Après l'annonce de l'importante augmentation de capital destinée à financer une partie du rachat d'Anheuser Busch, le premier brasseur mondial ne cotait plus qu'un peu plus de 11 euros, renouant presque avec ses plus bas de début 2003. L'opération avait effrayé les marchés (dans une période déjà très difficile fin 2008) puisqu'elle impliquait une hausse de 160% du nombre de titres en circulation pour lever à peine un peu plus de 6 milliards d'euros alors que le rachat du groupe américain lui avait coûté 52 milliards de dollars.

Toutefois, les investisseurs ont progressivement oublié leurs doutes, les importants flux de trésorerie permettant de rembourser les prêts contractés, AB InBev pourrait même remettre la main portefeuille pour s'offrir les 50% de Grupo Modelo (Corona...) qu'il ne détient pas encore dont coût évalué de 10 à 12 milliards de dollars. Les bénéfices ont également suivi une courbe ascendante. Le profit net a ainsi plus que doublé entre 2007 (2,5 milliards de dollars) et 2011 (6,4 milliards de dollars). Même en tenant compte rétroactivement de la combinaison des deux groupes, le bénéfice opérationnel de bondi de 9,1 milliards de dollars en 2008 à 12,6 milliards de dollars l'année dernière.

Pour parvenir à ces chiffres, AB InBev a pu compter sur le dynamisme de l'Amérique latine, son principal marché en termes de volume, et sur l'amélioration de la rentabilité de ses activités aux États-Unis (y compris Anheuser Busch) qui dont devenus le premier contributeur aux bénéfices du groupe. L'Europe occidentale ne représente plus que 7,7% des volumes écoulés et 7,9% des bénéfices.

Nous avons aussi pu observer une évolution similaire au secteur des biens de consommation courante en matière de relèvement de prix (en capitalisant sur le pouvoir d'attraction des marques) afin de répercuter la hausse du coût des matières premières et d'améliorer la rentabilité. En Bourse, AB InBev a vu ses multiples de valorisation augmenter malgré la hausse des bénéfices, ce qui contraint le groupe à ne pas décevoir. Or, comme l'ont montré Danone et Procter & Gamble, il est devenu difficile d'allier volumes et rentabilité lorsque l'on s'adresse aux consommateurs. Le brasseur a toutefois l'avantage d'être devenu expert en matière de réduction des coûts et d'être très actif dans les pays émergents (plus de la moitié des volumes écoulés en Amérique latine et en Asie).

Cédric Boitte

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