Quand les Bourses chutent, les placements alternatifs reviennent souvent à l'avant-plan. Anton Pil, responsable des investissements alternatifs chez JP Morgan Chase, a ainsi déclaré que sa banque prévoyait de collecter, en avril-mai, de 5 à 10 milliards de dollars auprès de ses clients (fonds de pension, banques privées, family offices, etc.). Cette somme s'ajoute aux 10 milliards de dollars dont elle dispose déjà pour intervenir sur les différents marchés alternatifs.
...

Quand les Bourses chutent, les placements alternatifs reviennent souvent à l'avant-plan. Anton Pil, responsable des investissements alternatifs chez JP Morgan Chase, a ainsi déclaré que sa banque prévoyait de collecter, en avril-mai, de 5 à 10 milliards de dollars auprès de ses clients (fonds de pension, banques privées, family offices, etc.). Cette somme s'ajoute aux 10 milliards de dollars dont elle dispose déjà pour intervenir sur les différents marchés alternatifs. Cette appellation de marchés alternatifs englobe de nombreux types d'investissements. Comme le rappelle Damien Walgrave, partner chez PwC Belgium, on distingue quatre grandes catégories d'actifs. La première rassemble les actions d'entreprises non cotées ( private equity) ou capital-investissement. La deuxième est ce qu'on pourrait appeler globalement le marché de la dette privée incluant certains types de crédits, de produits structurés ou encore des crédits à des PME. La troisième englobe les actifs réels comme les infrastructures, les équipements de transport ou les installations énergétiques (notamment renouvelables). Quant à la quatrième catégorie, elle regroupe les stratégies alternatives sur les marchés financiers ( hedge fund, absolute return, etc.). L'un des leaders mondiaux des investissements alternatifs est la société Blackstone dont le CEO, Stephen Schwarzman, déclarait dans le magazine Forbes à la fin de l'année dernière : " L'un des grands avantages des sociétés de capital-investissement et du secteur de l'immobilier ( y compris les infrastructures, Ndlr), c'est que les investisseurs engagent leur capital pendant toute la durée de vie du fonds. Aucune panique bancaire n'est envisageable, et nous ne sommes jamais obligés de vendre des actifs au mauvais moment ". Blackstone a toutefois été contraint d'avertir le mois dernier que la pandémie de coronavirus " présente une incertitude et un risque importants en ce qui concerne nos performances et les résultats financiers de nos fonds ". Le groupe est en effet notamment l'un des principaux propriétaires d'hôtels en Espagne et compte 94 entreprises dans son portefeuille d'actions non cotées. Les autres investissements alternatifs comme les stratégies dites absolute return (rendement absolu) ont également souffert du plongeon des marchés en mars. Emmanuel Terraz, global head of absolute return & quant equity chez Candriam, parle de dislocation des marchés. En résumé, la poussée à des niveaux inédits de la volatilité a eu raison des stratégies de couvertures. Les positions classiques ont souffert, selon Emmanuel Terraz qui épingle notamment l'évolution de la position à la hausse sur le Russell 2000 (petites capitalisations américaines) couverte par le S&P 500 (grosses capitalisations américaines). Cette position a perdu jusqu'à 10% alors que les petites capitalisations ont été davantage pénalisées par le mouvement de vente panique. Certains fonds alternatifs ont atteint leur limite de perte, ce qui les a contraints à liquider davantage de positions, créant un effet boule de neige, selon le spécialiste de Candriam. Les autres segments de marché alternatifs n'ont pas échappé à la montée de fièvre des marchés et à la quête désespérée de liquidités. Qu'il s'agisse de l'immobilier ou des infrastructures, la promesse de décorrélation n'était pas au rendez-vous en mars. Faut-il pour autant faire une croix sur les investissements alternatifs ? Cela reviendrait à jeter le bébé avec l'eau du bain. Tout d'abord, les hedge funds ont pu limiter la perte à 6,9% en moyenne au premier trimestre selon l'indice HFRX Global Hedge Fund. Quelques fonds multistratégies ( lire l'encadré " Comprendre l'alternatif ") ont même affiché de légers gains, profitant de leur plus grande flexibilité pour s'adapter aux conditions de marché. Certaines stratégies pourraient aussi profiter des exagérations des marchés comme les stratégies événementielles basées sur les fusions et acquisitions. Le cours du bijoutier américain Tiffany a, par exemple, chuté jusqu'à 110 dollars alors que LVMH a confirmé son offre de rachat au prix de 135 dollars en numéraire par action. Il est toutefois évident que ces stratégies alternatives sont avant tout destinées à diversifier son portefeuille, surtout en période chahutée. Sur le long terme, les performances sont bien moindres qu'un placement classique en actions avec un rendement annualisé de 1,15% sur 10 ans pour le HFRX Global Hedge Fund. Pour l'investisseur lambda, le moyen le plus facile de miser sur ces stratégies alternatives est de passer par des trackers ( lire le tableau " Sélection d'ETF alternatifs ") ou des fonds (notamment de type absolute return). Mais étant donné le rendement limité, gardez un oeil sur les frais. Tous les investissements alternatifs ne sont toutefois pas à classer dans la même catégorie. Les sociétés de capital-investissement comme Blackstone, KKR ou Carlyle profitent des taux bas et ont un important rôle à jouer afin de fournir des capitaux aux entreprises dans une économie en pleine mutation. Elles profitent aussi de plus en plus de la place laissée vacante par les banques d'affaires qui préfèrent désormais se tourner davantage vers des activités moins risquées. Sur le long terme, le private equity fait partie des très rares actifs à afficher un rendement supérieur aux actions cotées. Le moment semble de plus opportun puisque c'est en période de crise, quand les entreprises peinent davantage à trouver des financements, que le secteur fait ses meilleures affaires. L'investisseur lambda ne peut directement investir dans les fonds de private equity. Vous pouvez par contre vous tourner vers les plateformes de financement participatif comme Look&Fin (prêts) ou Spreds (actions) avec la possibilité de bénéficier de certains avantages fiscaux ( lire l'encadré " Avantages fiscaux du financement participatif "). Vous pouvez aussi investir dans les firmes de capital-investissement comme Blackstone, KKR, Apollo Group ou Carlyle qui sont cotées à New York. Sur Euronext Bruxelles, les holdings comme GIMV, Brederode ou Sofina investissent notamment dans les sociétés non cotées, tout comme la petite pricaf Quest for Growth. Sur Euronext Paris, Eurazeo est un important acteur dans ce secteur. Pour diversifier les positions (et limiter l'impact du double dividende), vous pouvez aussi vous laisser tenter par l'ETF Invesco Global Listed Private Equity (New York). Il s'agit toutefois toujours de sociétés cotées sur les marchés. Sur le court terme, l'évolution des cours est donc fortement influencée par le climat boursier. La même conclusion est de mise pour les sociétés cotées actives dans l'immobilier, sur lesquelles nous sommes revenus la semaine dernière, ou les infrastructures (TINC, société d'investissement dans les infrastructures cotée sur Euronext Bruxelles). Dans le secteur des énergies renouvelables, il est par contre possible d'investir directement dans un projet, surtout les parcs d'éoliennes, à travers les coopératives. Le dividende est plafonné à 6% brut et est soumis au précompte mobilier ordinaire de 30%. Ce dividende dépend toutefois des résultats de la société. Dans les faits, la plupart versent un dividende de 2%-3%, parfois plus ou moins comme Ecopower qui n'avait pas versé de dividende pour l'année 2018.