Les Bourses européennes ont lourdement chuté suite à l'arrivée de la pandémie. A l'heure d'écrire cet article, les principaux indices européens affichent des reculs de 25% en moyenne, après avoir affiché des reculs proches de 35% suite aux séances les plus volatiles du mois de mars. Nous avons pris un échantillon de neuf fonds bien notés (minimum trois étoiles chez Morningstar) pour lequel nous avons interrogé les gestionnaires afin d'avoir leur impression quant à cette crise, ainsi que la manière dont ils commencent à se positionner pour les mois qui viennent. Dans l'ensemble, les neuf fonds repris n'ont reculé que de 15% depuis le début de l'année, soit une surperformance significative par rapport aux ETF sur les grands indices européens.
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Les Bourses européennes ont lourdement chuté suite à l'arrivée de la pandémie. A l'heure d'écrire cet article, les principaux indices européens affichent des reculs de 25% en moyenne, après avoir affiché des reculs proches de 35% suite aux séances les plus volatiles du mois de mars. Nous avons pris un échantillon de neuf fonds bien notés (minimum trois étoiles chez Morningstar) pour lequel nous avons interrogé les gestionnaires afin d'avoir leur impression quant à cette crise, ainsi que la manière dont ils commencent à se positionner pour les mois qui viennent. Dans l'ensemble, les neuf fonds repris n'ont reculé que de 15% depuis le début de l'année, soit une surperformance significative par rapport aux ETF sur les grands indices européens. " La baisse des marchés (-35% entre le 19 février et le 19 mars) a été beaucoup plus rapide que celle enregistrée au cours des crises qui ont jalonné les 20e et 21e siècles puisqu'il a fallu moins de 20 jours pour enregistrer une baisse de 20% du marché contre 30-40 jours pour les crises de 1929 et 1987, constate Adrien Bommelaer, gestionnaire du fonds Echiquier Major SRI Growth Europe. En outre, la volatilité a atteint des niveaux inédits. " Il s'attend à ce que la situation ne se normalise que lorsque les marchés auront davantage de visibilité sur l'ampleur de la crise économique qui va suivre durant les prochains mois. Fidelity European Dynamic Growth est un des meilleurs fonds exposés sur les actions européennes, avec des performances annualisées en haut du classement pour toutes les échéances. Pour Fabio Riccelli, son gestionnaire, " il ne faut pas se laisser emporter par les mauvaises nouvelles, et oublier que la valeur intrinsèque d'une société n'est pas déterminée par ce qui va se passer durant les 6 ou 12 prochains mois, mais par les flux de trésorerie qu'une société sera en mesure de dégager sur le long terme. Comme toutes les autres pandémies que l'humanité a traversées par le passé, le Covid-19 sera éventuellement vaincu ". Une caractéristique qui rassemble l'ensemble des fonds ayant le mieux résisté à la phase de correction (avec des reculs inférieurs à -15% au moment d'écrire ces lignes) est l'accent mis sur les valeurs de qualité dans la composition du portefeuille. La définition d'une entreprise de qualité n'est pas gravée dans le marbre, mais elle reprend grosso modo des facteurs tels qu'un endettement limité, un marché protégé par un avantage compétitif, la qualité de l'équipe dirigeante, ou encore un score de durabilité élevé. Comgest Growth Europe est un autre fonds qui se focalise sur ce type de sociétés, une caractéristique qui a permis de bien supporter le mouvement baissier en étant positionné sur les segments les plus résilients du marché. Laurent Dobler, cogestionnaire du fonds, met ainsi en évidence les bonnes performances de groupes comme Lonza, Coloplast, Novo Nordisk, Roche, Adyen ou Lindt depuis le début de l'année. " A l'inverse, nous avons été pénalisés par notre exposition sur certains titres liés au secteur aérien, comme Amadeus, Ryanair ou MTU. " Adrien Bommelaer (La Financière de l'Echiquier) souligne que le processus de sélection avait déjà entraîné une exposition élevée sur diverses thématiques de long terme, comme l'éducation, la sécurité, la digitalisation ou la transition énergétique. " Le portefeuille a bien résisté, avec 80% des valeurs qui ont surperformé le marché notamment grâce à nos expositions sur la santé et la technologie. Sur le long terme, investir dans les sociétés leaders sur leur secteur, peu endettées et affichant des scores ESG élevés va permettre de traverser plus facilement les zones de turbulence. " Carl Auffret, gestionnaire de DNCA Invest Growth Europe, indique que cette stratégie a permis une surperformance relative forte par rapport aux indices avec une volatilité moindre. " Au vu de l'évolution économique, il faudra faire preuve de flexibilité, dit-il, car il sera difficile de conserver le critère d'une croissance organique annuelle de 5% pour l'année 2020 même si nous avons déjà augmenté le poids des sociétés qui devraient être en mesure de le faire. " Les différents gestionnaires interrogés soulignent que les rachats nets ont été relativement marginaux depuis le début de la crise. L'endettement est désormais au coeur des préoccupations des investisseurs depuis le déclenchement de la crise, les sociétés fortement endettées étant désormais pénalisées tant pour les actions (risque d'une augmentation de capital) qu'au niveau de leur dette (difficulté d'accès au marché pour les sociétés moins solides). Pour Carl Auffret (DNCA), " cette thématique est aujourd'hui centrale sur les marchés boursiers et un facteur d'attention sur nos différentes positions ". " Une fois la crise passée, la différence entre les sociétés de qualité bien gérées et les autres sera encore plus évidente que par le passé, indique Laurent Dobler (Comgest). Les produits de LVMH, EssilorLuxottica ou L'Oréal resteront toujours aussi recherchés. La production de microprocesseurs ne pourra toujours pas se passer des technologies