Lire également "Inflation : un taux réel de -2% sur le livret" et "Placements : votre risque, avec ou sans rendement ?"
...

Le signal est parti des Etats-Unis : rassurée par l'accélération de la conjoncture, la Réserve fédérale américaine relève progressivement son taux directeur, ce qui pousse le rendement du bon du Trésor américain à dix ans en direction des 3 %. Un seuil. En zone euro cependant, les taux peinent toujours à décoller. La Belgique continue à payer moins de 1 % pour s'endetter sur une décennie. Du coup, les rendements des produits d'épargne classique restent sérieusement déprimés. " A 0,11 %, le rendement du compte d'épargne demeure même trop élevé ", ose Etienne de Callataÿ, économiste en chef chez Orcadia AM. " Sans la législation fixant ce seuil minimum, le taux serait encore plus bas, voire négatif. La Banque centrale européenne (BCE) applique un taux de - 0,4 % sur les dépôts qu'elle reçoit des banques commerciales. " Il ne faut donc pas s'attendre à une hausse des taux sur les comptes d'épargne en 2018. Pire : " Le rendement demeurera insuffisant pour compenser l'inflation pendant plusieurs années." L'évolution du taux du livret dépend avant tout des taux à court terme, directement liés à la politique de la BCE en zone euro. De l'avis unanime, l'institution de Francfort conservera une politique monétaire très souple au moins jusqu'au changement de son président, le mandat de Mario Draghi devant s'achever le 1er novembre 2019. " La BCE n'agira que si l'économie accélère davantage et montre des signes de surchauffe, ce qui est encore loin d'être le cas. " " Les perspectives en matière de taux à long terme, déterminant notamment le coût d'un crédit immobilier, sont moins claires ", affirme l'économiste d'Orcadia AM. Ce que Bruno Colmant confirme. Les taux à long terme en zone euro sont notamment influencés par les rendements aux Etats-Unis, les investisseurs internationaux procédant à des arbitrages lorsqu'ils jugent l'écart trop élevé. L'économiste en chef de Degroof Petercam s'attend toutefois à ce que la progression demeure limitée en zone euro. " Le rendement de l'OLO belge à dix ans pourrait finir l'année 2018 autour de 1 %. C'est certes largement supérieur au plancher de 0,1 % atteint en 2016 mais demeure très éloigné des 4 % du bon d'Etat Leterme en 2011 ou des 8 % du milieu des années 1990. " Selon Bruno Colmant, " la BCE devrait progressivement mettre fin à son programme de rachat d'obligations souveraines au cours de l'année 2018 et ainsi desserrer l'étreinte sur les taux à long terme. Elle pourrait toutefois à nouveau intervenir sur les marchés à l'avenir si l'envolée des taux menace la solvabilité d'un ou plusieurs Etat(s), par exemple si les créances douteuses du secteur bancaire menacent l'Italie. " Le soutien de la banque centrale pourrait s'avérer d'autant plus nécessaire que le vieillissement de la population grève les budgets publics. " Les autorités monétaires ne rallumeront toutefois la planche à billets qu'en cas d'absolue nécessité afin de ne pas écorner leur crédibilité. Elles pourraient donc laisser filer quelque peu les taux d'intérêt à long terme à la condition que cela ne mette pas la solvabilité des Etats en péril. " Dans une perspective historique, toute hausse de taux restera donc limitée. Pour Koen De Leus, économiste en chef chez BNP Paribas Fortis, les banques centrales doivent éviter toute forte poussée des taux, eu égard notamment aux dettes record des agents économiques. Pour son principal taux directeur, la Réserve fédérale américaine (Fed) estime ainsi désormais qu'un niveau de 2,8 % est approprié sur le long terme contre 4,3 % il y a six ans. Cette évolution n'est pas récente, le taux directeur de la Fed connaissant des sommets de plus en plus bas après le passage de chaque récession depuis près de quarante ans. " Cette évolution demeure justifiée par la faiblesse de l'inflation ", épingle Koen De Leus, qui l'explique notamment par l'évolution technologique. " Robert Kaplan, président de la Fed de Dallas, expliquait récemment que les dirigeants d'entreprises investissent davantage dans la technologie que dans la main d'oeuvre. Cela freine donc les salaires, l'inflation et les taux. Un effet renforcé par l'utilisation des technologies par les consommateurs, le recours au commerce en ligne freinant les prix. "Par Cédric Boitte.