Investir dans des actions qui distribuent des dividendes attractifs reste une manière relativement sûre de gagner de l'argent. De nombreuses études ont démontré que le rendement d'une action représente la majeure partie de la performance d'un portefeuille boursier sur le très long terme. A condition, bien entendu, de sélectionner des entreprises dont le rendement va être soutenable durant les prochaines années.
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Investir dans des actions qui distribuent des dividendes attractifs reste une manière relativement sûre de gagner de l'argent. De nombreuses études ont démontré que le rendement d'une action représente la majeure partie de la performance d'un portefeuille boursier sur le très long terme. A condition, bien entendu, de sélectionner des entreprises dont le rendement va être soutenable durant les prochaines années. Dans les conditions actuelles, investir sur les fonds à rendement élevé focalisés sur l'Europe permet de limiter le risque de change, de contrer l'impact de la hausse de l'inflation grâce au rendement, et de profiter de valorisations généralement attractives sur le Vieux Continent. Et le début de l'année 2022 semble donner raison à cette analyse, puisque la dizaine de fonds commercialisés sur le marché belge (affichant des encours supérieurs à 50 millions d'euros) ont généralement affiché une bonne résistance sur leur compartiment d'accumulation libellé en euro, avec un recul moyen limité à -7,8%. Soit une performance supérieure aux reculs compris entre 12 et 15% pour la plupart des grands marchés européens. Sur le long terme, cette gamme de fonds a toutefois connu des performances nettement moins attractives, avec notamment une progression annualisée moyenne de... 0,7% durant les cinq dernières années, et de seulement 6% sur une période de 10 ans. Investir sur les actions à dividende élevé peut en effet être assimilé à la thématique value, qui a très lourdement sous-performé les actions de croissance depuis la fin de la crise financière de 2008 et la mise en place des programmes de rachats d'actifs par les banques centrales. L'analyse des portefeuilles permet de tirer quelques enseignements. Premièrement, la taille est relativement modeste, avec un seul fonds dont les encours dépassent le milliard d'euros. Au niveau géographique, quelques pays concentrent l'essentiel des encours, notamment la France (24% des actifs sous gestion en moyenne) et le Royaume-Uni (21%), l'Allemagne (14%) et la Suisse (10%). Au niveau sectoriel, ce sont principalement les valeurs financières (BNP Paribas, Zurich Insurance, Allianz, Generali, Axa), les soins de santé (Roche, Novartis, AstraZeneca, GlaxoSmithkline, Novo Nordisk), les valeurs industrielles (Thales, BASF, Air Liquide) et la consommation (LVMH, Nestlé, Unilever, Danone) qui se taillent la part du lion dans les portefeuilles. A noter que tant au niveau sectoriel que géographique, les gestionnaires adoptent des expositions très différentes, certains privilégiant les valeurs britanniques ou françaises, d'autres étant davantage exposés sur les financières ou les soins de santé. Idem dans les capitalisations, puisque le pourcentage investi sur les grandes valeurs varie de 90% pour le fonds de BNP Paribas Asset Management à seulement 43% pour le fonds de Degroof Petercam Asset Management. En tête du classement depuis le début de l'année, nous trouvons d'ailleurs le fonds DPAM B - Equities Europe Dividend géré par Laurent Van Tuyckom. "Nous sommes rapidement passés d'un climat assez euphorique au début 2022, marqué par des projections de croissance bien meilleures qu'elles ne l'avaient été depuis longtemps, vers un environnement où le marché anticipe déjà la prochaine récession. Dans ce contexte, la performance des valeurs du secteur des soins de santé a été soutenue dans un contexte de visibilité réduite sur la macroéconomie, avec une prime qui atteint des records par rapport au reste du marché. Dans le même temps, les valeurs cycliques non financières ont corrigé très lourdement (à l'exception des matières premières) et certaines valeurs se négocient actuellement sur des niveaux proches de ceux enregistrés au début de l'épidémie de Covid-19. Des niveaux qui ne tiennent pas compte des soutiens structurels pour ces secteurs, notamment les investissements dans le cadre du changement climatique." Laurent Van Tuyckom estime que les conditions actuelles du marché présentent des opportunités attractives pour les gestionnaires. "Même si un ralentissement économique en Europe semble plausible, une récession est peu probable tant que des risques extrêmes (rationnement de gaz) ne se matérialisent pas. Mais le niveau historiquement faible des valorisations pour certains segments industriels semble d'ores et déjà incorporer un contexte récessif. Cette asymétrie est aujourd'hui une source d'opportunités, et il faut rappeler que les meilleurs moments pour investir en Bourse se présentent toujours durant les périodes d'incertitudes maximales, comme ce fut le cas en mars 2009 (crise financière) et en mars 2020 (épidémie de Covid-19)". Dans ce contexte, Laurent Van Tuyckom rappelle qu'un investisseur sur les actions à dividende doit tenter de ne pas se focaliser sur le contexte économique mais plutôt d'analyser les risques fondamentaux et la capacité de soutenir la génération de trésorerie et de verser des dividendes pour les sociétés fortement décotées. "Un grand nombre de sociétés affichent aujourd'hui des bilans et des marges saines, et semblent bien équipées pour faire face aux conditions économiques plus difficiles." De son côté, Robert David gère le fonds NN (L) European High Dividend, qui affiche la deuxième meilleure performance depuis le début 2022, et une des meilleures durant les trois dernières années. "Investir sur le rendement a été négligé par le reste du marché depuis plusieurs années. De notre côté, nous avons cherché à adapter notre stratégie afin de limiter les facteurs qui pénalisaient notre performance, et nous avons été généralement plus actifs dans la gestion de nos positions." Une méthode a été par exemple d'éliminer les biais comportementaux dans la gestion du fonds. "On a toujours tendance à ne pas vouloir vendre une position sur laquelle on a beaucoup travaillé avant de la rentrer en portefeuille, car il est difficile d'accepter que l'analyse qui en a été faite était mauvaise ou que quelque chose s'est mal passé, poursuit le gestionnaire. Mais nous devrons désormais revoir nos hypothèses si la sous-performance d'une ligne devient très importante par rapport au reste du portefeuille.De même, si une position n'a pas donné de bons résultats au bout d'un certain temps (15 à 60 mois), nous reverrons aussi notre copie." La guerre en Ukraine n'a pas fondamentalement changé la donne pour le fonds géré par Robert David. "D'un point de vue des marchés, la politique des banques centrales et l'évolution des rendements obligataires restent beaucoup plus importants. Avant même l'invasion, nous avions déjà commencé à devenir plus prudents sur certaines valeurs cycliques dans un contexte de hausse des taux obligataires. Notre portefeuille est aujourd'hui positionné sur des valeurs plus défensives, notamment dans le domaine de la consommation ou de la distribution".