Située rue Montoyer, dans le quartier européen, la société de Bourse Delande est la dernière représentante des ex-agents de change historiquement présents dans la capitale. Devenues sociétés de Bourse dans les années 1990 suite à la réforme des marchés financiers, la plupart de ces maisons ont ensuite été absorbées. Certaines, souvent fort petites, mirent simplement la clé sous le paillasson, en cédant leur clientèle à d'autres.
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Située rue Montoyer, dans le quartier européen, la société de Bourse Delande est la dernière représentante des ex-agents de change historiquement présents dans la capitale. Devenues sociétés de Bourse dans les années 1990 suite à la réforme des marchés financiers, la plupart de ces maisons ont ensuite été absorbées. Certaines, souvent fort petites, mirent simplement la clé sous le paillasson, en cédant leur clientèle à d'autres. On ne saurait pour autant faire l'impasse sur deux autres sociétés de Bourse ayant leur siège à Bruxelles depuis les années 2000 : Goldwasser Exchange, qui est d'origine anversoise, et Leleux, d'origine hainuyère. Chez Delande, le caractère familial saute aux yeux : les cinq administrateurs délégués sont Marc, Philippe et Pierre Delande, accompagnés par Jérôme Dawans et l'analyste Xavier Servais. Pourquoi cette résilience du dernier des anciens agents de change bruxellois ? " La volonté farouche de passer au travers des nombreux écueils apparus au cours des 15 dernières années, en particulier des contraintes administratives de plus en plus lourdes pour une équipe de neuf personnes ", argumente Marc Delande. Toutefois, l'informatique est venue à la rescousse. A l'instar de ses consoeurs Capital&Work, Pire, Lawaisse, Weghsteen, ou encore Goldwasser, la société de Bourse Delande s'appuie sur le support informatique développé au début des années 1990 par Dynamic Vectors, entreprise spécialisée basée à Wavre. Quant au back office, il passe par KB Securities, ici comme dans de nombreuses autres maisons. Ces tâches occupaient naguère pas moins de cinq personnes, la moitié du personnel ! Merci l'informatique, mais encore ? Comment Delande fait-il la différence auprès des clients ? La réponse fuse : nombre d'investisseurs ne veulent pas d'une gestion presque uniquement axée sur les fonds, ce qui est devenu la politique de la plupart des grandes maisons. Question de transparence au niveau du portefeuille, mais également des frais. Chez Delande, on pratique essentiellement les lignes directes dans les portefeuilles, en actions comme en obligations. Ceci suppose un seuil d'entrée de l'ordre de 100.000 euros. C'est clairement un minimum pour un portefeuille diversifié, lequel suppose d'être investi dans au moins 12 secteurs différents, précise Pierre Delande. Ici comme ailleurs, quelques fonds - ou trackers - complètent les portefeuilles dans des domaines spécifiques comme les marchés émergents. Même si cette partie du monde peut également être couverte par plusieurs groupes européens très présents là-bas. " C'est le cas du holding belge Sofina, souligne Xavier Servais, qui a dans une large mesure réorienté son portefeuille dans cette direction. Notamment en prenant des participations dans quelques groupes indiens prometteurs. " Pas question, par contre, de promouvoir des produits complexes, difficiles à comprendre et rarement avantageux pour le particulier ! Pourquoi la maison s'en tient-elle au conseil en investissement et n'a-t-elle pas demandé l'agrément pour faire de la gestion discrétionnaire ? " Nous préférons une relation plus personnelle, explique Philippe Delande. Nous voulons rencontrer le client et dialoguer avec lui sur une base régulière. " " Nous souhaitons aussi que le client reste maître de ses avoirs et s'implique dans la décision, complète Pierre Delande. C'est une optique partagée : nous constatons que, suite à la crise de 2008 notamment, les gens s'intéressent de plus près à leur patrimoine. " La clientèle de la maison est exclusivement privée. Elle compte quelque 700 clients et des actifs de l'ordre de 225 millions d'euros. La gestion-conseil est facturée 0,5 % par an, droits de garde compris. S'en tenir à la gestion-conseil n'empêche pas Delande d'avoir son propre analyste, ce qui devient rare, même dans des maisons plus importantes. " Nous estimons essentiel d'avoir notre propre regard sur le marché et surtout sur les analyses réalisées par d'autres maisons ", explique Pierre Delande. Il est bien connu que tout le monde a pour documentation de base les études approfondies réalisées par les grandes institutions internationales, mais il est clair qu'il convient de les prendre avec un peu de recul. " Et d'en vérifier le timing, parce qu'une telle étude paraît parfois avec retard, ajoute l'administrateur délégué. C'est pourquoi il est vital d'avoir son analyse. " Ceci permet par ailleurs de construire des portefeuilles de manière active, sur base de convictions bien documentées, plutôt que de ratisser très large mais un peu au hasard, pour répartir le risque. " Nous travaillons à l'opposé de la sicav patrimoniale souvent proposée aujourd'hui, qui suit presque les indices, observe Jerôme Dawans. J'ai longtemps pratiqué la gestion discrétionnaire dans d'autres maisons, mais je constate qu'elle s'est aseptisée : on vous propose simplement un choix de trois fonds : défensif, équilibré et dynamique. Ils ne sont pas forcément mauvais, mais c'est partout la même chose. " Le rôle de la société de Bourse est de guider l'investisseur vers des placements rémunérateurs au risque bien mesuré, juge la direction. " D'un côté, la plupart des épargnants acceptent de perdre de l'argent en restant en carnet de dépôt, observe Jérôme Dawans. De l'autre, certains misent directement sur des start-up et autres biotechs présentant des risques très élevés. Il ne faut pas oublier les valeurs plus classiques cotées, qui offrent un bon équilibre entre la prise de risque et la rémunération de ce risque. " Les clients de Delande sont heureusement de ceux qui ont compris qu'il fallait aujourd'hui ponctionner son carnet de dépôt au profit de bonnes actions, sourit-on rue Montoyer.