Hans Verboven s'interroge sur ce que touche un éleveur quand un supermarché vend le hachis préparé en promotion au prix de 4 euros le kilo. "Les maillons situés en bas de la chaîne de production reçoivent une rétribution insignifiante pour la valeur ajoutée qu'ils créent", affirme Hans Verboven. "Les denrées alimentaires coûtent en général plus cher chez nous que dans les pays voisins. Mais combien touche le producteur ? Quel pourcentage prélèvent au passage les autres maillons de la chaîne ? Cette situation n'est pas tenable."
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Hans Verboven s'interroge sur ce que touche un éleveur quand un supermarché vend le hachis préparé en promotion au prix de 4 euros le kilo. "Les maillons situés en bas de la chaîne de production reçoivent une rétribution insignifiante pour la valeur ajoutée qu'ils créent", affirme Hans Verboven. "Les denrées alimentaires coûtent en général plus cher chez nous que dans les pays voisins. Mais combien touche le producteur ? Quel pourcentage prélèvent au passage les autres maillons de la chaîne ? Cette situation n'est pas tenable."Vous montrez du doigt les supermarchés ?HANS VERBOVEN : "Certains supermarchés se positionnent clairement comme des casseurs de prix. Cela signifie bien entendu que leurs fournisseurs sont mis à rude épreuve lors des négociations. Et ces fournisseurs à leur tour négocient âprement sur des cents d'euros avec le maillon suivant. En bout de course, ce sont les cultivateurs, agriculteurs et éleveurs qui sont perdants. Les acteurs en haut de la chaîne doivent comprendre que la durabilité implique aussi des marges suffisantes pour les fournisseurs."Le leitmotiv de Colruyt est sa garantie des meilleurs prix. Mais au sein de Colruyt Group, une chaîne de magasins vend des produits durables. Le consommateur a donc le choix, mais la plupart des clients vont chez Colruyt et ils ne sont qu'une minorité à faire leurs courses chez Bio-Planet.HANS VERBOVEN : "Mon but n'est pas de montrer du doigt une enseigne en particulier. Mais je veux pointer une défaillance dans le système, à laquelle aucune des parties prenantes ne peut remédier en solo. Les négociations sur les produits bios sont tout aussi acharnées mais le producteur est mieux rémunéré en raison de la valeur ajoutée. Bien sûr, le bio n'est pas la norme et je me demande s'il peut le devenir un jour.""La volonté de débourser davantage pour des produits locaux ou durables fait clairement défaut. Le principal responsable de ce déficit du modèle en place n'est autre que le consommateur, c'est-à-dire nous. Si nous achetions moins, mais à des prix plus élevés, cela revaloriserait et stimulerait la qualité dans la chaîne de production. Qui dit prix bradés, dit qualité sacrifiée."Ces bas prix pour la viande ne sont-ils pas aussi liés à une offre trop importante ? L'intérêt croissant pour l'alimentation saine et l'impact écologique de l'élevage se traduit par une diminution de la demande de viande dans les pays occidentaux.HANS VERBOVEN : "La viande, qui était un article de luxe autrefois, est devenue un produit de base. Ces dernières années, sa consommation a néanmoins enregistré un recul sous l'effet d'une prise de conscience générale et d'initiatives comme les Journées sans viande. Des chaînes de restaurants et des producteurs de plats préparés diminuent la quantité de viande et augmentent la portion de légumes dans leurs produits. De plus, on prend de plus en plus conscience de l'empreinte écologique importante de la production de viande. Mais en raison du faible niveau des prix, notre société connaît une surconsommation de viande. Dans la situation actuelle, une nouvelle baisse de la demande signifierait une véritable catastrophe pour les acteurs en bas de la chaîne. Raison de plus pour miser sur une revalorisation du prix et de la qualité." "Une hausse des prix de l'alimentation présente un avantage supplémentaire. Si les supermarchés augmentent leurs prix, les consommateurs achèteront moins et gaspilleront moins aussi. Car on continue de jeter énormément de nourriture."Y a-t-il une lueur d'espoir ?HANS VERBOVEN : "Bien sûr. Certains distributeurs poussent les produits bios ou Fair Trade et des consommateurs stimulent cette offre par leur comportement d'achat. Albert Heijn par exemple vend le chocolat Tony's Chocolonely "sans esclavage". Ce produit remporte un franc succès. En plus de son packaging attrayant et de ses saveurs uniques, il se démarque par son histoire forte et authentique qui donne à ceux qui l'achètent le sentiment de faire une bonne action. Il contribue à l'amélioration des conditions de travail tout en bas de la chaîne de production." "Voir des gens prêts à payer plus pour des produits équitables est également encourageant, car cela permet aux agriculteurs du tiers-monde d'être mieux rémunérés. Les fermiers de chez nous ont eux aussi besoin d'une approche Fair Trade. Une concertation à grande échelle entre les autorités, le Boerenbond et les fédérations sectorielles concernées s'impose pour rompre ce cercle vicieux."Traduction : virginie·dupont·sprl