Pour de nombreux gestionnaires de fonds spécialisés dans les actions " value ", le contexte actuel devrait progressivement favoriser leur classe d'actifs durant les prochains mois. Le retour des tensions inflationnistes va en effet pousser les rendements obligataires à la hausse, ce qui jouera de manière négative sur la valorisation des actifs financiers qui ont outrancièrement bénéficié de la faiblesse des taux durant les dernières années.

Inflation

James Sym, gestionnaire en actions européennes chez Schroders, nous expliquait récemment que ses contacts réguliers avec des entreprises européennes indiquent que les coûts du travail augmentent aujourd'hui plus rapidement que leur chiffre d'affaires : " Une étude menée récemment par la Commission européenne a également montré que le coût du travail est aujourd'hui la principale source d'inquiétude des entreprises européennes ".

" Cela prend généralement du temps pour que l'inflation commence à se voir dans les chiffres publiés officiellement, indique encore James Sym. Je pense que nous sommes aujourd'hui à un point d'inflexion. La politique monétaire européenne va poursuivre sa normalisation, ce qui aura un impact sur la valorisation des valeurs de croissance, qui ont largement bénéficié de la politique d'assouplissement quantitatif menée ces dernières années. "

Pour Jeff Taylor, head of European equities chez Invesco Perpetual, l'écart de valorisation entre les sociétés de croissance et les actions value a atteint des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis la crise financière de 2008. " Il s'agit aujourd'hui d'une opportunité qu'il convient de prendre en considération à un moment où les pressions inflationnistes commencent à refaire leur apparition. "

Valeur européenne

Dans le domaine des fonds exposés sur les grandes capitalisations européennes " value ", le fonds M&G European Strategic Value affiche clairement la meilleure performance sur les cinq dernières années, avec cinq étoiles chez Morningstar et une progression annualisée qui dépasse 5,7%. Le fonds est géré depuis sa création (en 2008) ans par Richard Halle et se base sur un screening quantitatif qui va permettre d'identifier sur chaque secteur les 25% d'actions dont la valorisation est la moins élevée.

Le gestionnaire va ensuite étudier chaque entreprise afin d'éviter les actions dont la valorisation est faible pour de bonnes raisons, avec un portefeuille qui comprendra entre 60 et 100 valeurs, dont une partie de plus en plus importante de moyennes capitalisations. " Le gestionnaire a construit un excellent historique de performance depuis la création du fonds ", soulignait dans sa plus récente étude Mathieu Caquineau, analyste chez Morningstar.

Pondération égale

Pour Alessandro d'Erme, head of business development & investment specialists chez Amundi, l'année 2019 pourrait enfin être celui qui verra les actions value prendre le pas sur les actions de croissance. " Notre stratégie dans ce domaine est de rester très sélectif, dit-il. Notre choix se porte sur des sociétés dotées d'un modèle économique viable et d'offrir une marge de sécurité significative. "

Alessandro d'Erme souligne que le niveau de décote est un élément qui s'analysera au cas par cas. " Pour des entreprises dont le modèle économique est moins résilient concernant la capacité à générer un bénéficie, nous exigerons un niveau de décote très important, jusqu'à 45% par rapport à la valeur intrinsèque. Par contre, pour une société qui a une capacité de rentabilité plus importante, notre exigence en marge de sécurité est moindre, soit de minimum 20%, avant de la faire entrer dans le portefeuille. "

Une autre caractéristique de la stratégie value européenne proposée par Amundi est la pondération égale des positions qui composent le portefeuille. " Ceci permet d'éviter une trop grande concentration des risques et de rééquilibrer systématiquement (dès que la position s'écarte de la pondération cible) vers les actions qui sont restées en retard. Ce rééquilibrage nous force également à revoir régulièrement les hypothèses sur les positions qui ne performent pas. "

Hausse des taux

Pour James Sym, la philosophie d'investissement en actions européennes doit aujourd'hui viser les secteurs qui vont profiter du mouvement de normalisation des taux d'intérê, et donc, en premier lieu, le secteur financier. Il reste toutefois neutre sur les banques, notamment en raison des risques qui continuent de peser sur les groupes allemands. " J'apprécie toutefois d'être exposé sur des régions où le secteur est fortement concentré et est en mesure de défendre ses marges, comme le marché belge ", confie James Sym. Il se montre par contre beaucoup plus enthousiaste sur les perspectives des assureurs-vie, dont la rentabilité sera fortement impactée par une hausse des taux obligataires.

A côté du secteur financier, il apprécie également les perspectives offertes par les valeurs télécoms, les compagnies pétrolières ou les groupes postaux. " D'ici deux ans, la croissance des volumes dans la livraison de colis devrait permettre de compenser le déclin structurel dans les activités traditionnelles. Le rendement de nombreux groupes est aujourd'hui à des niveaux historiquement élevés, et le cours réagira de manière favorable lorsqu'il deviendra évident que les dividendes ne seront plus menacés. "

Enfin, James Sym apprécie également les perspectives de secteur qui bénéficieront de la hausse du pouvoir d'achat des ménages. " Nous sommes actuellement en train d'étudier les opportunités d'investissement qui pourraient survenir sur divers segments, par exemple ceux de la consommation cyclique (voiture, etc) ou certains distributeurs. " Mais l'analyste souligne qu'il est probablement trop tôt pour entrer sur ces segments.

Cash-flows

Ce positionnement sectoriel trouve écho chez celui de Stéphanie Butcher, gestionnaire du fonds Invesco Pan European Equity Income. " Nous avons aujourd'hui positionné notre stratégie davantage vers les secteurs plus cycliques, comme les valeurs financières ", explique-t-elle. Elle pondère toutefois plus favorablement le secteur bancaire et estime que " les institutions bancaires sont devenues beaucoup plus solides, notamment en raison des diverses initiatives réglementaires qui ont renforcé leur stabilité financière ". Et de souligner que cet impact sera d'autant plus sensible dans les pays d'Europe du Sud, où les banques enregistreront un redressement spectaculaire de leur rentabilité.

Elle se montre également enthousiaste sur les perspectives du secteur pétrolier. " Le secteur s'est fortement restructuré et n'investit plus de manière aveugle comme il pouvait le faire en 2013 lorsque le cours du baril était au-delà des 100 dollars. Le seuil de rentabilité a été fortement abaissé, avec des flux de trésorerie qui se sont nettement améliorés et un rendement qui tourne entre 5 et 6%. "

Stéphanie Butcher suit une stratégie qui va davantage faire la part belle aux valeurs à rendement élevé. " Il est aujourd'hui assez facile de trouver des idées d'investissement dans la plupart des secteurs, alors que c'était loin d'être le cas il y a quelques années. " Son portefeuille affiche un taux de rotation extrêmement faible, autour de 20% par an. " Sur les actions value, il faut se donner le temps d'attendre que nos hypothèses se vérifient ", ajoute-t-elle.