Lorsqu'elle a fondé sa société de stratégie, en 2008, April Rudin se tenait au carrefour entre patrimoine, technologie et marketing. "A l'époque, personne ne parlait de cette approche et les rares fois où ça arrivait, personne n'écoutait. J'ai commencé très modestement, en postant mes idées sur Twitter et sur LinkedIn, qui étaient alors les principales plateformes. Je rédigeais des blogs en m'en tenant strictement à mon domaine d'expertise, dans lequel j'ai fini par devenir une autorité."
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Lorsqu'elle a fondé sa société de stratégie, en 2008, April Rudin se tenait au carrefour entre patrimoine, technologie et marketing. "A l'époque, personne ne parlait de cette approche et les rares fois où ça arrivait, personne n'écoutait. J'ai commencé très modestement, en postant mes idées sur Twitter et sur LinkedIn, qui étaient alors les principales plateformes. Je rédigeais des blogs en m'en tenant strictement à mon domaine d'expertise, dans lequel j'ai fini par devenir une autorité." Entreprises et individus: chacun aimerait savoir comment atteindre son public grâce aux réseaux sociaux. "Pour réussir, il faut chercher ce que vous avez d'unique et savoir à qui vous voulez vous adresser, résume April Rudin. Si par exemple, vous partagez des articles rédigés par d'autres, il est impératif d'y ajouter un commentaire de votre cru. Il faut trouver le bon équilibre entre le côté professionnel et la touche plus personnelle. Cela vaut pour les sociétés également ; une entreprise n'est pas faite de briques, mais d'êtres humains." TRENDS-TENDANCES. Vous participez chaque année à l'établissement du Capgemini Wealth Report, consacré aux personnes les plus fortunées de la planète. La pandémie a-t-elle creusé les inégalités? APRIL RUDIN. Il y a un an, on a commencé à entendre parler de ces New-Yorkais super-riches qui s'achetaient des respirateurs, pour parer à toute éventualité. Les gens moins fortunés n'avaient évidemment pas les moyens d'en faire autant. Du reste, la population pauvre a généralement moins bien su se protéger contre le virus. Simultanément, celui-ci a un côté ''égalitaire'': n'importe qui peut tomber gravement malade et même en mourir, quel que soit l'état de son compte bancaire. Les fermetures d'écoles et les déficits de contacts risquent-ils de créer une génération perdue? Ne soyons pas pessimistes, mais réalistes. La situation aura certes des répercussions, mais je n'irais pas jusqu'à dire que la génération de nos jeunes adultes est perdue. La pandémie frappe tous les âges. Certaines femmes se plaignent que leur carrière a fait un bond en arrière de plusieurs années. Ce sont elles principalement qui jonglent avec l'enseignement à domicile, le travail et le ménage, et nombre d'entre elles sont épuisées. D'autres ont tout simplement arrêté de travailler. J'ai eu cette année de nombreuses réunions professionnelles avec des femmes, dont les enfants étaient pendus à leur cou. Tout cela a naturellement des répercussions sur la carrière. Peut-on se constituer un réseau professionnel par ordinateur interposé aussi efficacement que de visu? Depuis que j'ai commencé, je n'ai quasiment fait appel qu'à cet outil. J'ai lancé mon entreprise de marketing en Europe et en Asie par internet. L'organisateur du Trends Investment Summit, qui m'a invitée à m'exprimer le 10 mars, m'a sollicitée en ligne. Il est possible de faire des rencontres significatives par internet. Mon fils a récemment changé d'emploi en écrivant via LinkedIn à toute une série de responsables de département de banques. Il se trouve que l'un d'eux avait un poste à pourvoir, mais n'avait pas encore publié l'annonce. L'entretien a été mené en ligne, et c'est ainsi qu'il a décroché le job. La crise économique incite-t-elle les jeunes à se préoccuper davantage de leur retraite? Oui, la question les préoccupe. Ils ont vécu la crise des dotcoms en 2001, puis l'effondrement des marchés en 2008. Ils ont, en outre, pour beaucoup, constaté les effets dévastateurs de ces événements sur leurs parents. Tout cela est aussi lié à l'éducation financière: plus on en sait, mieux on peut prévoir. Mes deux fils ont déjà commencé à épargner pour leur pension. Mon plus jeune avait suivi un cours de finance comportementale à l'université, et il n'a pas oublié le concept des intérêts composés. Il sait que si l'on commence à mettre de l'argent de côté suffisamment tôt, il n'y a pas à s'inquiéter pour ses vieux jours. La pandémie a-t-elle appris aux gestionnaires de patrimoine à mieux communiquer par internet? Je pense qu'énormément de gens considéraient les réseaux sociaux comme quelque chose de futile, alors que tout le monde a désormais compris à quel point il est important de savoir les exploiter. J'imagine que la plupart des conseillers financiers préféreraient pouvoir continuer à aller manger ou jouer au golf avec leurs clients, mais c'est impossible pour l'instant. Il faut savoir que le conseiller financier moyen est un homme blanc de 60 ans, qui fonctionne de la même manière depuis le début de sa carrière. Or, cette façon d'entretenir les relations ne reviendra jamais, car les clients ont vu à quel point la visioconférence pouvait être efficace. Ils ont également compris que la planification financière est quelque chose qui se travaille tous les jours, pas seulement pendant leur rendez-vous annuel avec leur conseiller. La visioconférence est également un moyen, pour les conseillers, de connaître leurs clients de façon plus intime. On peut désormais savoir à quoi ressemble le salon d'une personne qui vit à l'autre bout du monde. La visioconférence est une manière extrêmement efficace de nouer et d'entretenir des contacts. La politique de recrutement du secteur devrait-elle prêter davantage d'attention à la diversité? C'est même urgent: 40% du patrimoine mondial est aux mains de femmes, et ce chiffre devrait passer à 60% dans un avenir proche. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes et sont de plus en plus entreprenantes. Elles héritent et gagnent de l'argent. Or, aux Etats-Unis, 15% seulement des conseillers financiers sont des conseillères. Il serait bon que les clients puissent davantage s'identifier à leur interlocuteur - ce qui ne veut toutefois pas dire que les femmes ne veulent avoir que des femmes pour conseillers. Sans vouloir généraliser, je dirais que les femmes investissent autrement. Les hommes cherchent surtout à constituer un portefeuille d'investissement rentable, alors que les femmes tiennent davantage compte de valeurs et de critères, et de toute façon de la société et du climat. Enfin, les jeunes générations ne pensent pas comme nous. Elles ont leurs passions et leurs spécificités, ce qui contraint les prestataires de services financiers, et les gestionnaires de patrimoine en particulier, à réfléchir à la manière dont ils souhaitent se profiler sur les réseaux sociaux.