Mardi, les bourses européennes plongeaient collectivement d'un gros pour cent dans le rouge, le taux d'intérêt allemand diminuait de quelques points de base et le prix de l'or progressait d'un pour cent.

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un fait-il paniquer l'investisseur, avec son lancement de missile en direction du Japon ?

DIRK THIELS: Pas vraiment. Les bourses continuent à varier autour du même niveau depuis déjà quelques semaines. Les investisseurs semblent surtout se servir des tensions géopolitiques comme d'une excuse pour prendre quelque bénéfice. Nous avons déjà eu une belle année boursière, tant en Europe qu'à Wall Street, bien que le profit de l'investisseur belge à Wall Street a quelque peu fondu du fait de la chute du dollar.

Il n'y a pas eu de nouvelle vraiment fondamentale, ce mardi. Il s'avère que la chute des bourses européennes ne tombe pas trop mal. Les pertes n'atteignent pas 3% ou davantage. Cela montre qu'il y a encore des acheteurs sur le marché car il y a beaucoup d'attraits, certainement pour les actions européennes, car les valorisations sont plus attrayantes qu'aux Etats-Unis, et dans les portefeuilles internationaux, l'Europe est souvent encore quelque peu sous-pondérée.

Ne vous inquiétez-vous pas d'une éventuelle escalade du conflit avec la Corée du Nord ?

THIELS: Selon nous, la probabilité d'une escalade est faible, mais on ne peut pas l'ignorer complètement, car l'impact serait vraiment gigantesque. Nous classons la Corée du Nord dans les risques modérés, comparable au Brexit. Cela signifie que nous partons du principe que le bon sens finira par l'emporter, mais que cela exigera encore un peu de temps. Tant qu'il n'y a pas de vraies conséquences économiques, je me fais peu de soucis concernant les conséquences sur les marchés. Les bourses de Corée du Sud et des autres pays émergents, comme la Chine, maintiennent d'ailleurs bien leur position, grâce aux solides résultats des entreprises dans la région.

La hausse de l'euro est-elle un plus grand problème ?

THIELS: Nous nous en préoccupons davantage. Il est question d'une certaine exagération. A long terme, l'euro peut encore quelque peu se renforcer, mais nous prévoyons cela plutôt à l'horizon 2019, quand la Banque Centrale européenne sera en bonne voie de normalisation de sa politique monétaire. A court terme, cela semble toujours plus probable que la banque centrale américaine augmente son taux d'intérêt. Cela devrait soutenir le dollar. Mais le marché évalue la probabilité d'une hausse du taux d'intérêt plus tard cette année à seulement 25%. Récemment, c'était encore 70%. Nous nous basons cependant encore toujours sur un resserrement en décembre. Plusieurs administrateurs de la Federal Reserve indiquent qu'ils désirent créer davantage de latitude politique pour le cas où l'économie devait à nouveau se détériorer.

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la France, il est question d'euro-euphorie, du fait que tant la politique que l'économie en Europe surprennent positivement. Mais un recul temporaire de l'euro vers 1,1 dollar par euro n'est pas impensable. L'espoir que le président Donald Trump soit capable de donner un boost à l'économie américaine grâce à des diminutions d'impôt et des investissements, a entre-temps complètement disparu du marché, mais d'ici la fin de cette année, quelques mesures pourraient tout de même voir le jour. Parallèlement à la hausse du taux d'intérêt de la Fed, cela pourrait quelque peu impacter l'euro à la baisse.

Le taux d'intérêt sur les obligations d'Etat diminue et le prix de l'or augmente. Ce sont des signaux clairs que les investisseurs fuient vers la sécurité. Est-ce un choix judicieux ?

THIELS.

Une fuite vers la sécurité est aujourd'hui une fuite vers un rendement négatif. Je conseillerais plutôt aux investisseurs de regarder au-delà du tumulte : tant que l'économie connaît de bonnes performances et que les missiles nord-coréens atterrissent en mer, cela ne pose pas de problème. Les éléments fondamentaux pour une poursuite de la croissance sont d'ailleurs en bonne forme. La diminution s'avère donc peut-être plutôt une opportunité d'achat. Nous restons de toute façon fortement sous-pondérés dans les actions.