Ces dernières semaines, nombre d'experts, notamment de l'Agence européenne des médicaments ou de l'OMS, ont évoqué le scénario d'une sortie prochaine de la pandémie. L'immunité induite par la vaccination et le variant omicron devrait nous permettre d'évoluer vers un scénario d'endémicité. Plusieurs pays, dont l'Angleterre, le Danemark et l'Irlande, ont ainsi annoncé la levée d'à peu près l'ensemble des mesures sanitaires, dont le port du masque ou le passe sanitaire. Sauf mauvaise surprise, cela pourrait inspirer de nombreux autres gouvernements au cours des prochains mois.
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Ces dernières semaines, nombre d'experts, notamment de l'Agence européenne des médicaments ou de l'OMS, ont évoqué le scénario d'une sortie prochaine de la pandémie. L'immunité induite par la vaccination et le variant omicron devrait nous permettre d'évoluer vers un scénario d'endémicité. Plusieurs pays, dont l'Angleterre, le Danemark et l'Irlande, ont ainsi annoncé la levée d'à peu près l'ensemble des mesures sanitaires, dont le port du masque ou le passe sanitaire. Sauf mauvaise surprise, cela pourrait inspirer de nombreux autres gouvernements au cours des prochains mois. Au niveau économique, la levée de la plupart des mesures sanitaires devrait marquer un net virage dans la reprise. Cela contribuerait à la stabilisation des chaînes d'approvisionnement (et des prix des biens), même s'il demeure une inconnue concernant la Chine comme l'explique Rob Subbaraman, responsable de la recherche chez le holding japonais Nomura. Un reconfinement de l'atelier du monde ne peut être exclu alors que Pékin applique une politique sanitaire stricte baptisée zéro covid, limitant l'immunité naturelle, et que l'efficacité du vaccin chinois reste incertaine. Le changement le plus attendu est toutefois une normalisation des dépenses des consommateurs. Depuis la fin du premier confinement en 2020, les ménages ont surtout acheté des biens. Aux Etats-Unis, la consommation de biens est ainsi plus de 30% supérieure à son niveau de février 2020, avant la pandémie. Mais la tendance semble ralentir. Selon le département du Commerce, les stocks des grossistes (+2,1%) et des détaillants (+4,4%) américains ont fortement progressé en décembre. Le secteur des services pourrait ainsi non seulement bénéficier d'une normalisation des dépenses mais aussi de l'utilisation de l'épargne excédentaire à partir de cette année. Dans ce scénario, la croissance économique se maintiendrait à un niveau élevé dans les pays occidentaux selon Rob Subbaraman. Cette grande rotation des biens vers les services aurait évidemment des conséquences en Bourse. Tout d'abord, le secteur des biens de consommation devrait connaître un ralentissement, les ventes risquant même de chuter sous leur niveau normal pour les biens durables. En observant le détail des chiffres de consommation, quelques industries sont tout particulièrement concernées. Les dépenses des ménages américains en voitures et pièces détachées ont bondi de 32% entre la fin 2019 et la fin 2021. Cela peut paraître paradoxal alors que les chaînes d'assemblage sont perturbées par la pénurie de semi- conducteurs, mais la perte au niveau des volumes est compensée par les prix. Selon le Bureau d'analyses économiques américain BEA, le prix moyen des voitures a augmenté de près de 15% pour les véhicules neufs et de plus de 50% pour les occasions. En deux ans, les ventes de meubles et d'équipements ménagers ont bondi de 30% et celles de biens et véhicules de loisirs (vélos, camping-cars, canoës, skis, etc.) se sont envolées de 38%. Les ménages américains ont aussi dépensé 20% de plus en vêtements et chaussures au quatrième trimestre 2021 par rapport à la période correspondante de 2019. Un ralentissement des dépenses pour ces types de biens pèserait sur la distribution spécialisée: enseignes de prêt-à-porter, de bricolage, de mobilier, d'équipements sportifs, etc. Les perspectives du secteur du luxe sont aussi assez incertaines. Globalement, les ventes de LVMH ont progressé de 14% en deux ans. En excluant son pôle distribution sélective (dont les duty free dans les aéroports), la croissance atteint même 35%, dépassant la tendance pré-covid. Une normalisation pourrait ainsi se traduire par une redistribution des ventes au profit de la distribution sélective, le segment de loin le moins rentable du groupe avec une marge opérationnelle de 9,4% en 2019, contre 33% pour la mode et la maroquinerie. A contrario, le principal gagnant d'une levée des restrictions sanitaires serait le secteur du tourisme. Après une année 2020 catastrophique, la reprise a été timide en 2021 avec une progression de 4% du nombre de touristes internationaux, selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), à 415 millions, soit toujours 72% de moins qu'en 2019. Au total, l'OMT estime que le secteur du tourisme a généré des revenus de 1.900 