Après la crise financière de 2008, il avait fallu attendre quatre ans pour que le marché des introductions en Bourse redémarre réellement avec Facebook qui avait ouvert la voie. Cette année, seuls quelques mois auront été nécessaires pour que de nombreuses entreprises décident à nouveau de se faire coter et raniment les IPO ( Initial Public Offering, offre publique initiale). Dès le mois de juin, Warner Music, JDE Peet's (Douwe Egberts) ou Hyloris Pharma à Bruxelles ont fait leurs premiers pas en Bourse.
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Après la crise financière de 2008, il avait fallu attendre quatre ans pour que le marché des introductions en Bourse redémarre réellement avec Facebook qui avait ouvert la voie. Cette année, seuls quelques mois auront été nécessaires pour que de nombreuses entreprises décident à nouveau de se faire coter et raniment les IPO ( Initial Public Offering, offre publique initiale). Dès le mois de juin, Warner Music, JDE Peet's (Douwe Egberts) ou Hyloris Pharma à Bruxelles ont fait leurs premiers pas en Bourse. Ces dernières semaines, le tempo s'est accéléré avec l'entrée dans la danse des valeurs technologiques. La medtech Nyxoah est ainsi cotée sur Euronext Bruxelles depuis vendredi dernier et la fintech belge UnifiedPost veut l'imiter. La semaine dernière, The Hut Group a fait une entrée remarquée en Bourse de Londres, pour le grand bonheur de Sofina qui fait partie des principaux actionnaires du spécialiste britannique de l'e-commerce. Sur Wall Street, il est même question d'embouteillages. Pas moins de 14 introductions en Bourse étaient programmées la semaine dernière sur le Nasdaq, dont Snowflake. Ce spécialiste de l'analyse de données dans le cloud fondé par deux Français en Californie a levé sans aucune difficulté 3,4 milliards de dollars. Et ce n'est qu'une mise en appétit avant les plats de résistance Ant Group, la fintech chinoise valorisée à 200 milliards de dollars, et Airbnb, déjà plébiscité malgré l'effondrement de son activité à cause du Covid-19. " The IPO market is on fire ", résume ainsi Michael Gray du cabinet Neal, Gerber & Eisenberg. Selon les données de Dealogic, 2020 pourrait même être une année record en matière d'introductions en Bourse aux Etats-Unis avec plus de 70 milliards de dollars levés à la fin août. Déjà suffisant pour faire de 2020 une des meilleures années en matière d'IPO et plus très loin du record de 107,9 milliards de dollars de 1999. Ailleurs dans le monde aussi, il devrait être question de records avec l'introduction en Bourse de Ant Group. Selon les prévisions, la fintech chinoise lèvera 30 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus importante IPO de l'histoire. Les investisseurs qui ont participé à ces opérations ont jusqu'à présent toutes les raisons de se réjouir. A l'heure d'écrire ces lignes, Warner Music affiche un gain de 14% par rapport à son prix d'introduction. JDE Peet's gagne 16%. La biotech liégeoise Hyloris Pharma a, par contre, légèrement baissé. Ce n'est toutefois rien comparé aux sociétés technologiques : à Londres, The Hut Group a gagné 25% lors de sa première séance ; l'éditeur de logiciels spécialisés JFrog a bondi de 47% ; profitant notamment du soutien de Warren Buffet, Snowflake a décollé de 112% pour son premier jour ; et Unity Software s'est permis de fixer le prix de son IPO à 52 dollars par action, bien au-delà de sa fourchette de prix initiale de 34-42 dollars. Tout cela a alerté certains observateurs qui y voient une ressemblance avec la frénésie de 1999-2000. Aux Etats-Unis, un millier d'entreprises avaient trouvé le chemin de la Bourse au cours de ces deux années. Au niveau mondial, elles étaient plus de 3.000. Parmi ces nouvelles venues, on retrouvait de nombreuses jeunes pousses qui n'avaient encore quasiment que des plans d'affaires. Ce qui n'a pas empêché Theglobe.com, Foundry Networks, marketWatch.com ou Akamai Technologies d'afficher des gains de plusieurs centaines de pour cent lors de leur première séance, le record revenant à VA Linux avec une envolée de 733%, de 30 à 239 dollars. Devenu Geeknet, le spécialiste du logiciel libre a été racheté en 2019 par Gamestop dans l'indifférence la plus totale sur les marchés. Un anonymat dans lequel sont tombées de nombreuses dotcoms de la fin du siècle dernier. Selon les données de Jay R. Ritter, professeur au Warrington College