Fin de l'année passée, les économistes des quatre grandes banques anticipaient le statu quo des intérêts générés par les comptes d'épargne en 2017. Or l'année venait à peine de commencer que se profilaient déjà les premières hausses de rendement des carnets d'épargne. Au 1er janvier, la petite banque d'épargne CKV a doublé son taux de base de 0,1 à 0,2 % et sa prime de fidélité de 0,15 à 0,3 %.

Ceci dit, il ne faut pas s'attendre à des relèvements de taux de la part des autres banques. Cette initiative est propre à CKV. " Cette action commerciale a pour but de récolter 5 à 10 millions d'euros. Reste à voir si elle sera efficace car l'inflation continue à rapporter plus ", confie son CEO Rudi Deruytter.

CKV est une petite banque qui a volontairement réduit le volume de l'épargne en en limitant le rendement. Fin 2016, les comptes de dépôt ne représentaient plus que 166 millions d'euros contre 233 millions d'euros en 2007. Rudi Deruytter explique qu'à l'instar de la plupart des autres banques belges, CKV était confrontée à un surplus de cash ces dernières années. Or un cash trop abondant est synonyme de pertes, pour CKV comme pour les autres banques.

" Si je veux déposer mon surplus de cash à la Banque centrale européenne, il m'en coûtera 0,40 %, voire jusqu'à 0,55 % si je le confie à une grande banque comme BNP Paribas Fortis ", poursuit Rudi Deruytter. Investir l'épargne dans des obligations d'Etat sûres de courte durée n'est plus une option non plus car ces obligations coûtent aujourd'hui plus cher aux banques qu'elles ne leur rapportent. Or les banques belges ne peuvent pas baisser le rendement des comptes d'épargne réglementés en dessous de zéro. Le minimum légal pour le taux base est de 0,01 % et pour la prime de fidélité de 0,1 %.

" L'épargne était trop importante par rapport à nos crédits dans notre bilan ", explique Rudi Deruytter. Dépôts et crédits doivent effectivement s'équilibrer dans le bilan des banques. La banque ouest-flandrienne a aujourd'hui l'opportunité d'acquérir deux portefeuilles de crédit à des conditions avantageuses. " Il faut disposer de suffisamment de cash pour ce faire, commente Rudi Deruytter. Une action épargne est la meilleure façon de rassembler rapidement le cash nécessaire. "

Dix carnets de dépôt rapportent davantage que le compte CKV sur le marché actuel. Mais la banque d'épargne de Waregem offre le taux d'intérêt le plus élevé sur un compte sans condition, quel que soit le montant ou la durée du dépôt. Sur les 13 banques qui promettent un intérêt de 0,5 % ou plus, huit imposent une sorte de plan épargne (voir tableau " Quinze comptes d'épargne sous la loupe ") qui restreint le montant que l'épargnant peut verser mensuellement. Dans certaines banques, le versement ne peut se faire que par un ordre permanent.

Les plans épargne offrent une prime de fidélité élevée et un taux de base assez bas. Trois des quatre grandes banques ont même abaissé le taux de base de leur plan épargne au minimum légal de 0,01 %. Le taux de base est proportionnel au nombre de jours où l'argent est resté sur le compte. Le décompte commence donc dès le premier jour.

La prime de fidélité n'est allouée que si les versements sont restés sur le compte pendant toute la période de fidélité, à savoir 12 mois consécutifs. Le gros inconvénient de ces plans d'épargne est de ne pouvoir verser et retirer de l'argent du compte qu'au compte-gouttes pour bénéficier de la prime.

1. L'intérêt le plus élevé

Deutsche Bank offre aujourd'hui le rendement total le plus élevé (1,5%) ainsi que le taux de base le plus élevé (1%). La seule façon d'alimenter un compte DB Saving Plan est un ordre permanent mensuel fixe avec un maximum de 500 euros soit 6.000 euros par an. Il ne faut pas chercher bien loin la raison pour laquelle Deutsche Bank offre plus que les autres banques. Cet intérêt élevé est un emplâtre sur une jambe de bois.

Le volume de l'épargne réunie par la banque internet a grossi de 30 % l'an dernier jusqu'à 700 millions d'euros.

A l'automne dernier, certains épargnants ont retiré leur argent de Deutsche Bank. En septembre, l'action avait plongé à cause de l'amende de 14 milliards de dollars infligée par les autorités américaines pour pratiques frauduleuses lors de la vente de crédits toxiques pendant la crise financière mondiale de 2008. Cette mesure particulièrement sévère aurait pu mettre la banque en difficulté mais la Deutsch Bank a finalement réussi à négocier le montant de l'amende à 7,2 milliard d'euros, soit un peu plus de la moitié du montant initialement exigé. Tous les problèmes de Deutsche Bank ne sont pas résolus pour autant mais si cela suffit pour rassurer les investisseurs, les épargnants peuvent eux aussi dormir sur leurs deux oreilles.