milliards de dollars en 2021 contre 3.500 milliards deux ans plus tôt. Parmi ces chiffres largement négatifs, l'organisation épingle une lueur d'espoir avec la hausse du niveau moyen de recettes par touriste qui s'explique notamment par "les volumes importants d'épargne accumulée et l'allongement de la durée des séjours". La combinaison d'une normalisation du nombre de touristes et de dépenses plus élevées par visiteur serait synonyme d'une période prospère pour le secteur. Ce qui profiterait à de nombreux acteurs comme les compagnies aériennes, les tour-opérateurs ou l'hôtellerie. Cela offrirait aussi une bouffée d'oxygène aux pays les plus dépendants du tourisme comme la Grèce (21% du PIB pré-covid), l'Espagne (14%) et l'Italie (13%). Concrètement, les analystes de JP Morgan Cazenove ont récemment relevé leur avis sur les compagnies aériennes européennes à surpondérer, pariant sur un redressement pluriannuel important. Leurs actions préférées sont Ryanair (Euronext Dublin ; RYA) et la low cost hongroise Wizz Air (Londres ; WIZZ), deux compagnies dont les cours sont déjà supérieurs au niveau d'avant la pandémie. Easyjet (Bourse de Londres ; EZJ) ne manque pas non plus d'atouts, étant active dans le low cost et présentant un plus important potentiel de redressement. Du côté américain, la low cost Southwest (Bourse de New York ; LUV) et Delta Air Lines (Bourse de New York ; DAL)sont les favorites des analystes. Dans le secteur de l'hôtellerie, les géants américains Marriott International et Hilton évoluent déjà à des niveaux bien supérieurs à début 2020 et présentent des valorisations tendues. Propriétaire de chaînes comme Sofitel, Novotel ou Ibis, le groupe français Accor (Euronext Paris ; AC) offre une valorisation fondamentale plus attractive, tout comme son concurrent britannique InterContinental Hotels Group (Bourse de Londres ; IHG). Dans le segment des croisières, Royal Caribbean (Bourse de New York ; RCL) et Carnival (Bourse de New York ; CCL) sont bien notés par les analystes. Affichant une perte de plus de 60% en trois ans, le second présente le potentiel le plus élevé par rapport à l'objectif moyen des analystes (26,87 dollars). A noter que les fonds indiciels sont peu indiqués, les ETF misant sur le Stoxx 600 Travel & Leisure qui est aujourd'hui dominé par les jeux en ligne. Dans le sillage du secteur touristique, les services de loisirs pâtissent aussi toujours fortement de la pandémie. Selon les données du BEA, les dépenses des ménages américains pour ce type de services accusaient une baisse de 14% en 2021 par rapport à 2019. Et le manque à gagner est encore plus important pour un secteur en croissance structurelle de près de 5% par an. La fin des restrictions serait donc une bonne nouvelle pour les parcs de loisirs, cinémas, musées, casinos, événements, etc. Parmi les groupes qui profiteraient le plus de la fin la pandémie, Las Vegas Sands (Bourse de New York ; LVS), recommandé à l'achat par 10 analystes sur 16, est en pole position dans le segment des casinos. Dans le domaine des parcs de loisirs, les six premiers acteurs mondiaux - à savoir Walt Disney, le groupe britannique Merlin Entertainments (non coté), Universal Parks (intégré dans le groupe Comcast) et les acteurs chinois OCT Parks, Fantawild et Chimelong - ne sont pas accessibles pour les investisseurs. En septième place, on retrouve Six Flags (Bourse de New York ; Six), qui exploite 27 parcs de loisirs en Amérique du Nord et fait quasi l'unanimité parmi les analystes, à 17 fois le bénéfice prévu pour 2022. Le groupe américain fut autrefois propriétaire de Walibi mais il a revendu ses parcs européens en 2004. Le célèbre kangourou est finalement tombé dans l'escarcelle de la Compagnie des Alpes (Euronext Paris ; CDA), n° 4 des parcs de loisirs en Europe (Walibi, Parc Astérix, Futuroscope, Grévin) et premier exploitant mondial de domaines skiables. Les analystes sont globalement positifs alors que le titre affiche une décote de 35% par rapport à son niveau de la pandémie (en tenant compte de l'augmentation de capital de juin 2021). Comparativement, le potentiel de redressement des exploitants de cinémas (Kinepolis, AMC, etc.) est bien moindre. Le troisième secteur qui pâtit toujours des restrictions est la restauration. Du côté des grandes chaînes cotées, comme McDonald's ou Starbucks, la plupart ont toutefois déjà renoué avec leurs chiffres d'avant la pandémie grâce au succès du drive-in notamment. Ce n'est pas le cas des spécialistes de la restauration collective qui n'ont pas ou moins l'occasion de fournir des plats à emporter. Dans ce domaine, nous pouvons épingler le groupe britannique Compass (Bourse de Londres ; CPG). Leader mondial du secteur, il emploie plus de 500.000 personnes dans une cinquantaine de pays et reste recommandé à l'achat par une majorité d'analystes. Sodexo (Euronext Paris ; SW) présente toutefois un potentiel légèrement supérieur.