Aux Etats-Unis, l'économie est en expansion depuis juin 2009, soit près de 10 ans, égalant quasiment le record de mars 1991 à mars 2001. La fin de cycle semble toutefois proche. Près de 30% des investisseurs en obligations interrogés par BofA Merrill Lynch citent ainsi une récession globale comme leur principale inquiétude. Aucun ne s'inquiète plus d'une hausse des taux et à peine 2% s'alarment du Brexit.

Les directeurs financiers pessimistes

Les investisseurs ne sont pas les seuls inquiets. Selon la dernière enquête trimestrielle de l'université Duke auprès des directeurs financiers d'entreprise, 49% s'attendent à une récession aux Etats-Unis avant la fin de l'année. Plusieurs signes précurseurs sont en effet à l'orange foncé. Sur le marché des taux américains, une inversion est en train de se matérialiser entre rendements à court (deux ans) et à long terme (10 ans). Une telle inversion s'est concrétisée 10 fois depuis 1955, précédant les neuf récessions recensées depuis lors. Le taux de chômage aux Etats-Unis est remonté de 0,3% entre novembre et janvier. Une hausse proche du seuil de 0,5% qui a toujours annoncé une récession depuis plus de 70 ans selon Joseph Lavorgna, économiste en chef chez Natixis.

Le plus inquiétant est que les perspectives sont encore plus sombres ailleurs. Selon l'enquête de l'université Duke, 86% des directeurs financiers prévoient une récession avant fin 2019 au Canada, 67% en Europe et 54% en Asie. Ces chiffres importants peuvent aboutir à une prophétie autoréalisatrice : les directeurs financiers craignant une récession réduisent les stocks et les investissements, ce qui pèse sur l'économie. Pour l'investisseur, il est donc important de se préparer. Nous avons passé les différentes solutions à la loupe.

L'or

Dès que les marchés s'agitent, le métal jaune a tendance à s'apprécier. La récession de 2001 a ainsi marqué le début d'un long cycle haussier pour l'or. En 2008, il a par contre baissé. La grande récession était accompagnée d'une déflation qui est moins favorable au métal précieux. L'or est surtout perçu comme un moyen de préserver la valeur de son patrimoine en période d'inflation, quand la valeur de la monnaie se déprécie. En période de déflation, la baisse des prix a par contre pour effet que la monnaie s'apprécie. Cela explique que les stratégistes se contentent plutôt de recommander la détention de maximum 5% en or à des fins de diversification sans cibler une protection contre la récession.

Les actions

Qui dit récession dit évidemment baisse des bénéfices des entreprises. Une récession pèse donc sur les Bourses. A chaque récession, l'un ou l'autre secteur parvient toutefois à tirer son épingle du jeu. Globalement, les discounters ont plutôt tendance à bien résister, les consommateurs étant plus sensibles au prix. Colruyt a ainsi stagné en 2001-2003 et faisait partie des rares actions à avoir progressé entre fin 2007 et début 2009. Les secteurs des petits plaisirs pas trop chers se distinguent également. Le fabricant de jouets américain Hasbro a ainsi bien résisté aux dernières récessions et s'était même illustré par un bond de 17% en 2008. Dans la même veine, les analystes se montrent actuellement confiants dans la capacité de Netflix à poursuivre sa croissance en période de récession. Et une société immobilière qui n'est pas exposée au cycle économique, comme le spécialiste des maisons de repos Aedifica, devrait a priori plutôt bien résister. Par ailleurs, selon Chuck Thompson, chercheur au Socionomics Institute, une chute des marchés devrait se traduire par une accélération de légalisation du cannabis, ce qui profiterait à des actions comme Aurora Cannabis, Tilray ou Canopy Growth. Mais le secteur est encore très immature.

Les obligations

Si les obligations d'entreprises sont à éviter en période de récession, les obligations souveraines sont plutôt recherchées. " Les Bunds allemands constituent la valeur refuge par excellence ", selon Etienne de Callataÿ, économiste en chef chez Orcadia Asset Management. Au niveau de taux actuel, il ne faut évidemment pas espérer engranger un gain important. Le potentiel de hausse des cours (qui évoluent inversement aux taux) est en effet extrêmement réduit. Mais les Bunds allemands, les DSL néerlandais ou les obligations suisses vous permettent au moins de ne pas essuyer de perte.

Stratégies alternatives

A l'origine, le but des hedge funds est de stabiliser les performances en couvrant leurs investissements. Une stratégie que vous pouvez dupliquer en investissant une petite partie de votre portefeuille dans un produit baissier. Comme l'ETF Lyxor EuroStoxx 50 Inverse (ISIN : FR0010424135). Chaque jour, il affiche une évolution inverse à l'indice de la zone euro EuroStoxx 50. Les stratégies alternatives englobent également l'arbitrage, la gestion macroéconomique ou la gestion automatisée de contrats futures qui réussit visiblement à atteindre son objectif d'un rendement positif même en période de crise. Dans cette catégorie, le fonds WisdomTree Managed Futures Strategy fait partir des mieux notés par Morningstar avec trois étoiles.

Placements alternatifs

Le vin, l'art ou les antiquités sont des actifs décorrélés. Ils ne subissent donc pas les aléas des marchés financiers et évoluent avant tout en fonction des modes. Ce qui explique qu'il est préférable de passer par un spécialiste si on n'est pas soi-même fin connaisseur. En période de récession marquée, on constate toutefois que cela a un impact sur les acheteurs et sur les prix. The Wine Investment Fund a par exemple connu six replis annuels entre 2008 et 2015, les prix des grands crus détenus par le fonds ne repartant à la hausse que quand l'économie européenne a également redécollé.

En profiter ?

A posteriori, les principaux bénéficiaires d'une récession sont les investisseurs qui ont acheté à des prix bradés durant la chute des marchés. Pour appliquer une telle stratégie, il faut disposer de liquidités à investir, éventuellement en vendant quelques investissements avant. Une première étape assez simple par rapport au second volet de l'opération. L'investisseur doit en effet parvenir à contrôler ses émotions et acheter des titres dont le cours chute. Les études montrent que très peu y parviennent.