Avec la campagne Onze spaarcenten voor hun toekomst ("nos économies pour leur avenir"), l'ASBL néerlandophone Grootouders voor het Klimaat veut informer ses sympathisants sur la manière d'opérer des choix financiers durables. En Belgique, "65% du patrimoine financier est détenu par des personnes âgées de plus de 55 ans. On parle de plus de 900 milliards d'euros, calcule Frans De Clerck, ambassadeur de cette ASBL. Les grands-parents ont des ressources, qu'ils se doivent d'utiliser d'une manière responsable. Nous voulons accentuer davantage encore la prise de conscience à ce sujet."
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Avec la campagne Onze spaarcenten voor hun toekomst ("nos économies pour leur avenir"), l'ASBL néerlandophone Grootouders voor het Klimaat veut informer ses sympathisants sur la manière d'opérer des choix financiers durables. En Belgique, "65% du patrimoine financier est détenu par des personnes âgées de plus de 55 ans. On parle de plus de 900 milliards d'euros, calcule Frans De Clerck, ambassadeur de cette ASBL. Les grands-parents ont des ressources, qu'ils se doivent d'utiliser d'une manière responsable. Nous voulons accentuer davantage encore la prise de conscience à ce sujet." D'où la publication, ce mois-ci d'un guide Op weg naar duurzaam sparen en beleggen ("pour une épargne et des investissements durables"), rédigé par quatre grands-parents engagés, spécialistes du secteur financier. Frans De Clerck, par exemple, a participé à la naissance de la Banque Triodos en Belgique et de la Global Alliance for Banking on Values, réseau mondial composé des banques les plus durables. "Cela fait 35 ans que je plaide pour la mise en place d'un système financier plus durable. Si vous mentionnez cela dans votre article, ajoutez que nous n'avons plus 35 ans devant nous pour sauver le climat!", soupire-t-il.Pour Guy De Koninck, son compère, le sujet préoccupe réellement les gens de leur génération. Guy De Koninck souligne l'importance de l'investissement durable: "A chacun de voir ce qu'il peut faire, dans les limites de ses capacités et à son niveau. Nous cherchons avant tout à susciter la réflexion. 'Qu'est-ce que je veux? ' Chacun peut accorder une importance différente aux divers aspects de la responsabilité sociétale. Mais des études montrent que c'est probablement ce que l'on fait de son argent qui a le plus d'influence ; et ça, c'est à la portée de chaque grand-parent". "La manière dont énormément de gens gèrent leurs finances ne correspond pas à leurs valeurs, pointe Frans De Clerck, coauteur de l'ouvrage. Certains se nourrissent ou se déplacent d'une manière socialement très responsable, par exemple ; en revanche, ils ne se préoccupent pas de ce qui est fait de leur argent." Grootouders voor het Klimaat fait peut-être mentir toutes ces études qui affirment que les jeunes générations sont plus engagées en faveur du développement durable que leurs aînées. Quoi qu'il en soit, il reste fort probable qu'un jour, vos enfants ou petits-enfants vous demanderont ce que vous aurez fait, financièrement, en faveur du climat. Voici quatre voies possibles pour y répondre. Une première piste consiste à dialoguer. "Beaucoup de gens ont commencé à investir il y a 40 ans sous l'impulsion de la loi Cooreman-De Clercq (qui visait à inciter les Belges à investir en Bourse, Ndlr), rappelle Frans De Clerck. Le message des banques était le suivant: 'vous pouvez dormir tranquille, nous allons prendre soin de votre argent. Surtout, ne vous en occupez pas: les experts, c'est nous'. Peut-être que le public a pris cette recommandation un peu trop au pied de la lettre." L'important, pour Frans De Clerck, est en effet cette capacité qu'a l'investisseur d'influer sur le secteur financier. "Inutile de clouer votre banquier au pilori, mais maintenez la pression, en dialoguant. Le secteur financier doit changer. Les objectifs doivent être plus ambitieux. Parler de développement durable, c'est exercer une force. Je pense que c'est important. Même s'ils sont formés pour vendre, les banquiers sont des êtres humains. Ils doivent nécessairement se demander comment appréhender le problème. C'est ainsi que les discussions commerciales pourront évoluer vers un dialogue sensé sur l'investissement durable." Guy De Koninck souligne qu' il n'est