Combien d'épargnants cette amende exorbitante a-t-elle fait fuir ? Deutsche Bank ne donne aucun chiffre. Fin juin, elle totalisait encore 10,6 milliards d'euros sur ses comptes d'épargne belges et se classait en 8e position dans notre pays. Il n'est pas rare pour une banque, en pareille situation, de 'perdre' 10 % de l'argent déposé sur les carnets d'épargne. Mais une fois le calme revenu, l'argent 'perdu' revient tout aussi vite.

Beobank offre la prime la plus élevée (1%) et le rendement total le plus avantageux après Deutsche Bank. Beobank autorise un versement mensuel de 750 euros maximum, soit 250 euros de plus que Deutsche Bank. Ici aussi, l'épargnant est obligé de verser à partir d'un compte à vue par un ordre permanent. Les autres plans épargne rapportent nettement moins.

2. Le rendement le plus rapide

Les deux comptes d'épargne non réglementés de MeDirect et Izola Bank n'ont rien à envier à la plupart des carnets d'épargne réglementés. Les comptes d'épargne non réglementés n'allouent pas de prime de fidélité. Le fait que ces comptes ne soient pas réglementés n'est pas sans conséquences. Ainsi par exemple, l'épargnant est redevable de 30 % de précompte mobilier sur les intérêts. En ce qui concerne les comptes non réglementés, le tableau renseigne le rendement net, c'est-à-dire après déduction du précompte mobilier.

Autre conséquence : la banque n'est pas tenue de verser l'intérêt une fois par an, généralement en fin d'année. MeDirect, par exemple, paie les intérêts tous les trois mois. Autrement dit, votre compte d'épargne rapporte plus vite que les autres comptes d'épargne. Notez toutefois que pour le compte ME3 de MeDirect, vous devez prévenir trois mois à l'avance si vous avez l'intention de récupérer votre argent. Autrement dit, votre épargne n'est pas directement disponible. MeDirect propose aussi un autre compte d'épargne non réglementé qui permet de retirer sa mise à tout moment : le compte d'épargne Express. Son rendement est toutefois nettement moindre, avec un intérêt net annoncé de 0,35 %. MeDirect est une banque belge qui prélève le précompte mobilier et le reverse au fisc belge.

Un seul taux transparent, un versement trimestriel des intérêts : le discours de MeDirect semble plaire aux épargnants belges. Le volume de l'épargne réunie par la banque internet a grossi de 30 % l'an dernier jusqu'à 700 millions d'euros. Il est évidemment plus facile de croître pour une petite banque que pour une grande banque (lire l'encadré " L'épargnant belge est fidèle aux grandes banques ").

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Si vous avez un compte à la banque maltaise Izola Bank, vous devez déclarer les intérêts dans votre déclaration d'impôt. Il s'agit en effet d'un compte étranger à faire enregistrer auprès du Point de contact central (PCC) de la Banque Nationale. L'épargne confiée à Izola Bank relève de la garantie de dépôt maltaise, celle confiée à MeDirect de la garantie de dépôt belge (lire l'encadré ci-dessus " Votre épargne est bien protégée ").

3. Le rendement éthique

Triodos Bank peut s'enorgueillir d'une croissance insolente sur le marché belge de l'épargne depuis quelques années. La banque néerlandaise totalise un peu moins d'un milliard d'euros. Depuis 2011, elle s'est vu confier près de 100 millions d'euros annuellement par les épargnants belges. Les autres banques néerlandaises comme NIBC Direct, Credit Europe et DHB, qui se faisaient remarquer par des taux élevés chez nous il y a quelques années, ont pour ainsi dire disparu du paysage. Difficile de tenir quand on casse les prix et pratique une politique de coûts quasi nuls. Les taux d'intérêt sont tellement bas, voire négatifs qu'il est quasi impossible pour les petites banques internet d'encore engranger des bénéfices sur les carnets d'épargne. Les banques qui se spécialisent dans les crédits ou la vente de produits d'investissement et d'assurance ont plus de facilité à maintenir leurs revenus.

