Joe Biden a promis un ensemble de mesures pour ses 100 premiers jours dans des thèmes chers aux démocrates comme la fiscalité, l'immigration, l'environnement ou les droits des LGBT. Pandémie oblige, le plus vieux président des Etats-Unis veut aussi redonner un coup de fouet à la première économie mondiale. Il a ainsi proposé un nouveau plan de soutien de 1.900 milliards de dollars. Ce dernier s'ajouterait au plan bipartisan de 900 milliards de dollars voté en décembre et ayant porté le montant total des mesures budgétaires depuis le début de la crise à 4.100 milliards de dollars, selon le Comité pour un budget fédéral responsable (Committee for a Responsible Federal Budget). De ce montant, plus de 2.500 milliards de dollars ont déjà été déboursés, avant tout pour un programme de prêts, des allocations de chômage et des dépenses de santé, c'est-à-dire surtout répondre à l'urgence de la crise.
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Joe Biden a promis un ensemble de mesures pour ses 100 premiers jours dans des thèmes chers aux démocrates comme la fiscalité, l'immigration, l'environnement ou les droits des LGBT. Pandémie oblige, le plus vieux président des Etats-Unis veut aussi redonner un coup de fouet à la première économie mondiale. Il a ainsi proposé un nouveau plan de soutien de 1.900 milliards de dollars. Ce dernier s'ajouterait au plan bipartisan de 900 milliards de dollars voté en décembre et ayant porté le montant total des mesures budgétaires depuis le début de la crise à 4.100 milliards de dollars, selon le Comité pour un budget fédéral responsable (Committee for a Responsible Federal Budget). De ce montant, plus de 2.500 milliards de dollars ont déjà été déboursés, avant tout pour un programme de prêts, des allocations de chômage et des dépenses de santé, c'est-à-dire surtout répondre à l'urgence de la crise. Le plan de Joe Biden s'inscrit dans le même contexte de soutien/relance à brève échéance à l'image de sa mesure phare: le relèvement à 2.000 dollars du chèque envoyé à chaque Américain ayant gagné moins de 75.000 dollars en 2019. Une telle mesure, extrêmement populaire auprès des électeurs, a de fortes chances d'être adoptée tant par la Chambre des Représentants que par le Sénat. Mais ce n'est pas le cas de l'ensemble du plan du nouveau président des Etats-Unis. Les mesures doivent en effet être adoptées par 60 voix sur 100 au Sénat. C'est-à-dire qu'au moins 10 républicains doivent voter pour, voire plus. Les sénateurs "démocrates conservateurs" comme Joe Manchin de Virginie-Occidentale, Jon Ester du Montana et Krysten Sinema d'Arizona, risquent de ne pas soutenir les mesures déséquilibrant trop le budget. En théorie, l'administration Biden pourrait user du processus de la réconciliation budgétaire qui permet d'adopter des législations avec une majorité simple - dont disposent les démocrates - au Sénat. Mais cela est peu probable. Jay Krause, du cabinet WithersWorldwide, souligne que dans le cadre de ce processus, l'impact budgétaire doit être neutre, ce qui n'est évidemment pas l'objectif d'un plan de soutien à brève échéance. De plus, ce processus n'est utilisable qu'une fois par an. Les démocrates voudront sans doute le garder pour plus tard, par exemple pour faire passer la réforme fiscale voulue par Joe Biden (hausse d'impôts sur les entreprises et les ménages aisés) et le relèvement du salaire minimum de 7,25 à 15 dollars de l'heure.Joe Biden n'a d'ailleurs pas caché que le plan de 1.900 milliards de dollars annoncé en janvier est avant tout un plan de soutien en urgence. Le nouveau président des Etats-Unis présentera en février son véritable plan de relance, le Build Back Better Recovery Plan. Ce "plan de reconstruction d'une meilleure relance" devrait être assez proche du plan présenté dans son programme, totalisant 2.000 milliards de dollars. Cela comprenait une enveloppe de 400 milliards de dollars pour "acheter des produits, des matériaux et des services américains" afin de soutenir l'industrie américaine. Un budget de 300 milliards de dollars serait investi dans la recherche et l'innovation allant des véhicules électriques aux matériaux légers (composites) en passant par la 5G et l'intelligence artificielle. Mais l'essentiel du plan portera sur les infrastructures, comme l'affirmait Joe Biden: "il est temps d'arrêter de parler d'infrastructures et de commencer enfin à en construire afin que nous puissions être plus compétitifs". Au programme: construction et rénovation de routes, ponts, ports, aéroports, structures de distribution d'eau, réseaux électriques et télécoms, et surtout beaucoup d'investissements verts. Citons pêle-mêle un réseau de stations de recharge pour véhicules électriques, le développement du réseau ferroviaire, des investissements dans les