Je me suis connecté sur mypension.be, histoire de voir. "Vous pouvez prendre votre pension", a indiqué le système avant même que je lui pose la question. "Vous percevrez 3.000 euros net ou 5.250 euros brut." Non, ma chère pension, je n'en ai pas encore l'intention. "Vous aurez atteint l'âge légal de la pension le 1er août 2019." Mon frère jumeau est déjà pensionné et reçoit 1.250 euros brut en tant qu'indépendant, soit autant en net, car il se trouve juste à la limite du minimum exonéré.

Je percevrai donc 4.000 euros de plus par mois que mon frère. Selon les Tables Schryvers (disponibles sur Internet), la valeur à 65 ans d'une rente viagère mensuelle de 4.000 euros équivaut à 890.400 euros. Et c'est sans compter que j'ai opté pour la rente la plus faible, soit 0,5 %. Je pense en effet que les intérêts ne vont pas vraiment augmenter à l'avenir et la décote la moins élevée procure tout de même le meilleur résultat.

Mon frère détient un portefeuille de titres de 890.400 euros. Par le plus grand des hasards, nous disposons précisément de la même réserve financière pour nos vieux jours. Toutefois, grâce à Johan Van Overtveldt - ou s'agit-il de Kris Peeters ? - mon frère devra puiser dans sa réserve pour payer chaque année quelque 1.300 euros de taxe sur les comptes-titres, soit 0,15 % du montant total. Nous en avons encore discuté lors de notre dernier repas de Noël en famille. Son banquier lui a dit qu'ils allaient trouver une parade, mais il n'est pas rassuré. Il n'a pas peur que je le dénonce, mais c'est une âme sensible, avec un bon fond. Il avait donc besoin de s'épancher.

"Tous des voleurs, ceux des impôts, des voleurs ! Et au gouvernement, ce sont les mêmes !" Le chianti aidant, nos fêtes de famille valent toujours le détour. Par ailleurs, nous sommes tous deux propriétaires d'une maison et formons de ce fait un club de millionnaires. Nous avons donc les moyens de nous offrir un bon vin toscan. Selon les chiffres de Sarah Kuypers et Ive Marx en 2014, un ménage dont le patrimoine atteint 1.058.000 euros appartient au 95e centile, ce qui signifie que 95 % des individus possèdent une fortune moins élevée et que 5 % un capital supérieur. Certains (0,1 %) disposent néanmoins de bien plus encore. Nous pestons donc sur le fisc, mais nous ne nous plaignons pas.

Monsieur Van Overtveldt, veuillez instaurer une taxe sur les vrais millionnaires, svp !

Après notre petite sauterie, j'ai beaucoup réfléchi. Mon bas de laine pour mes vieux jours est une sorte de rente viagère, qui fond comme neige au soleil au fil des années. Quand j'aurai 90 ans, la valeur de ces 4.000 euros par mois ne sera plus que de 172.500 euros. Et il n'en restera rien pour mes héritiers. À mon 90e anniversaire, j'aurai également payé 675.000 euros d'impôts sur ce montant, soit 2.250 euros par mois pendant 25 ans. "Tous des voleurs, ceux des impôts."

Mon frère n'est pas un investisseur actif. Son portefeuille se compose de valeurs sûres et défensives. Je pense en outre que les taux des obligations resteront proches de zéro. Même chose pour les actions. Si leur rendement était encore assez élevé ces dernières années, il devrait lui aussi tendre progressivement vers zéro. Avec un peu de chance, mon frère obtiendra malgré tout un rendement égal à l'inflation, ce qui ménagera son portefeuille.

Mais il ne pourra plus vivre de ses rentes, comme on dit. S'il veut conserver un niveau de vie de 3.000 euros par mois comme je le fais, il devra compléter sa pension mensuelle de 1.250 euros par un retrait de 1.750 euros, ce qui représentera après 25 ans un montant de 525.000 euros. Après 18 ans, son portefeuille sera passé sous la barre des 500.000 euros et il ne devra plus s'acquitter de la taxe sur les comptes-titres. En tout, cette taxe lui aura coûté quelque 20.000 euros en dix-huit ans. Elle ne viendra néanmoins pas changer la donne et mon frère conservera un meilleur train de vie que moi. Ses héritiers toucheront également davantage que les miens.

Cependant, mon frère adoré est un homme bien et c'est pourquoi je demande au ministre Van Overtveldt d'instaurer une taxe des véritables millionnaires au sens strict. Mon frère jumeau - fictif - vous serait reconnaissant d'alléger le poids sur ses épaules.

Par ailleurs, la charge de travail du ministre et de son administration en serait réduite. Avec un patrimoine d'un demi-million d'euros, on appartient au 80e centile. Avec un million, on fait partie du top cinq. Le nombre de déclarations ou de contribuables à la taxe serait donc quatre fois moins élevé, mais l'impact sur les recettes serait minime.

Traduction : virginie·dupont·sprl