Votre épargne est bien protégée

Votre épargne est garantie jusqu'à 100.000 euros par banque et par client dans toute l'Union européenne. L'institution bancaire est tenue de mettre de l'argent de côté dans un fonds pour assurer ses arrières en cas de faillite. Si l'argent du fonds est insuffisant, les autorités devront mettre la main à la poche. L'épargnant qui ne met pas tous ses oeufs dans le même panier n'a donc rien à craindre. A moins qu'il ne soit client d'une banque maltaise comme Izola Bank et qu'il craigne qu'un aussi petit pays n'ait pas les reins assez solides pour garantir la mauvaise gestion de ses institutions bancaires.

Dans certains pays, dont la Belgique depuis peu, certaines circonstances font l'objet d'une garantie de dépôt plus importante. Ainsi par exemple, si vous avez vendu votre habitation et déposé l'argent de la vente sur un compte d'épargne, vous pouvez prétendre à la garantie de dépôt au prorata de 500.000 euros jusqu'à six mois après la vente. Idem si vous avez déposé sur votre compte l'argent destiné à l'achat d'une habitation et si vous avez déjà signé le contrat de vente. D'autres scénarios de somme importante versée sur un compte d'épargne sont également possibles : indemnités de licenciement ou d'invalidité, épargne-pension, pension complémentaire, assurances-vie ou dédommagement des victimes d'actes criminels. Dans tous ces cas, vous bénéficiez d'une garantie sur votre épargne jusqu'à 500.000 euros pendant six mois.

Triodos et VDK sont les seules banques à proposer un carnet de dépôt éthique en Belgique. Après six ans, la société coopérative NewB n'a toujours pas réussi à mettre sur pied une nouvelle banque éthique. L'administrateur délégué Dirk Coeckelbergh y croit toujours mais le chemin qui mène à l'agrément bancaire est encore long. Aucun dossier n'a encore été introduit à la Banque nationale. " Un prototype de dossier devrait être présenté au conseil d'administration au cours des prochains mois. Une fois approuvé par le conseil, il pourra être soumis à l'organisme de contrôle ", explique Dirk Coeckelbergh. Cela prendra encore un an au moins. Pour le moment, la banque dispose d'un fonds de roulement suffisant grâce à l'injection de capitaux de plusieurs organisations l'été dernier. NewB a toutefois déjà lancé une sorte de carte de paiement éthique et une application éducative. La coopérative compte lancer l'an prochain la vente d'assurances, question de s'assurer ses propres revenus et de ne plus devoir compter sur le capital.

L'épargnant belge demeure fidèle aux grandes banques

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Les quatre plus grandes banques belges détiennent aujourd'hui 170 milliards d'euros de l'épargne des Belges, soit deux fois plus que l'ensemble des petites banques. Au lendemain de la crise bancaire de 2008, les Belges ont commencé à mieux répartir leur épargne entre les différentes banques et les grandes banques ont vu leur part de marché diminuer. La chute de Dexia en 2011 a rappelé une fois de plus la fragilité du secteur bancaire.

Les cinq challengers des grandes banques ont réussi à récolter plus d'argent que celles-ci au cours de ces cinq dernières années. Argenta, AXA, Crelan, Record Bank et Rabobank ont vu leurs carnets d'épargne grossir de 45 % soit 20 milliards d'euros. La Deutsche Bank n'a pas publié de chiffres fin décembre 2016. Du côté des quatre géants du secteur bancaire, BNP Paribas Fortis, Belfius, KBC/CBC et ING Belgique, l'épargne a gonflé de 21 %, soit 30 milliards d'euros.

L'épargnant n'a plus à craindre l'effondrement des grandes banques. Le gouvernement belge a montré qu'il serait toujours prêt à voler à leur secours. Sachez toutefois qu'en Europe, au-delà de 100.000 euros par banque et par client, l'épargne n'est pas garantie en cas d'éventuel sauvetage par l'Etat.

La nouvelle tendance qui consiste à convertir les comptes d'épargne réglementés en comptes d'épargne non réglementés est plus inquiétante par contre. En octobre dernier, les chiffres du marché de la Banque nationale ont chuté de 6,8 milliards d'euros, un recul presque entièrement dû à un effet technique. KBC et CBC ont converti pour 6,22 milliards d'euros de comptes d'épargne réglementés de leur clientèle d'entreprises en comptes d'épargne non réglementés. L'intérêt minimum légal ne s'applique pas aux comptes d'épargne non réglementés et peut donc être nul, voire négatif. BNP Paribas Fortis envisage une opération similaire pour le mois de mars. En pratique, cette conversion ne concerne que les personnes morales : les petites entreprises et les indépendants fonctionnant avec le statut de sprl. En théorie, cette conversion est également possible pour les particuliers.