pas indispensable d'être riche: "Pour chaque produit financier, il est possible de s'enquérir de l'existence d'une variante durable. Ceux qui peuvent économiser un peu pourront opter pour des comptes d'épargne qui investissent les dépôts d'une manière responsable. Les gens qui travaillent encore peuvent demander si l'assurance groupe souscrite par l'employeur investit de manière durable. Poser ce genre de questions est à la portée de tous". Une autre approche est celle qui consiste à pouvoir dire que votre argent n'a pas contribué à la problématique. "Il est possible de veiller à ce que les fonds n'aillent pas financer les combustibles fossiles, les entreprises qui violent les droits humains, celles qui commercialisent des armes, du tabac ou d'autres produits nuisibles encore. Pouvoir garantir cela, c'est déjà avoir fait un grand pas", estime Guy De Koninck.Pour aider le public à s'y retrouver, l'Europe a rédigé une liste d'activités économiques réputées durables. "Cette taxinomie est toutefois appelée à évoluer, note Frans De Clerck. Elle laisse encore trop de place au greenwashing - ces activités nocives recouvertes d'un vernis socialement responsable. Le tri doit être plus pointu, et cela prendra du temps. En attendant, il faut faire plus qu'exclure certaines activités. Beaucoup plus, même, à un certain nombre d'égards." Vous devriez également pouvoir rappeler à vos enfants et petits- enfants que vous avez toujours investi dans les entreprises les plus durables. "L'investissement responsable ne consiste pas seulement à exclure, mais aussi à soutenir des opportunités. Il s'agit d'un choix positif, qui revient par exemple à aider certaines entreprises à opérer des changements", énonce Guy De Koninck, qui insiste, ici également, sur l'importance des choix personnels. "Chacun doit identifier ce qui compte à ses yeux. Certaines personnes ont des opinions très tranchées, d'autres admettront un peu plus de nuance. Cela mène parfois à des discussions, et je pense que c'est sain. Tout le monde doit pouvoir s'y retrouver." Le jargon financier utilise le terme "best-in-class", qui désigne une stratégie d'investissement dans les entreprises les plus responsables, tous secteurs confondus (sauf ceux qui sont exclus). "Au cours des 20 dernières années, cette méthode a contribué à sensibiliser à la question du développement durable, car elle permet d'identifier les entreprises qui consentent le plus d'efforts", approuve Frans De Clerck. Qui précise: "On a souvent tendance à comparer, mais l'investissement durable est bien plus qu'une simple liste à cocher. Comme il est très difficile d'évaluer une entreprise ou d'analyser un marché entier, il faut faire confiance à des intermédiaires professionnels. Il faut donc se faire aider, tout en demeurant très critique". Dernière information, mais non des moindres, qu'il faudrait pouvoir communiquer aux générations suivantes: votre argent a servi à financer des solutions. "C'est l'inverse de l'exclusion, et peut-être la forme la plus aboutie de l'investissement durable, réfléchit Guy De Koninck. Evidemment, il est parfois plus facile de savoir ce que l'on ne veut pas - ce qui a en tout cas le mérite d'être clair."Pour le spécialiste, la première chose à faire est de bien réfléchir au risque que l'on est prêt à prendre et au rendement que l'on souhaite obtenir. Frans De Clerck opine: "Les nouveaux modèles et produits durables ont souvent énormément de difficultés à attirer suffisamment de capitaux. Ce sont, il est vrai, des investissements à très haut risque, qui ne conviennent pas à tout le monde". Le spécialiste recommande également de viser local. "Les gens souscrivent aisément les produits financiers proposés par les banques et les assureurs: ils investissent, puis ne se préoccupent plus de la question, constate Frans De Clerck. Mais investir dans son environnement immédiat fait partie des possibilités. Nous cherchons à attirer l'attention sur les entrepreneurs sociétaux qui ont besoin de fonds pour réaliser un projet local durable, par exemple. Par ailleurs, on peut prêter de l'argent, mais aussi, en donner ; c'est un choix comme un autre." "Ce que nous trouvons important, c'est la plus-value sociétale, conclut Guy De Koninck. Soutenir une coopérative ou une ASBL locale, c'est très concret."