilités de l'intelligence artificielle, mais cela ne signifiera pas la disparition de l'être humain : il deviendra au contraire d'autant plus important. "

La Bourse s'impose

Les rendements obligataires étant misérables, par quels biais arrive-t-on encore à proposer un rendement décent à ses clients ? C'est clairement la Bourse qui permet d'arriver à des taux satisfaisants, souligne Thierry Smets. Et que dire à un investisseur qui ne jure que par les obligations ? La question ne se pose pas vraiment quand on pratique la gestion discrétionnaire. " Son principe est que nous analysons la situation personnelle du client et déterminons avec lui son profil d'investissement et ses objectifs, précise le CEO. Sur cette base, nous lui proposons un portefeuille qui sera plus ou moins pondéré dans certaines classes d'actifs, mais qui sera toujours mixte. Ces solutions d'investissement peuvent être traditionnelles (actions et obligations) mais aussi plus complexes : private equity, art, immobilier, gestion durable, etc. " Voilà pourquoi la question ne se pose pas vraiment.

Gestion-conseil : le défi de MiFID II

Si la gestion discrétionnaire est largement dominante et que Puilaetco Dewaay propose aussi, très marginalement, la seule exécution des ordres (mais pas par Internet), la gestion-conseil n'est pas négligeable. Dans ce schéma, c'est le client qui décide, après que la banque lui ait fait des propositions. La mise en place de MiFID II, l'année prochaine, va fameusement compliquer les choses ! " Les nouvelles obligations en matière d'information rendront en effet la gestion-conseil beaucoup plus lourde, convient Thierry Smets. Soyons clair : nous informons dès à présent le client de manière très complète, bien entendu ; ce n'est pas cela qui va changer. Ce n'est pas le fond, mais la forme qui est concernée. " Une petite explication pour comprendre la situation. Comment cela se passe-t-il aujourd'hui ? " Nous contactons le client pour lui expliquer notre proposition, par téléphone le plus souvent. S'il marque son accord, l'opération est réalisée et le client en reçoit ensuite confirmation. Avec MiFID II, tout cela devra être formalisé en détail : la proposition devra être transmise préalablement et sur un support durable, avec indication des répercussions sur le portefeuille, entre autres, et l'opération devra être acceptée formellement par le client. "

Devoir s'adapter sans cesse est le lot des banquiers.

Le débarquement de MiFID II est donc un grand défi à plusieurs égards : automatisation de diverses procédures pour alléger la charge de travail, reconnaissance de la signature électronique via PC ou smartphone, etc. Beaucoup d'efforts coûteux ! Au point d'inciter les banquiers à abandonner la gestion-conseil ? " Je sais que cette réflexion est en cours dans certaines banques, relève le CEO de Puilaetco Dewaay mais, à ma connaissance, aucune n'a formellement décidé. De notre côté, nous n'envisageons pas d'abandonner la gestion-conseil : elle représente à la fois une valeur ajoutée pour nombre de clients et un volume d'affaires assez important. Par contre, nous consacrons beaucoup d'énergie à mettre au point les procédures les plus efficaces, pour simplifier la vie du client comme la nôtre. "

Coûteuses complications

Devoir s'adapter sans cesse est décidément le lot des banquiers. Outre que c'est vexant quand des mesures sont prises... pour être ensuite abandonnées. Tout cela coûte fort cher, sans doute ? " Je confirme que cela coûte cher, sourit Thierry Smets. Au niveau de l'infrastructure, mais aussi de la matière grise, ce qui est parfois perdu de vue : avant toute chose, nos experts doivent plancher sur les réglementations nouvelles. Suivent l'implémentation informatique et les explications à donner au client. " Ce dernier point n'est pas le moindre : " MiFID II demandera un temps d'adaptation dans le chef de nos clients, à qui nous devrons expliquer les changements que cette réglementation implique dans leur relation quotidienne avec notre institution ", conclut Thierry Smets. S'adapter sans cesse...