développées par ASML, et les entreprises auront toujours besoin des logiciels de SAP pour être gérées convenablement. " Les marchés doivent digérer l'impact des énormes mesures de soutien qui ont été prises par les différents gouvernements et banques centrales, et les mettre en rapport face aux craintes d'un ralentissement global et aux conséquences de l'épidémie de coronavirus. " Ces flux monétaires importants vont permettre aux marchés boursiers d'anticiper le redressement économique avant que celui-ci se manifeste dans les chiffres publiés dans les grandes économies, estime Maarten Geerdink, gestionnaire du fonds NN European Equity. Cette correction permet aujourd'hui aux investisseurs de pouvoir entrer sur les marchés avec une décote de 30%, alors que d'importants stimulus ont été mis en place. Il s'agit d'une opportunité qui ne se représentera peut-être pas de sitôt. " James Ross, gestionnaire du fonds Janus Henderson Horizon Pan European Equities, souligne que les marchés se sont comportés comme si seuls les résultats pour 2020 et 2021 étaient importants. " Après une correction de 35%, les actions ont généralement tendance à afficher de belles performances durant l'année qui suit. Il ne faut toutefois pas tenter d'anticiper un rebond soutenu du marché, car les nouvelles économiques vont rester négatives durant les prochains trimestres. " De nombreux gestionnaires estiment dès lors qu'il faut plus que jamais adopter une vision de long terme et profiter des corrections pour réaliser des investissements profitables. " De nombreuses sociétés affichent actuellement des valorisations très raisonnables, constate Fabio Riccelli (Fidelity). Historiquement, une partie importante de notre surperformance trouve son origine dans les marchés baissiers et dans notre philosophie d'investissement qui va viser les sociétés de croissance de qualité avec des bilans solides. " Son fonds privilégie les soins de santé, la technologie ou les valeurs industrielles, et inversement sous-pondère l'énergie, les matières premières et les financières. Chez DNCA, Carl Auffret indique avoir été beaucoup plus actif que d'habitude lors de la phase de correction. Son portefeuille s'est ainsi renforcé sur les produits d'hygiène (Reckitt Benckiser) et sur les soins de santé, ce dernier secteur pesant désormais plus de 40% des actifs sous gestion, les sept premières positions du portefeuille appartenant à ce secteur d'activité. Dans le même temps, il a vendu Amadeus (exposition aux compagnies aériennes) et Soitec (objectif pour 2023 inatteignable) tout en abaissant les positions sur des secteurs comme le luxe, la chimie ou certains segments de la technologie. Même son de cloche chez Comgest, où Laurent Dobler indique que cette crise offre des opportunités aux investisseurs de long terme, en apportant des décotes importantes sur des sociétés qui étaient auparavant trop chères pour pouvoir être achetées. " Nous avons réduit nos positions sur Unilever et Coloplast, deux valeurs qui se sont bien comportées lors de la correction. En contrepartie, nous avons relevé le profil de croissance du fonds en constituant des positions sur Temenos et Amplifon, deux sociétés qui bénéficient de tendances structurelles fortes liées au vieillissement de la population et à la digitalisation. " Deux secteurs se trouvent systématiquement au coeur de l'allocation de nombreux fonds repris dans notre tableau : la santé et la technologie. Leur importance ne fera que se renforcer durant les prochains trimestres. Maarten Geerdink (NN IP) indique avoir fortement réduit son exposition sur le secteur bancaire, en raison des incertitudes sur les paiements de dividende pour bon nombre de groupes, qui sont également souvent endettés et très sensibles à une reprise économique. " Nous en avons également profité pour repositionner le portefeuille vers des segments plus défensifs qui sont en mesure de continuer leurs activités dans les circonstances actuelles. " Pour Ann Steele, gestionnaire du fonds Threadneedle- Pan European Equities, la correction ne devrait pas remettre en cause le mouvement vers les investissements durables. " La résilience des résultats et l'endettement ont été clairement appréciés durant la correction, mais cela ne veut pas dire que les questions de durabilité sont aujourd'hui totalement ignorées. Ces critères font partie du profil de qualité d'une entreprise, et celles avec des scores ESG élevés devraient bien se comporter lorsque les marchés se redresseront. " A plus long terme, les gestionnaires soulignent que la pandémie risque également d'avoir des conséquences structurelles sur le rythme de croissance futur des sociétés européennes. La crise actuelle va ainsi donner un coup d'accélérateur à la transition digitale dans des domaines tels que le télétravail, les data centers, les services de livraison, l'éducation à distance ou encore la cybersécurité. A l'inverse, des secteurs autrefois réputés " sûrs " font aujourd'hui face à des niveaux de méfiance inédits, comme par exemple les opérateurs de salles de fitness. Chez Janus Henderson, James Ross constate que cette crise sanitaire et économique aura des conséquences sur les secteurs qu'il faudra privilégier durant les prochaines années, notamment ceux liés à la virtualisation de l'environnement de travail ou celles qui permettent aux usines de tourner avec une force de travail limitée. " Cette crise va accélérer des tendances qui étaient déjà présentes dans l'économie, que ce soit dans la robotisation, dans la digitalisation (e-commerce, jeux en ligne) ou dans la cybersécurité ", tandis que des secteurs plus traditionnels comme l'hygiène ou les soins de santé resteront également recherchés. " Nous avons profité de la correction pour nous renforcer sur ces différentes thématiques, qui pèsent désormais plus de 60% des actifs sous gestion de notre portefeuille ", conclut-il.