Michael Hasenstab, CIO chez Templeton Global Macro, est un des plus importants gestionnaires obligataires de Franklin Templeton et fait partie de l'équipe à la tête, notamment, des fonds Templeton Global Bond Fund et Templeton Global Total Return Fund. Ces deux produits, notés quatre étoiles chez Morningstar, affichent des actifs sous gestion dépassant chacun les 15 milliards de dollars pour les compartiments luxembourgeois. Il était récemment de passage à Bruxelles pour détailler le positionnement actuel des fonds qu'il gère.
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Michael Hasenstab, CIO chez Templeton Global Macro, est un des plus importants gestionnaires obligataires de Franklin Templeton et fait partie de l'équipe à la tête, notamment, des fonds Templeton Global Bond Fund et Templeton Global Total Return Fund. Ces deux produits, notés quatre étoiles chez Morningstar, affichent des actifs sous gestion dépassant chacun les 15 milliards de dollars pour les compartiments luxembourgeois. Il était récemment de passage à Bruxelles pour détailler le positionnement actuel des fonds qu'il gère. " Nous avons progressivement supprimé nos positions sur les marchés obligataires européens, notamment en Europe centrale, pour recentrer nos portefeuilles vers l'Amérique latine et l'Asie, souligne Michael Hasenstab. Ce repositionnement vers l'Amérique latine (Argentine, Colombie, Mexique, Brésil) a débuté au second semestre 2015, un repositionnement que nous avons terminé vers la fin de l'année dernière. " Cette évolution lente cadre avec une période de détention moyenne tournant entre trois et cinq ans. " La composition de nos portefeuilles est relativement stable sur le long terme ". Michael Hasenstab considère que le marché obligataire américain risque de faire face à un " ouragan ", avec des taux qui devraient continuer à progresser durant les prochains trimestres. " La Réserve fédérale a acheté ces dernières années jusqu'à 25 % du papier en circulation, et cet acheteur s'est retiré du marché. En outre, les besoins de financement de l'Etat américain vont fortement augmenter, avec un déficit budgétaire qui devrait prochainement atteindre 7 % du PNB. " La principale crainte est qu'il y ait nettement moins d'acheteurs pour la dette américaine, notamment avec les Chinois qui seront moins présents. " Ceci laissera uniquement les investisseurs privés qui devraient prendre à leur compte l'afflux de papier à venir dans les prochains mois, et je crains que cela ne se produise pas sans une hausse significative du rendement proposé. Nous sommes donc positionnés à la baisse sur le marché américain par le biais de swaps sur les taux d'intérêts. " Michael Hasenstab souligne également n'avoir aucune exposition actuellement sur la dette d'entreprise car il existe de meilleures opportunités à l'heure actuelle dans la dette souveraine émergente, " à la fois plus liquide et meilleur marché ". Dans ce contexte, le CIO apprécie les perspectives offertes par l'Asie, une région sur laquelle l'exposition a été relevée depuis un bon moment, et notamment sur la dette indienne et indonésienne. Sur ce dernier pays, il souligne d'ailleurs que " le pays a fortement augmenté ses dépenses en infrastructure, ce qui aura un impact positif sur la qualité de la croissance et sur la cohésion sociale du pays, et ce qui limitera les risques liés à une radicalisation ". De même, il souligne n'avoir jamais été autant exposé sur l'Amérique latine, notamment en raison des changements politiques en cours qui sont en train d'apporter plus de rationalité et qui diminuent en définitive le risque de populisme. Les stratégies durables ont pris une place prépondérante dans les fonds obligataires chez Franklin Templeton. " Plutôt que nous concentrer sur les pays affichant les scores ESG (environnement, social, gouvernance) les plus élevés, ce qui reviendrait à être exposés sur des pays développés affichant des rendements faibles, nous préférons nous focaliser sur les pays où ces scores ESG devraient s'améliorer le plus durant les prochaines années. " Ceci explique en grande partie la surpondération du portefeuille sur des pays tels que l'Argentine, l'Inde, le Brésil ou le Ghana, ainsi que l'absence d'exposition sur l'Europe centrale où les changements politiques en cours devraient entraîner une dégradation des scores. " Nous passons beaucoup de temps dans ces pays afin de rencontrer des hommes politiques ou des économistes locaux et comprendre les changements en cours, précise le CIO. Selon nous, un investissement socialement responsable doit viser spécifiquement les pays qui intègrent des changements positifs. " Contrairement à un fonds obligataire émergent traditionnel, le portefeuille aura une exposition assez importante sur des marchés frontières, comme l'Argentine ou le Ghana. " Nous sommes rentrés sur le marché argentin après les dernières élections, après qu'une équipe compétente a été mise à la tête du pays et que le plan de redressement a reçu le soutien du Fonds monétaire international (FMI) qui a débloqué une ligne de crédit de 50 milliards de dollars pour solutionner la crise dans laquelle le pays se trouvait. A ce titre, Franklin Templeton est actuellement le plus important investisseur étranger dans le pays. " Pour le Ghana, il apprécie les améliorations en cours, avec des taux d'intérêts élevés (entre 16 et 17%) qui " permettent d'absorber d'importantes fluctuations ". Dans l'ensemble, Michael Hasenstab souligne préférer actuellement une exposition sur les émissions en devises locales. " Il y a beaucoup de valeur à trouver sur cette branche du marché, à condition de se couvrir correctement contre le risque dollar ; tandis que le segment des émissions en devise forte a eu tendance à voir sa liquidité diminuer ces dernières années. " Il souligne également que la politique menée actuellement par la présidence américaine est aujourd'hui source de nombreux questionnements dans les marchés émergents. " Dans l'absolu, l'impact des tarifs annoncés reste encore très modéré par rapport à l'ensemble des échanges internationaux et il y actuellement plus de bruits que de substance. Mais il ne fait aucun doute que de nombreux pays émergents seront désormais tentés de se tourner vers la Chine plutôt que vers les Etats-Unis. "