Alors que l'activité économique commence à reprendre progressivement en Chine, la question qui taraude les investisseurs est évidemment de savoir quels secteurs et quelles entreprises s'en sortiront le mieux. Et lesquels ont pu profiter du coronavirus ou pourront bénéficier d'une demande soutenue après le déconfinement.
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Alors que l'activité économique commence à reprendre progressivement en Chine, la question qui taraude les investisseurs est évidemment de savoir quels secteurs et quelles entreprises s'en sortiront le mieux. Et lesquels ont pu profiter du coronavirus ou pourront bénéficier d'une demande soutenue après le déconfinement. Avec la fermeture imposée de tous les commerces non alimentaires dans de nombreux pays, les ventes en ligne ont décollé. Amazon a, par exemple, annoncé le recrutement de 100.000 personnes en mars et de 75.000 supplémentaires en avril pour faire face à l'afflux de commandes aux Etats-Unis. En Europe, la décision de la justice française de fermer ses entrepôts outre-Quiévrain n'a pas freiné le géant de l'e-commerce. Celui-ci a promis de servir sa clientèle française à partir de ses sites internationaux. Le concepteur de logiciels pour le service à la clientèle en ligne xSellco a analysé plus de 40 millions de commandes en ligne sur les principales plateformes (Amazon, eBay, etc.) et évalue la croissance des ventes mensuelles à 28,9%. La hausse des 54,7% des requêtes des clients semble indiquer que cette croissance est liée à une nouvelle clientèle. La croissance est d'autant plus impressionnante que certains segments de l'e-commerce n'ont pas échappé aux conséquences du confinement, tout particulièrement dans le prêt-à-porter. Zalando a, par exemple, revu ses prévisions annuelles à la baisse. Selon une étude du Boston Consulting Group, Amazon est le grand vainqueur du confinement car les consommateurs tant américains qu'européens favorisent les grands acteurs et les canaux numériques. Evidemment, une partie de ces nouveaux venus pourrait retrouver leurs anciennes habitudes après le confinement, mais Amazon a souvent réussi à fidéliser sa clientèle. De plus, le géant profite de la hausse des dépenses des consommateurs en aliments frais et bios ( voir le graphique " Les secteurs qui tirent leur épingle du jeu... et les autres ") depuis le rachat de l'enseigne américaine bio Whole Foods. Les analystes demeurent donc très confiants malgré la valorisation extrême et la révision à la hausse du coût des augmentations de salaire à 500 millions de dollars en 2020. Pas moins de 43 analystes sur 47 sont à l'achat. Brent Thill, de Jefferies, voit même l'action s'envoler à 4.000 dollars et sa capitalisation boursière atteindre 2.000 milliards de dollars d'ici 2023. Justin Post, de Bank of America, épingle que le géant américain a investi 60 milliards de dollars ces dernières années dans ses capacités de livraison. Il livre ainsi déjà la moitié de ses colis et devrait continuer à voir ses revenus de service augmenter. Le groupe britannique Ocado est bien moins connu mais il pourrait profiter du développement de l'e-commerce alimentaire. De nombreux supermarchés ont été dépassés par la demande durant l'épidémie et Ocado leur met à disposition des entrepôts entièrement automatisés capables de traiter n'importe quelle marchandise. Le groupe britannique, actif en propre au Royaume-Uni, noue un partenariat par pays et a déjà signé avec Casino (France), Kroger (Etats-Unis), Aeon (Japon), ICA (Suède)... Entre 2018 et 2023, son nombre d'entrepôts devrait ainsi progresser de quatre à plus de 30. Cela rend la valorisation plus complexe. Le titre est cher pour une société en perte, mais sa capitalisation de 11 milliards de livres sterling est dérisoire par rapport à Amazon et au marché potentiel. Netflix a recruté 15,8 millions de nouveaux abonnés au premier trimestre, deux fois plus que prévu grâce à une très nette accélération des abonnements en mars durant le confinement. Fin mars, le leader mondial du streaming vidéo comptait ainsi 182,86 millions d'abonnés payants. Et il prévoit d'en recruter 7,5 millions supplémentaires au deuxième trimestre. Ces nouveaux clients devraient permettre à Netflix de nettement améliorer sa rentabilité car ils engendrent peu de coûts, les principales dépenses de la société concernant le contenu. Au premier trimestre, sa marge opérationnelle a ainsi bondi de 10,2% à 16,6% et son bénéfice net a doublé à 709 millions de dollars. Pour Haris Anwar d'Investing.com, Netflix est " l'action ultime du confinement à la maison ". Seule ombre au tableau, le groupe américain a prévenu que sa prévision de nouveaux abonnés pour le trimestre en cours restait très aléatoire. En résumé, Netflix pourrait en attirer bien plus si le confinement perdure mais aussi bien moins en cas de déconfinement rapide. Entre les lignes, on peut comprendre qu'une partie des nouveaux abonnés sont en quelque sorte anticipés et que cela pourrait