La semaine dernière, la Banque centrale européenne (BCE) a pris des mesures supplémentaires pour relancer l'inflation. L'objectif d'une inflation d'environ 2 % est cependant encore très éloigné. Ces derniers mois, cette dernière a flirté avec le point zéro dans la zone euro. Pour les consommateurs, la stabilité du coût de la vie peut sembler une bonne chose, mais ce n'est pas le cas.

Les consommateurs ne sont pas incités à acheter aujourd'hui ce qu'ils peuvent acheter demain. Peu stimulées à investir, les entreprises ont plus de peine à augmenter les prix de leurs produits ou services. L'économie pourrait à terme en être affectée, avec des pertes d'emplois comme conséquence ultime.

Alors que la BCE met tout en oeuvre pour maintenir un niveau des taux bas, voire l'abaisser encore, sa consoeur américaine se prépare à hausser son taux d'intérêt directeur. Peut-être dès la semaine prochaine. La politique des banques centrales n'est pas une lointaine réalité. Leur action a un effet sur le quotidien de l'homme de la rue. Résumons ci-dessous les quatre conséquences qu'elle engendre.

1. L'épargne rapporte moins

Mardi dernier, KBC a ramené à 0,05 % le taux de base de son livret d'épargne classique. Le minimum absolu de 0,01 %, tel qu'évoqué par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt, s'approche peu à peu. La prime de fidélité, à laquelle les épargnants ont droit s'ils se séparent durant un an de leur argent, atteint déjà le minimum légal de 0,1 %. Dans son communiqué de presse, la grande banque indiquait une persistance d'un climat de faible taux, conséquence directe de la politique de la BCE.

Pour l'an prochain, Peter Vanden Houte, économiste en chef d'ING Belgique, s'attend à d'autres baisses encore des taux d'épargne. Ce sont surtout les banques sur Internet qui disposent encore de marges baissières. "Les banques investissent votre épargne à échéance de deux à quatre ans. De plus en plus d'investissements sûrs à court terme ne rapportent rien, voire moins que rien." Jusqu'à une échéance de cinq ans, les obligations d'Etat belges rapportent en effet un taux négatif.

Et si les taux de ces obligations d'Etat devaient se mettre à remonter, les épargnants ne le remarqueraient pas d'emblée. "Il y a bel et bien un plancher au taux des livrets d'épargne, mais les placements des banques rapportent encore moins, poursuit Peter Vanden Houte. Cela signifie qu'en matière de crédit, les marges des banques s'amenuisent. Lorsque les taux repartiront à la hausse, les banques attendront peut-être que leurs marges aient retrouvé un niveau normal avant de répercuter la hausse auprès des produits d'épargne."

2. L'emprunt à long terme est plus cher

Jusqu'ici, nous pouvions emprunter à des taux de plus en plus intéressants. Ces dernières années, les Belges ont ainsi refinancé en masse leurs hypothèques, à des taux dont nous ne pouvions que rêver il y a cinq ans. De même, l'achat d'une petite voiture à un taux annuel de 0 % s'avérait subitement possible. "Il y a même des entreprises qui reçoivent aujourd'hui de l'argent de la banque pour leurs prêts à taux flottant. Ce sont des exceptions, mais dans certains anciens contrats de prêt, le taux ne se situe qu'à quelques points de base au-dessus de l'un ou l'autre taux devenu négatif aujourd'hui", précise Peter Vanden Houte.

La Banque centrale européenne veut rendre le crédit encore meilleur marché pour inciter les entreprises à investir et les consommateurs à dépenser. Il n'est pas sûr que le particulier le remarquera vraiment. Les banques ne vont pas vous payer pour contracter un prêt chez elles... "Dans certains pays comme le Danemark et la Suisse, les banques ont déjà augmenté les marges sur leurs prêts, ce qui annule en partie l'effet de la baisse générale des taux, explique Peter Vanden Houte. Elles le font parce que le réinvestissement de l'épargne leur rapporte beaucoup moins. Si les banques appliquent un taux négatif aux produits d'épargne, les gens mettront leur argent sous le matelas. Elles préfèrent renchérir quelque peu le crédit pour rester rentables au total."

Dans le passé, la BCE a bien réussi à contrôler les taux d'intérêt à court terme mais le long terme est influencé par d'autres facteurs. Il est plus difficile à maîtriser. "Les attentes à long terme pour l'inflation commenceront progressivement à grimper en réponse aux mesures prises. Cette hausse en implique une autre, celle des taux à long terme. Il peut en outre se produire une 'contagion' de la hausse des taux aux Etats-Unis. Dans le passé déjà, un mouvement du taux américain à 10 ans provoquait généralement un mouvement moins appuyé dans le même sens pour le taux à 10 ans en Europe", commente Peter Vanden Houte.

L'économiste ajoute qu'il est "très exceptionnel" que les banques centrales européenne et américaine orientent les taux dans des directions opposées. "Parce que la Banque centrale européenne achète chaque mois pour 60 milliards d'euros d'obligations, chose qu'elle n'avait jamais faite précédemment, elle pourrait être en mesure de mettre un frein à une hausse éventuelle du taux à long terme."

3. L'argent doit circuler davantage

Les épargnants doivent prendre des risques assez conséquents pour obtenir plus de rendement qu'avec un compte d'épargne. Certains se tournent vers la Bourse mais, pour de nombreux Belges, le seuil pour investir en actions reste élevé. La seule alternative est la consommation. Si un mode de vie économe cesse d'être une garantie pour le futur, il vaut encore mieux dépenser immédiatement notre épargne.

"Par sa politique, la BCE vise à stimuler la consommation, poursuit Peter Vanden Houte. Mais il se pourrait bien que dans un premier temps, elle produise l'effet inverse. De nombreuses personnes -- seniors en tête -- vivent en partie du produit de leur épargne. Si leur épargne produit moins, par prudence, elles dépenseront moins."

"Nous avons déjà constaté que les Belges ne vident pas leur compte d'épargne parce que le taux d'intérêt baisse, ajoute Peter Vanden Houte. Ils le font lorsqu'ils ont confiance dans la situation économique et leurs propres finances et qu'ils ne craignent pas le chômage. Si la reprise perdure, nous pouvons nous attendre à ce qu'en 2016, les Belges retirent modérément et prudemment de l'argent de leur compte d'épargne et dépensent plus. Je ne m'attends pas à une razzia sur les comptes d'épargne." Conclusion : si les efforts de la BCE sont couronnés de succès et que la zone euro se remet sur la bonne voie, les gens consommeront davantage.

4. Les produits des autres continents deviennent plus chers

La BCE décourage de plus en plus d'investisseurs étrangers qui, en raison du niveau historiquement bas des taux, vendent leurs obligations en euros et dans la foulée, leurs euros. Il en résulte que l'euro perd de sa valeur dans d'autres devises. "L'affaiblissement de la monnaie européenne est une bonne chose pour la compétitivité des entreprises de la zone euro par rapport à celles situées à l'extérieur de la zone, conclut Peter Vanden Houte. En même temps, par l'importation de produits, nous embarquons également un peu d'inflation. La dévaluation de la monnaie ici nous confronte à une hausse des prix des biens et des services provenant des autres continents."