Il y a quatre ans, l'euro commençait à perdre des plumes par rapport au dollar américain. Un an plus tard, la monnaie européenne avait perdu un quart de sa valeur. D'un peu plus de 1,39 dollar, il est retombé à 1,05 dollar. L'affaiblissement de l'euro en 2014 était dû au grand écart des banques centrales : la banque centrale américaine (Fed) s'apprêtait à relever les taux d'intérêt tandis que la Banque centrale européenne (BCE) faisait l'impossible pour rendre le crédit encore meilleur marché.

" Pendant longtemps, le marché n'a pas cru à l'achat massif d'obligations par la BCE, explique Peter Wuyts, spécialiste des devises à la KBC. L'annonce de l'assouplissement quantitatif par la BCE a provoqué un raz de marée. " La promesse d'un rendement supérieur sur les obligations américaines a attiré les capitaux étrangers aux Etats-Unis, au détriment de l'euro et des autres devises. Fin 2016, la parité était en vue, autrement dit un euro ne vaudrait plus que un dollar.

Mais le retour d'une certaine sécurité politique en Europe - du fait notamment de l'élection du président français Emmanuel Macron - et le rétablissement inopiné de l'économie européenne ont redoré le blason de l'euro. Les fins stratèges des devises étrangères n'avaient pas anticipé la remontée spectaculaire de la monnaie européenne. Son cours a plusieurs fois passé la barre de 1,25 dollar par euro ces dernières semaines. Depuis le niveau historiquement bas de 1,04 dollar fin décembre 2016, l'euro s'est valorisé de plus de 20 %.

Menace de guerre commerciale

Les banques centrales des deux côtés de l'Atlantique oeuvrent désormais dans le même sens. Le 8 mars, la BCE a laissé entrevoir la possibilité de réduire ses achats d'obligations " si les perspectives s'avèrent moins favorables ". Elle prépare ainsi peu à peu le marché à une diminution des achats obligataires et, ultérieurement, à un relèvement des taux d'intérêt. Le rapport entre l'euro et le dollar américain restait relativement inchangé face à la menace d'une guerre commerciale.

A long terme, l'investisseur n'est donc pas dédommagé pour les risques de change encourus. " Stephan Desplancke, BlackRock

Le 2 mars, le président Donald Trump faisait en effet planer le spectre d'une guerre commerciale. " Si un pays comme les Etats-Unis perd des milliards dans les échanges commerciaux avec à peu près chacun de ses partenaires, les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ", a-t-il tweeté. Donald Trump préconise une taxe de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium.

Sur le marché des devises, les monnaies les plus affectées sont celles des pays voisins, à savoir le dollar canadien et le peso mexicain. La plupart des exportations du Canada et du Mexique sont destinées au pays de l'Oncle Sam. Les taxes américaines sur l'acier et l'aluminium importés auraient pour effet de freiner leur croissance économique. Les deux devises ont repris du poil de la bête le jour où Trump a décidé d'exempter le Canada et le Mexique. Ce ne sont là que quelques exemples qui montrent que d'importantes fluctuations de taux de change surviennent parfois là où on s'y attend le moins.

Protéger ses investissements

La valeur intrinsèque de nombreux fonds qui investissent dans le monde entier est exprimée en dollars américains. Ces produits se déclinent généralement sous plusieurs variantes, avec ou sans protection ou hedge contre les fluctuations des taux de change. L'investisseur qui revend ses titres au mauvais moment risque de voir fondre son rendement comme neige au soleil à cause de taux peu favorables. BGF Global Allocation Fund A2, le fonds mixte de BlackRock le plus vendu en Belgique, avec protection contre les fluctuations de taux de change, a réalisé un rendement de 10,5 % l'an dernier. Le même fonds sans protection affiche une perte de 0,8 %.