of Business et surnommé Mr IPO, plus de la moitié des entreprises introduites en Bourse aux Etats-Unis en 1999-2000 affichaient un chiffre d'affaires annuel inférieur à 20 millions de dollars. Ces toutes jeunes entreprises étaient de plus plébiscitées par les investisseurs avec une envolée médiane de plus de 70% le premier jour de Bourse contre une hausse de "seulement" 25% pour les sociétés affichant des revenus annuels de plus de 200 millions de dollars. En 2020, les introductions en Bourse sont moins nombreuses et les projets plus avancés. La plupart des sociétés entrant sur les marchés génèrent déjà des revenus conséquents, à l'exception des biotechs, même si elles ne sont pas toujours rentables comme Snowflake. Les marchés sont aussi plus raisonnables. Selon Dealogic, le gain moyen le premier jour de cotation est de 23,7% entre janvier et août aux Etats-Unis, ce qui est supérieur à la moyenne historique, mais largement inférieur aux 64,6% de 1999-2000 (voir "Performance médiane du premier jour de Bourse aux Etats-Unis"). Est-ce intéressant d'y investir ? Pour ceux qui ont la chance d'obtenir des titres dans le cadre de l'introduction en Bourse, c'est clairement une bonne affaire, le premier jour de cotation étant traditionnellement très favorable. Malheureusement, cela devient de plus en plus compliqué pour un petit investisseur belge d'en profiter. En pratique, il est à peu près impossible pour un particulier de participer à une introduction en Bourse aux Etats-Unis, en Asie ou même souvent dans un autre pays européen. Pour les sociétés internationales, les démarches sont souvent considérées comme trop lourdes et inutiles, les titres trouvant facilement preneur sur leur marché domestique ou auprès des investisseurs qualifiés. Sur Euronext, UnifiedPost devrait opter, comme Shurgard en 2018 ou JDE Peet's cette année, pour une introduction en Bourse réservée aux investisseurs institutionnels. Le choix des petits porteurs belges en matière d'IPO se limite ainsi souvent aux biotechs s'introduisant sur Euronext Bruxelles qui ne sont certainement pas les opérations les plus lucratives à court terme comme le montre à nouveau le cas d'Hyloris cette année. Mais si spéculer sur les IPO est donc très ardu en pratique, y investir à long terme peut être très intéressant. En 2012, Facebook avait par exemple clôturé sa première journée à 38,23 dollars (à peine plus que le prix de son IPO de 38 dollars). Actuellement, l'action vaut plus de 250 dollars. En 2004, l'introduction de Google n'avait pas non plus suscité un grand engouement, le groupe ayant même dû réduire sa fourchette de prix. En Bourse, le titre avait ouvert à 100 dollars et vaut désormais près de 3.000 dollars (en tenant compte du split de 2014 en une action de classe A et une de classe C). Comme vous pouvez le constater dans le tableau "Performance médiane après 3 ans des IPO aux Etats-Unis", les petites valeurs qui décollent le premier jour ne font souvent pas recette au cours des années suivantes. Matt Kennedy, stratégiste du marché des IPO chez Renaissance Capital, avertit ainsi que les 11 actions qui ont au moins doublé le premier jour de cotation en 2020 aux Etats-Unis affichent actuellement une perte moyenne de 1% par rapport au premier cours de clôture. Les plus grandes entreprises connaissent en moyenne des débuts moins euphoriques, mais offrent un meilleur rendement sur la durée. Les investisseurs patients peuvent même profiter d'opportunités assez exceptionnelles. Trois mois après son introduction en Bourse, Facebook avait perdu plus de la moitié de sa valeur à 18 dollars. Introduit sur Wall Street en grande pompe en 2014, le géant chinois Alibaba était aussi passé sous son prix d'introduction un an plus tard avant de quadrupler. Même Amazon avait connu des premières semaines difficiles en Bourse en 1997, chutant à 1,5 dollar (en cours ajusté des splits). Un an plus tard, l'action valait déjà 12 dollars et n'a jamais rechuté plus que de 5,5 dollars jusqu'à atteindre 3.000 dollars. Ces rechutes peuvent s'expliquer de différentes manières. Après l'engouement de l'IPO, le titre retombe un peu dans l'anonymat et les investisseurs attirés par les introductions passent à autre chose. Des ventes de titres par les actionnaires existants - souvent après une période de lock-up - peuvent aussi plomber les cours. Cela avait été notamment le cas d'Alibaba.