GIMV a été épinglé à plusieurs reprises dans la presse ces deux dernières semaines, pour des faits très différents... Trois jours après que la société d'investissement ait dévoilé d'excellents résultats annuels, les autorités fiscales se sont penchées sur les comptes de GIMV. Selon un porte-parole, il ne s'agirait pas d'une affaire de paradis fiscal, mais d'"une enquête sur les participations historiques et les structures de la société d'investissement". Pour le moment, on ne sait pas grand-chose de l'enquête, mais il y a beaucoup à dire sur l'évolution des résultats de GIMV.

Repère

GIMV, l'acronyme de Gewestelijke InvesteringsMaatschappij voor Vlaanderen (Société d'Investissement Régionale pour la Flandre), avait un caractère public au départ. Bien que les autorités flamandes détiennent toujours un quart des actions, GIMV a perdu son caractère public lors de son entrée en Bourse en 1997. Ceci dit, cinq des 12 administrateurs sont nommés par les autorités flamandes mais viennent d'entreprises privées. Depuis son introduction en Bourse, GIMV s'est taillé une place de choix dans le peloton de tête des holdings belges.

Son CEO Koen Dejonckheere n'apprécie guère l'étiquette de holding. " Nous ne sommes pas un holding dans le sens où nous tenons toujours à nos participations, clame-t-il. Cette étiquette peut se justifier partiellement car nous sommes un repère pour nos entreprises. " Initialement holding industriel, GIMV a changé son modèle d'investissement. Pour commencer, il compte nettement moins d'entreprises en portefeuille. Autrefois au nombre de 125, elles ne sont plus qu'une cinquantaine depuis quelques années. Un choix délibéré, précise le CEO. " Mais la valeur de notre portefeuille a augmenté, explique le CEO. Autrement dit, nous faisons plus avec moins. " Le portefeuille d'une valeur de 578 millions d'euros il y a 10 ans vaut aujourd'hui 960 millions euros.

Le moteur de cette plus-value est la croissance de participations de GIMV. L'investissement dans le groupe hospitalier français Almaviva est un bel exemple. Lors de son introduction dans le portefeuille GIMV en 2012, le groupe comptait sept hôpitaux, 750 lits, 1.000 employés et un chiffre d'affaires annuel de 100 millions d'euros. A sa sortie l'an dernier, la croissance d'Almaviva était telle que le groupe affichait 30 cliniques, 2.700 lits, 3.300 employés et plus de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires. " Nos entreprises font plus que suivre la conjoncture ", affirme Koen Dejonckheere

Koen Dejonckheere, CEO de GIMV "Ne venez pas me dire que nous sommes assis sur une montagne de cash. Il serait plus juste de parler d'une vague de cash." © PG

Investissements record

Le portefeuille regroupe actuellement 54 entreprises en Belgique, aux Pays-Bas, en France et au Luxembourg. " Le portefeuille est sain et diversifié, constate Thijs Hoste, analyste de la Banque Degroof-Petercam spécialisé dans les holdings. Aucune position n'est dominante. " Le patron de GIMV insiste sur le caractère conservateur du portefeuille. Aucune des entreprises en portefeuille n'est surendettée.

En 2012, le holding anversois a négocié un virage important en répartissant ses efforts d'investissement entre quatre plateformes. Une approche multi-niches, dixit Koen Dejonckheere. " Nos collaborateurs sont des vrais spécialistes dans leur secteur. Un must pour repérer les meilleurs deals ", explique-t-il.

Le dernier exercice comptable s'est soldé par 12 nouvelles prises de participation. GIMV a investi un peu moins de 250 millions d'euros. La plus grande acquisition belge est la société IT Cegeka d'Hasselt. GIMV investit 5 à 50 millions d'euros par deal. Le holding possède actuellement le portefeuille le plus jeune. Sur les 20 plus grandes participations, 15 ont moins de trois ans, ce qui est très prometteur pour leur future croissance, assure la direction.

Les désinvestissements étaient tout aussi impressionnants lors du dernier exercice comptable. La vente de participations a rapporté quelque 370 millions d'euros. Ces participations valaient beaucoup moins il y a un an, ce qui corrobore le track record de GIMV en termes de création de valeur. Les 12 entreprises encore en portefeuille l'an dernier cotaient 262 millions d'euros. Le holding anversois a donc réalisé un rendement annuel de plus de 40 %.

