L'économie allemande connaît des conditions très favorables ces derniers mois, avec une accélération de l'activité économique qui n'a pas provoqué une poussée de l'inflation. Dans le même temps, la force de l'euro face au dollar devrait permettre d'atténuer l'impact de la hausse des cours du pétrole sur les derniers mois. " Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) ne semble disposer que d'une marge de manoeuvre faible en vue d'adopter une normalisation agressive de sa politique monétaire ", souligne Robert Smith, de Barings Asset Management.

Tim Albrecht, gestionnaire de fonds chez Deutsche Asset Management, indique que " les entreprises que nous rencontrons confirment que les clients sont aujourd'hui surtout intéressés pour réaliser de nouveaux investissements et augmenter leurs capacités de production ". Il indique également que le niveau actuel du dollar ne constitue pas encore une inquiétude et constate que la force de l'euro face au dollar depuis 1991 n'a pas empêché les exportations allemandes de progresser. " En outre, nous pensons plutôt que le billet vert sera soutenu par la poursuite du resserrement monétaire aux Etats-Unis. " Dans ce contexte, Tim Albrecht estime que la croissance bénéficiaire devrait se maintenir au-dessus de 10 % pour cette année.

Leader

Le meilleur fonds en grandes capitalisations allemandes disponible en Belgique est Baring German Growth, un produit qui existe depuis près de 20 ans. Robert Smith apprécie les actions en forte croissance et financièrement saines. Le portefeuille est diversifié sur 82 positions mais il est fortement concentré sur les 10 principales (notamment Siemens, SAP, BASF, Airbus, Allianz, Henkel ou Bayer) qui pèsent plus de 40 % des actifs sous gestion. Le reste du portefeuille visé est exposé pour environ 30 % des actifs sous gestion sur les entreprises dont la capitalisation ne dépasse pas les 10 milliards d'euros. " Ces sociétés constituent la colonne vertébrale de l'économie allemande et ce groupe regorge de sociétés qui détiennent toutes les qualités que nous recherchons. "

Derrière le fonds de Barings, deux autres produits sortent largement du lot chez Deutsche Asset Management et chez Fidelity. La stratégie d'investissement du fonds Deutsche Invest German Equities se base sur une solide équipe d'analystes et de gestionnaires qui gère environ 16 milliards d'euros en actifs. La sélection de positions individuelles contribue de manière significative à la performance du fonds, avec, ici aussi, une proportion importante investie sur les petites et moyennes capitalisations. " Notre stratégie peut surpondérer les valeurs de croissance ou les actions décotées selon les conditions du marché. " Le fonds surpondère actuellement des secteurs comme les industrielles, les technologiques ou les valeurs financières, tout en se montrant relativement prudent sur les soins de santé, l'immobilier et les biens de consommation.

Pour Barbara Claus, analyste chez Morningstar, le fonds géré par Tim Albrecht est un de ses préférés pour s'exposer sur les actions allemandes : " Il a systématiquement surperformé le reste du marché depuis 15 ans en dépit d'une volatilité plus élevée que la moyenne ". Elle donne également un avis favorable sur le fonds Fidelity Funds - Germany : " La performance du fonds reste largement au-dessus de la moyenne et Christian von Engelbrechten a démontré une connaissance approfondie des sociétés qu'il détient en portefeuille ".

Croissance forte

La stratégie du fonds Fidelity Fund - Germany vise également à rechercher des sociétés de qualité (rentabilité supérieure à la moyenne) affichant une croissance structurelle forte, et fait également la part belle aux moyennes capitalisations. Le portefeuille sera également plus concentré, avec seulement 36 positions, et près de 60 % des actifs sous gestion concentrés sur les 10 premières lignes individuelles. " Notre fonds aura tendance à se comporter de manière très différente par rapport aux grands indices boursiers allemands et nous aurons un turn-over relativement limité, indique Christian von Engelbrechten, le manager du fonds. J'apprécie détenir une société et l'accompagner dans sa croissance, comme par exemple United Internet, une société qui fut une des premières dans laquelle j'ai investi lorsque j'ai repris la gestion du fonds en 2011. "

Il constate toutefois que la performance de son fonds est restée en retrait depuis le début 2017 par rapport à ses principaux concurrents, " car le marché a surtout été soutenu par des actions de faible qualité qui ont profité d'un contexte économique plus favorable et d'un renouveau d'appétit pour la prise de risque chez les investisseurs. Nous ne pensons toutefois pas que cette amélioration conjoncturelle synchronisée sera soutenable. Le balancier devrait revenir prochainement vers des actions affichant une croissance de meilleure qualité ". Parmi les secteurs que Christian von Engelbrechten apprécie, il pointe notamment les soins de santé (Fresenius et Fresenius Medical Care), la technologie (SAP, Infineon, United Internet) ou les médias (ProSieben). A l'inverse de plusieurs de ses collègues, il reste optimiste quant aux perspectives pour les immobilières, et souligne que le marché allemand reste très étroit, avec des loyers qui devraient continuer à progresser rapidement tandis que le taux de vacance continuera à se replier dans un marché très fragmenté.

Valorisation

Dans un récent papier de recherche, Robert Smith soulignait que le marché allemand reste valorisé de manière attractive et qu'il est encore possible de trouver des opportunités attractives sur le marché en dépit de la hausse des cours depuis le début de l'exercice 2017. " Nous pensons même que 2018 pourrait s'avérer encore meilleur, notamment en raison de l'important excédent budgétaire qui devrait permettre d'abaisser la pression fiscale pesant sur l'économie allemande. " Il souligne toutefois que le Brexit pourrait entraîner des conditions moins favorables en 2019 et qu'il pourrait alors être temps de se repositionner vers des entreprises plus défensives.

Tim Albrecht est tout aussi optimiste et souligne que la tendance haussière est en place depuis 2009 mais que " la progression n'a pas été exceptionnellement élevée par rapport aux autres grands marchés haussiers du passé, et que le rapport cours/bénéfice du marché reste globalement en ligne avec les niveaux historiques ". Il ajoute : " Nous pensons que les fondamentaux économiques favorables devraient encore supporter les cours pendant six à huit trimestres, avec un indice DAX qui pourrait grimper vers 14.000 ou 15.000 points ".

Christian von Engelbrechten est, pour sa part, plus prudent et estime que la hausse de la valorisation n'a pas été suivie par une hausse des attentes bénéficiaires : " Le marché a beaucoup anticipé, notamment dans le domaine des valeurs cycliques et des sociétés exportatrices. Nous sommes également sous-pondérés sur les producteurs d'automobiles, qui ont augmenté leur production plus rapidement que la demande et qui vont devoir investir massivement pour rattraper leur retard dans les voitures électriques, ce qui fera nécessairement pression sur les marges ".