Près de cinq ans après que les Britanniques se sont prononcés en faveur du Brexit, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont enfin redessiné les contours de leur relation. Même s'il demeure des zones d'ombre, des périodes transitoires et des points à régler, les principes de base du libre-échange sont en grande partie saufs. Il n'y aura ainsi ni quotas, ni droits de douane, ni visa nécessaire. Les formalités administratives et les contrôles douaniers rendront toutefois le processus plus lourd. Cela pourrait avoir des conséquences sur les chaînes de production à long terme. Pensons notamment à l'assemblage automobile où certaines pièces, intégrées à un ensemble de plus en plus important, traversent plusieurs fois la Manche. Mais il n'y aura pas de scénario catastrophe voyant des supermarchés britanniques vides et des maraîchers bretons ne sachant que faire de leurs choux-fleurs, des chaînes de production automobile au Royaume-Uni ou Airbus à Toulouse à l'arrêt faute de pièces détachées, des viticulteurs bordelais embarrassés par la perte d'un important client, etc.
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Près de cinq ans après que les Britanniques se sont prononcés en faveur du Brexit, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont enfin redessiné les contours de leur relation. Même s'il demeure des zones d'ombre, des périodes transitoires et des points à régler, les principes de base du libre-échange sont en grande partie saufs. Il n'y aura ainsi ni quotas, ni droits de douane, ni visa nécessaire. Les formalités administratives et les contrôles douaniers rendront toutefois le processus plus lourd. Cela pourrait avoir des conséquences sur les chaînes de production à long terme. Pensons notamment à l'assemblage automobile où certaines pièces, intégrées à un ensemble de plus en plus important, traversent plusieurs fois la Manche. Mais il n'y aura pas de scénario catastrophe voyant des supermarchés britanniques vides et des maraîchers bretons ne sachant que faire de leurs choux-fleurs, des chaînes de production automobile au Royaume-Uni ou Airbus à Toulouse à l'arrêt faute de pièces détachées, des viticulteurs bordelais embarrassés par la perte d'un important client, etc.Maintenant que le scénario du pire est évité, la principale question qui se pose pour les investisseurs est: faut-il revenir vers les actions britanniques? Depuis la victoire du Brexit, les placements britanniques ont en effet été boudés comme l'illustre le recul de la livre sterling, un repli accentué par la progression de l'euro par rapport au dollar. Malgré cette baisse de la livre sterling, qui soutient mécaniquement les résultats des entreprises britanniques actives à l'international, le Footsie 100 (FTSE 100) de la Bourse de Londres est resté à la traîne avec une progression de 8% depuis le 23 juin 2016, soit une perte de 8% en euros, contre une hausse de 18% pour le Stoxx 600 Europe et de 80% pour le S&P 500 américain. Par conséquent, "le marché boursier le plus impopulaire du monde", dixit Bloomberg, est faiblement valorisé. L'indice MSCI United Kingdom, représentant 85% de la Bourse de Londres, cote ainsi 14 fois les bénéfices attendus cette année. En comparaison, l'indice MSCI Europe cote 17 fois les profits prévus et le MSCI Monde 21 fois. Au niveau économique, le Royaume-Uni souffre évidemment de la pandémie. Fin novembre, il prévoyait une contraction de son PIB de 11,3% en 2020, ce qui en fait la pire année depuis trois siècles. Le début de l'année 2021 restera aussi très sombre avec une troisième vague de contaminations qui a forcé l'Irlande du Nord, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Angleterre à annoncer tour à tour de nouveaux confinements stricts. Le Royaume-Uni mène toutefois la danse en matière de vaccination, ayant déjà vacciné 1,3 million de personnes ou plus de 2% de sa population au début de la semaine dernière. Boris Johnson a ainsi confirmé l'objectif d'avoir vacciné avec une première dose les personnes âgées, les résidents de maisons de repos et le personnel médical de première ligne, soit 13 millions de personnes, pour la mi-février. Cela devrait permettre au Royaume-Uni de relancer complètement son économie plus rapidement. Par ailleurs, le Premier ministre "s'est engagé à travailler avec les entreprises britanniques pour concrétiser les vastes opportunités offertes maintenant que le Royaume-Uni se forge un avenir indépendant, et s'est félicité que les entreprises puissent désormais envisager l'année à venir avec certitude". Concrètement, Boris Johnson et Rishi Sunak, chancelier de l'Echiquier, sont