Coach

GIMV joue un rôle important dans la création de valeur des entreprises. A chaque nouvel investissement, le holding met à leur disposition son expertise et son réseau pour stimuler la croissance de ses participations. " La Flandre reste notre marché domestique mais les secteurs dans lesquels nous investissons visent le marché européen, indique Koen Dejonckheere. Nous coachons nos entreprises pour les aider à s'imposer sur la scène européenne et à croître au niveau international. Les entreprises dans lesquelles nous investissons affichent une ambition de croissance supérieure à la moyenne. Nous privilégions les 'M' du monde des PME. "

Grâce à ses désinvestissements réussis, la société d'investissement a pas mal de liquidités en caisse. " Ne venez pas me dire que nous sommes assis sur une montagne de cash, rétorque le patron de GIMV. Il serait plus juste de parler d'une vague de cash. Nous disposions l'an dernier de 314 millions d'euros de liquidités. Tout a été investi, jusqu'au dernier centime. " Le cash alimente le cycle d'investissement du holding.

Stratégie des plateformes

Depuis la réorganisation en plateformes, GIMV divise son univers d'investissements en quatre plateformes. Par le biais de la première plateforme baptisée Connected Consumer, la société investit dans les entreprises qui misent sur les nouvelles tendances et les changements de comportement des consommateurs en promouvant les innovations technologiques. Les consommateurs sont mieux informés et écument consciencieusement le marché. GIMV surfe sur cette vague. Dans ce secteur, le holding accompagne le groupe boulanger français La Croissanterie et la marque néerlandaise de poussettes Joolz. Connected Consumer représente 29 % du portefeuille.

Le deuxième sous-secteur est ce que GIMV appelle Health & Care, soit 16 % du portefeuille global du holding. La société d'investissement encourage de nombreuses entreprises actives dans les soins de santé. C'est le cas notamment d'Agrosave qui fabrique des produits phytopharmaceutiques, du groupe néerlandais de sociétés de soin Equipe et de la société de biotechnologie allemande Topas.

Par l'entremise de la troisième plateforme Smart Industries, le holding anversois entend aider les entreprises industrielles à devenir plus durables et plus efficaces. Avec cet objectif en ligne de mire, il investit dans le logiciel destiné au secteur financier mais aussi dans les découpeuses pour le secteur graphique, la technologie de soudure de pointe et les composants d'airbag. Smart Industries représente 14 % du portefeuille.

Sustainable Cities, la quatrième plateforme de GIMV (un cinquième de la valeur du portefeuille), concerne tout spécialement les communautés urbaines durables. Le but est d'investir dans tout ce qui peut améliorer la qualité de vie en ville, comme la gestion de l'eau, le recyclage, l'efficacité énergétique, la logistique, la construction durable et la sécurité.

Les 21 % restants du portefeuille sont des co-investissements avec d'autres acteurs, d'autres fonds appartenant à des tiers.

Résister à la surchauffe

La stratégie des plateformes s'avère payante, constate l'analyste Thijs Hoste. " Le fait de se concentrer et se spécialiser dans les secteurs concernés influence le rendement de leurs entreprises, dit-il. Ils arrivent ainsi à faire grandir leurs participations. "

Tout le mérite en revient à nos experts spécialisés, s'enorgueillit le patron de GIMV Dejonckheere. " Nos équipes pluridisciplinaires réunissent des spécialistes expérimentés qui connaissent bien les différents secteurs, des profils industriels et des ingénieurs notamment, confie le CEO. Ils suivent de très près les nouveaux dossiers et décèlent rapidement les nouvelles tendances. "

A l'instar des autres marchés financiers, le marché des capitaux privés montre des signes de surchauffe, comme l'a sûrement remarqué Koen Dejonckheere. " Les liquidités disponibles sont énormes, souligne le numéro un, et les dettes permettent de régler pas mal de choses. D'où la multiplication des deals et des prix en hausse. " Comment fait GIMV pour garder la tête froide et ne pas payer ses participations trop cher ? En évaluant les tendances de façon proactive et en approchant les bonnes entreprises pour voir si elles sont intéressées. " En général, cela suffit, affirme Koen Dejonckheere. Nous ne sommes pas du genre à traquer les entreprises mises aux enchères pour décrocher un deal. "

Le CEO ne se laisse pas griser par la masse de liquidités dans une course effrénée au rendement, ce qui ne ferait qu'encourager la chasse aux deals. " Nous ne sommes pas des capitalistes d'opérette ", conclut-il.

370 millions d'euros

Ce qu'a rapporté la vente de participations en 2017.