énergies renouvelables (solaire, éolienne), la rénovation (énergétique) de 6 millions de bâtiments, la construction de 1,5 million de logements durables, des investissements dans les technologies énergétiques propres telles que les batteries de stockage, l'hydrogène vert et le nucléaire avancé. A brève échéance, les gagnants sont plutôt à aller chercher du côté des consommateurs. Avec un chèque de 2.000 dollars en poche et la perspective d'une sortie de crise, Joe Biden ayant promis d'atteindre 100 millions de vaccinés en 100 jours, les Américains devraient retrouver le chemin des dépenses. D'autant plus qu'ils ont accumulé une épargne depuis le début de la crise. Selon les données économiques de la Fed de Saint Louis, le taux d'épargne a dépassé les 16% en moyenne entre janvier et novembre 2020, plus du double des années précédentes. A court terme, le thème qui devrait donc profiter le plus du plan de soutien de Joe Biden est celui du revenge spending, littéralement les dépenses de revanche. Le secteur du luxe en profite déjà depuis plusieurs mois en Chine. LVMH devrait profiter de sa présence renforcée aux Etats-Unis depuis la finalisation du rachat de Tiffany. Les groupes américains Tapestry (Coach, Kate Spade, Stuart Weitzman) et Capri Holdings (Michael Kors, Versace, Jimmy Choo) sont aussi bien positionnés. Mais d'autres en bénéficieront. Pensons notamment à Apple. Ses appareils réputés pourraient séduire les consommateurs, notamment dans un contexte de plus grande dépendance à l'électronique pour le travail, les loisirs ou les achats. Avec une pandémie qui n'est pas finie, les Américains pourraient aussi dépenser leur chèque dans l'amélioration de leur logement, tout profit pour les chaînes de bricolage comme The Home Depot. Le chèque est aussi une bonne nouvelle pour les créanciers, et donc pour le secteur bancaire. Selon les données de la Fed de New York, 35% des Américains ont utilisé le premier chèque envoyé au printemps dernier pour rembourser leurs dettes. Et 36% l'ont épargné, notamment pour investir en Bourse. Si l'on se fie à Robinhood, les actions les plus populaires auprès des investisseurs américains ont des profils assez hétéroclites, incluant Tesla, Apple ou Amazon mais aussi American Airlines, Delta Airlines, General Electric, Ford, Pfizer ou Disney. Le plan envisagé par Joe Biden pour les prochaines années devrait soutenir le secteur des infrastructures. Au premier rang desquelles des actions comme Martin Marietta Materials (matériaux de construction), Vulcan Materials (asphalte) et Caterpillar. L'ETF mondial iShares Global Infrastructure UCITS (Isin: IE00B1FZS467) est aussi envisageable alors que les mesures en Chine ou le plan Next generation EU en Europe sont aussi de nature à soutenir les investissements dans les infrastructures, surtout vertes. Les énergies renouvelables sont ainsi souvent désignées comme le principal gagnant des plans de relance en Europe et aux Etats-Unis avec un impact qui devrait commencer à se faire sentir au second semestre 2021 dans les deux cas. A ce niveau, épinglons les spécialistes des centrales renouvelables: NextEra Energy aux Etats-Unis et le portugais EDP Renovaveis. Ainsi que les fabricants: les européens Vestas Wind Systems et Siemens Gamesa dans les éoliennes, et les américains First Solar et SunPower pour le solaire. Dans la rénovation et la construction de bâtiments efficaces sur le plan énergétique, KB Home, leader de la construction verte, et LGI Homes, groupe texan plus habitué à gérer le problème de surchaleur typique du sud des Etats-Unis, sont notamment cités par les analystes. Tesla répond aussi à de nombreux critères: voitures électriques, bornes de recharge, batteries pour le stockage d'électricité, panneaux solaires et rénovation verte via sa filiale Solar City. Sur cette seule base, l'entreprise d'Elon Musk serait le choix n°1 pour miser sur le plan de relance de Joe Biden. Mais après une multiplication par 19 (!) du cours du titre depuis septembre 2019, la valorisation pose évidemment question. Ford ou Volkswagen apparaissent des choix plus intéressants pour miser sur le développement de la voiture électrique. En Bourse, le segment de l'hydrogène est également plébiscité. Rappelons toutefois que les développements sont encore balbutiants. Simon Webber, lead portfolio manager chez Schroders, rappelait ainsi récemment que le véritable décollage de l'hydrogène n'est pas attendu avant une dizaine d'années au plus tôt. Et miser très tôt sur cette technologie peut être risqué comme le montre le cas de Nikola, spécialiste des véhicules à hydrogène, qui a perdu les deux tiers de sa valeur depuis mi-juin dans le sillage d'un scandale de fraude. Les dirigeants auraient menti sur l'avancement de leur technologie pour signer des contrats.