peser sur le recrutement quand l'activité reprendra son cours normal. L'autre question qui se pose est le risque que Netflix soit confronté à un creux dans l'offre de nouveaux contenus, la clé de son modèle d'affaires, en raison de l'arrêt des productions depuis plus d'un mois. Les analystes sont ainsi davantage sur la défensive avec un objectif de cours moyen de 447 dollars et un potentiel d'appréciation de moins de 5%. Walt Disney, principal concurrent de Netflix avec Disney + et Hulu, suscite également la prudence des analystes dont la moitié conseillent de conserver, réduire ou vendre. Selon l'étude de BCG, les consommateurs comptent augmenter leur budget réservé aux médicaments et autres produits pharmaceutiques (vitamines, etc.). En Europe, l'indice Stoxx 600 des soins de santé a d'ailleurs très rapidement rebondi et n'affiche qu'une perte de 7% depuis son record historique de février. A raison au vu des résultats trimestriels du géant américain Johnson & Johnson. Le leader mondial des soins de santé a dévoilé des chiffres en hausse avec une progression de 3,3% de son chiffre d'affaires à 20,69 milliards de dollars et un bénéfice ajusté de 6,15 milliards, soit 2,30 dollars par action, 16% de mieux que le consensus. Les analyste et économiste d'ING Luc Charlier et Philippe Ledent soulignent ainsi qu'en ces temps troublés, " les investisseurs ont intérêt à s'en tenir aux actions et obligations des entreprises les moins endettées et les moins touchées par la crise sanitaire. Ces actions de qualité se trouvent principalement dans les secteurs de la santé, de l'informatique et des biens de consommation de base ". Parmi ces entreprises, on retrouve notamment Roche, Novartis, Astra- Zeneca, Sanofi ou Johnson & Johnson qui développe un vaccin contre le Covid-19 dont il prévoit de produire 1 milliard de doses pour début 2021. Les ventes automobiles sont évidemment en chute libre à cause du confinement. Et le pire est à venir en avril malgré un léger redressement observé aux Etats-Unis en fin de mois. Mais ce secteur pourrait connaître une renaissance après le confinement. Les Chinois ont en tout cas complètement changé d'avis sur leurs perspectives de transport à la suite de l'épidémie de Covid-19. Selon une enquête Ipsos, la voiture personnelle est passée de la troisième à la première place des moyens de transport préférés, plébiscitée par 66% des répondants, quasiment deux fois plus qu'avant l'épidémie. Le bus/métro et le covoiturage ont par contre perdu de nombreux partisans. Parmi les répondants ne disposant pas de voiture personnelle, 66% affirment désormais avoir l'intention d'en acheter une, avec comme principale justification de réduire le risque d'infection. A noter que les nouvelles motorisations (électrique, etc.) ont clairement le vent en poupe, plébiscitées par 41% des nouveaux acheteurs. Les constructeurs avancés dans l'électrique et présents en Chine, où le potentiel de développement reste important, sont donc les mieux positionnés comme Tesla, dont la valorisation est toutefois très élevée, Volkswagen ou General Motors. Le luxe et la mode sont les dépenses sur lesquelles les consommateurs ont le plus rogné, selon l'étude du Boston Consulting Group. Ce qui se reflète sur les chiffres de LVMH dont les ventes ont chuté de 15% au premier trimestre. Dans les prochains mois, le luxe sera toutefois un plaisir plus simple à s'offrir qu'un voyage, par exemple. En Chine, les boutiques de luxe ont été prises d'assaut dès leur réouverture. La boutique Hermès de Guangzhou a ainsi enregistré un chiffre d'affaires record de 2,7 millions dollars le jour de sa réouverture, selon le quotidien Women's Wear Daily. Ce n'est pas la première fois que ce phénomène se produit. Les Chinois l'appelle le baofuxing xiaofei, soit l'achat par vengeance comme pour vaincre le sort. La même tendance avait ainsi déjà été observée dans les années 1980 après la réouverture de l'économie par Deng Xiaoping, l'épidémie de Sras en 2003 et la catastrophe de Fukushima en 2011. Cette donnée est évidemment cruciale au vu de l'importance de la Chine dans le marché mondial du luxe. D'autant que le déconfinement pourrait aussi engendrer certains achats par compensation dans le reste du monde. Reste que les difficultés économiques ne se prêtent guère fondamentalement à une hausse des dépenses de luxe. On peut donc aussi s'attendre à observer le lipstick effect. Selon cette théorie, en temps de crise, les consommateurs continuent à s'offrir de petits plaisirs comme un rouge à lèvres de marque plutôt qu'un manteau de fourrure de luxe. En tant que leader incontesté du secteur, LVMH a l'avantage de pouvoir jouer sur tous les tableaux. Dans un contexte de reprise des plus petites dépenses de luxe ciblant les produits de beauté, Estée Lauder et l'Oréal sont toutefois mieux positionnés. Le groupe américain séduit tout particulièrement les analystes. Six sont passés à l'achat en avril et ils sont désormais 19 sur 24 à recommander le titre.