allés à la rencontre des entreprises pour leur demander quelles réglementations devraient être supprimées pour libérer le plein potentiel de l'économie britannique dès lors que le pays n'est plus contraint de suivre toutes les règles de l'UE. Les autres raisons de se montrer confiant quant à la capacité de redressement de l'économie britannique sont les créations d'entreprises record en 2020 et le développement de start-up technologiques. Selon l'analyste CB Insights, le Royaume-Uni compte 25 licornes (start-up non cotée valant plus d'un milliard de dollars) avec quelques fleurons comme Global Switch et plusieurs acteurs de la fintech (Revolut, Checkout.com, TransferWise, Greensill). Le pays de Sa Gracieuse Majesté est certes à distance des géants mondiaux que sont les Etats-Unis et la Chine, mais navigue devant les autres pays européens, l'Allemagne arrivant en deuxième place avec 12 licornes. Depuis quelques mois et les premiers signes d'un probable accord de dernière minute avec l'UE, de plus en plus de stratégistes se montrent plus confiants envers les actions britanniques. Après les avoir longtemps évitées, les spécialistes de Candriam les surpondèrent ainsi depuis novembre. "Nous restons positifs sur l'équité au Royaume-Uni", déclarait pour sa part Sharon Bell, stratégiste chez Goldman Sachs, juste après l'annonce de l'accord tout en précisant que les actions britanniques sont "bon marché par rapport à d'autres actifs et par rapport à d'autres grands indices boursiers". Les actifs britanniques sont sous-détenus, sous-évalués et offrent aux investisseurs une croissance plus verte, écrivaient les stratégistes de Société Générale. La Bourse de Londres va entamer un marché haussier pluriannuel, renchérit Joachim Klement, de Liberum Capital, qui table sur une revalorisation de 50% en deux ans. La Bourse de Londres devrait aussi profiter de la rotation de style des valeurs de croissance vers les titres value. Elle reste en effet très dépendante de secteurs comme l'énergie et la finance, clairement à la traîne au niveau mondial ces dernières années. Les actions britanniques devraient ainsi poursuivre leur redressement dans l'enquête mensuelle de Bank of America auprès des gestionnaires de fonds. En décembre, 18% des gestionnaires les sous-pondéraient en net contre 34% en novembre. Cette première évolution rapide est de bon augure, la principale interrogation étant de savoir si les investisseurs internationaux vont rapidement revenir vers les marchés londoniens. Reste à déterminer dans quoi investir pour profiter de cette embellie attendue pour la Bourse de Londres. Les choix d'investissement ne sont pas du tout les mêmes en fonction que vous souhaitez vous exposer à la signature de l'accord de libre-échange, aux actions value bon marché ou aux perspectives de développement de l'économie britannique. Si votre objectif est de miser sur une revalorisation des actions britanniques et de la rotation vers les titres value, l'indice FTSE 100 est le plus indiqué. Les valeurs du secteur de produits de consommation (15,3%), bancaires et des assurances (13,3%), des matières premières (9,9%) et pétrolières (8,7%) représentent près de la moitié de l'indice qui rassemble tous les fleurons britanniques: Unilever, AstraZeneca, HSBC, Diageo, etc. Toutes des entreprises actives à l'international moins dépendantes de l'économie britannique et exposées à toute remontée de la livre sterling, conséquence logique d'un regain de confiance des marchés envers le Royaume-Uni. Sharon Bell souligne ainsi que le FTSE 250, la deuxième division de la Bourse de Londres, est plus exposé aux entreprises domestiques, notamment dans le secteur de la vente au détail ou de la construction, à la condition d'en exclure la quarantaine de trusts (fonds d'investissement). Les entreprises actives au Royaume-Uni sont mieux positionnées pour bénéficier d'une embellie économique grâce à la vaccination et à l'accord de libre-échange tout en étant moins sensible aux fluctuations de la livre sterling. A noter que le FTSE 350 rassemble l'ensemble des actions reprises dans les indices FTSE 100 et FTSE 250.Plutôt que viser des indices, vous pouvez évidemment cibler des actions individuelles qui combinent plusieurs atouts, pouvant tant profiter de la réouverture de l'économie, de l'accord de libre-échange que des perspectives économiques plus globales du Royaume-Uni. A ce niveau, les analystes de la banque d'investissement britannique Liberum Capital ont sélectionné 10 petites et moyennes capitalisations qui devraient profiter le plus du redressement attendu de la Bourse de Londres en 2021-2022.