Carmignac a constitué une grande partie de sa renommée internationale lors de la crise de 2008. En sortant totalement des marchés, les gestionnaires de Carmignac ont traversé sans encombre la plus grande crise financière depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette décision a fait affluer les capitaux vers le fonds géré depuis sa création par Edouard Carmignac et elle va également valider les avantages d'investir une partie du portefeuille sur les fonds mixtes flexibles. Cette classe de produits est aujourd'hui la plus populaire dans le coeur des investisseurs belges, un succès qui se confirme d'ailleurs à chaque bilan trimestriel publié par la BEAMA (Belgian Asset Managers Association).

Déception

Carmignac Patrimoine sort toutefois d'un exercice 2017 décevant, avec une performance qui aura été à peine positive alors que les marchés boursiers ont affiché de solides progressions. Ce n'est toutefois pas à cause d'une mauvaise allocation entre action et obligations, vu que la poche actions est pratiquement à son maximum autorisé (50 % des actifs sous gestion). Ce n'est pas non plus à cause d'un manque de performance des participations en portefeuille, les poches investies en actions et en obligations ayant généralement délivré une contribution positive.

Par contre, c'est dans la couverture du risque de change que la stratégie a été relativement déficiente. " Carmignac Patrimoine est un portefeuille qui est vraiment international et notre exposition sur le dollar dépasse souvent 70 % des actifs sous gestion. Il est donc particulièrement important d'avoir raison dans cette partie du portefeuille ", souligne Frédéric Leroux, head of the cross-asset team. Et l'année dernière, la progression de 14 % de l'euro face au dollar a clairement surpris les gestionnaires. " C'est un mouvement d'une ampleur qui est observée une fois par décennie. "

Responsabilité

" Nous aurions dû couvrir systématiquement notre risque sur le dollar en 2017 et ceci a mangé la bonne performance sous-jacente de nos stratégies, souligne pour sa part Edouard Carmignac. Il est de notre responsabilité de mieux gérer ce risque. " En attendant, le fonds a perdu environ 7 % de ses actifs sous gestion durant l'exercice écoulé, les flux se reportant notamment sur Carmignac Sécurité, un produit encore plus défensif dont la taille atteint aujourd'hui plus de 13 milliards d'euros.

Sur le portefeuille obligataire, la stratégie de Carmignac Patrimoine vise actuellement la convergence de l'Espagne avec le reste de l'Europe, la dette des pays émergents (Mexique, Brésil, Argentine) qui bénéficiera de la faiblesse attendue du dollar, ainsi que des opportunités qui pourraient apparaître sur la courbe des taux américains. Sur le portefeuille boursier, les gestionnaires visent des actions de qualité, dont la croissance des résultats a été de 15 % par an sur les cinq dernières années et qui sont peu endettées, avec une prédilection pour les valeurs technologiques.

Soutien européen

Si Carmignac Patrimoine reste de loin le fonds le plus important de l'offre de Carmignac (avec plus de 22 milliards d'euros en actifs sous gestion), ce n'est toutefois pas le seul produit de l'offre de Carmignac à disposer d'une taille importante (plusieurs centaines de millions d'euros en actifs sous gestion) et d'une note Morningstar d'au moins trois étoiles. Pour 2018, les spécialistes de Carmignac soulignent les bonnes perspectives existantes sur certains segments du marché, notamment les actions européennes et les ressources naturelles.

Carmignac Euro-Entrepreneurs est un fonds spécialisé dans les actions européennes et géré par Mark Denham. " Le contexte devrait rester favorable en 2018, dit-il, avec une progression attendue des résultats par action autour de 9 %. Je pense également que les attentes d'un ralentissement au second semestre pourraient s'avérer prématurées. En outre, la valorisation n'est pas excessive et le contexte politique est plus apaisé. " Dans ce contexte, il apprécie les actions de qualité et investit notamment sur le secteur technologique (SAP, ASML) ainsi que sur plusieurs biotechs belges comme Galapagos, Ablynx ou ArgenX.

Dans cette optique, il estime que l'offre de Novo Nordisk sur Ablynx " sous-estime la qualité des actifs de cette société que nous détenons depuis un an et demi. L'innovation sur le secteur biotech vient aujourd'hui de plus en plus des sociétés européennes, alors que c'était traditionnellement une chasse gardée des groupes biotechs amércains, mais les pipelines restent encore systématiquement sous-évalués ". A l'inverse, il évite les grandes sociétés pharmaceutiques, de même que les secteurs cycliques (chimie, automobile) ou les sociétés qui sont assimiliées à des obligations. Au niveau géographique, le fonds a limité son exposition sur les valeurs domestiques britanniques, pour lesquelles les profit warnings se sont multipliés ces derniers mois.

Ressources naturelles

Michael Hulme (gestionnaire de Carmignac Commodities) souligne pour sa part les perspectives offertes aujourd'hui par les producteurs de pétrole américains : " De nombreux pays (Iran, Libye, Venezuela) ont souffert de sous-investissements chroniques depuis de nombreuses années. Dans le même temps, les producteurs américains de pétrole de schiste disposent des ressources financières, du soutien des autorités (notament dans le Texas) et de techniques de forage de plus en plus efficaces. Ce thème est largement exploité dans la stratégie de notre fonds ".

En dehors du pétrole, Michael Hulme apprécie également les perspectives offertes par le cuivre, " où il y a un déficit d'offre en raison également de sous-investissements chroniques ces dernières années. Le développement de nombreuses industries technologiques dépend fortement de cette ressource. Le nickel est un peu également dans ce cas de figure, avec les liens qui existent avec l'industrie des véhicules électriques ".

Perspectives 2018

Pour 2018, Frédéric Leroux, head of the cross-asset team, souligne que l'environnement pourrait être moins favorable, avec une inflation qui montrera le bout du nez au premier semestre, ce qui entraînera davantage de volatilité sur les marchés financiers. Il estime également que les Etats-Unis ne devraient pas bénéficier de la réforme fiscale mise en place par l'équipe Trump et que la croissance chinoise devrait également ralentir. " En Europe, le sentiment est favorable, mais la croissance économique dépend très largement de la demande extérieure. " Et d'estimer dès lors que les prévisions d'une croissance globale de 4 % annoncées par le FMI pour 2018 pourraient s'avérer difficiles à atteindre. Il estime toutefois que cette phase plus fébrile pourrait n'être qu'une pause dans un mouvement globalement positif sur le long terme.

" Au niveau de la stratégie d'investissement globale, nous pensons qu'il faudra protéger les portefeuilles contre une poursuite de la faiblesse du dollar. Dans le même temps, la normalisation des politiques monétaires poussera progressivement les taux obligataires à la hausse sans toutefois que ce mouvement n'affecte les marchés boursiers tant que nous n'atteindrons pas des niveaux autour de 5 %. " Il souligne toutefois que les sociétés fortement endettées pourraient se trouver fragilisées dans cet environnement : " Au niveau sectoriel, nous avons désormais un important biais favorable sur la technologie, au vu de leur faible endettement et d'une croissance qui reste soutenue et visible ".