Sur une durée de cinq ans, le fonds sans protection l'emporte avec un rendement annuel moyen frôlant les 6 %, contre 4,1 % pour le fonds avec protection. Sur 10 ans, la différence est encore plus marquée, à l'avantage du fonds sans protection. La différence de rendement entre les deux variantes à long terme est relativement limitée, précise Stephan Desplancke de BlackRock. " A long terme, l'investisseur n'est donc pas dédommagé pour les risques de change encourus. Nous conseillons donc de ne pas prendre de risques de taux de change à long terme et d'opter pour une catégorie de fonds avec hedge. Surtout pour les obligations à très faible rendement, les hedges 100 % sont vivement recommandés. "

Avec BGF Global Allocation Fund A2 EUR hedged, l'investisseur belge touche le rendement en dollars moins les frais de hedging. " On ne parle donc pas du hedging des devises dans le portefeuille international du fonds, précise Stephan Desplancke. Les frais d'une telle couverture de portefeuille s'élèvent actuellement à 2 % environ. Ils dépendent essentiellement de la différence entre le taux à court terme aux Etats-Unis et dans la zone euro. Plus la différence de taux est importante, plus la couverture coûte cher. Par ailleurs, la volatilité du taux de change, les fluctuations de la valeur intrinsèque nette du fonds et la liquidité des devises concernées ont un impact sur le prix. "

JP Morgan Asset Management essaie avec certains fonds comme le Global Macro Opportunities Fund de miser sur les risques de taux de change pour optimiser le rendement des investisseurs. Avec d'autres fonds comme le Global Income Fund, il ne prend aucun risque de taux de change. " Le fonds est d'office couvert contre les fluctuations des devises, explique un porte-parole. Pour ce faire, les gestionnaires concluent des contrats à terme sur le marché des devises. "

En voyage

Les grands voyages se planifient généralement longtemps à l'avance. Si vous aviez programmé en mars 2014 une petite virée à New York pour l'année suivante et mis de côté 1.000 euros pour vos dépenses sur place, près d'un quart de votre budget vacances se serait volatilisé. Vous auriez eu 343 dollars de moins en poche lors de votre séjour à Big Apple.

Par contre, si vous aviez bloqué cette somme sur un compte à terme en dollars au moment de la réservation, votre pouvoir d'achat en dollars aurait été le même début 2014 que début 2015. A condition de demander explicitement un paiement en dollars à l'échéance, sans quoi tout cela n'aurait servi à rien. La seule tuile encore possible est l'inflation. Si le prix des biens et des services augmente de façon spectaculaire au pays de l'Oncle Sam, le voyageur en aura inévitablement moins pour son argent.

Le cliquetage du taux de change via un compte à terme ou à vue en devise étrangère peut s'avérer contreproductif. En effet, le voyageur qui a voulu bétonner son pouvoir d'achat le 20 décembre 2016 par crainte d'une baisse de l'euro par rapport au dollar a dû déchanter. Il a perdu 194 dollars sur un budget de 1.000 euros. Il est évidemment facile de dire, par après, que ce n'était pas le moment de convertir des euros en dollars.

Pile ou face

Peter Wuyts met en garde : des fluctuations aussi importantes sont l'exception plutôt que la règle. " Les devises exotiques comme le peso mexicain et le real brésilien sont plus volatiles, mais il n'existe pas de compte à terme en pesos ou en reals, ajoute-t-il. Les comptes à terme sont toujours en devises courantes. "

Prévoir l'évolution des taux de change revient à jouer à pile ou face, disait l'ex-président de la Fed Alan Greenspan. " Vous perdrez probablement plus souvent que vous ne gagnerez, fait remarquer Peter Wuyts. Le rendement potentiel en vaut-il la chandelle ? La banque facture évidemment les frais de change. " Prévoyez une marge de taux de change de 0,5 % minimum. Moins les montants sont importants, moins le prélèvement de la banque sera élevé.

L'investisseur qui a du mal à anticiper peut opter pour un compte à terme de deux semaines, mais pas sûr que cela en vaille vraiment la peine. Certaines banques permettent à leurs clients d'ouvrir un compartiment en monnaie étrangère, lié à leur compte à vue en euros. " L'argent reste sur le compte à vue jusqu'à ce que le client le réclame, le transfère ou le reconvertisse en euros ", explique un porte-parole de Belfius. Vérifiez toutefois que la banque ne facture pas de frais supplémentaires sur des opérations gratuites en euros mais payantes en devises étrangères.

10,5 %

C'est le rendement du fonds BGF Global Allocation Fund A2 en 2017 avec protection contre les fluctuations des taux de change.

- 0,8 %

C'est le rendement du fonds BGF Global Allocation Fund A2 en 2017 sans protection contre les fluctuations des taux de change.