Depuis le début de la pandémie, les sociétés biopharmaceutiques se sont lancées dans une véritable course contre la montre. Du côté des traitements, les résultats sont jusqu'à présent plutôt décevants. Pour les cas bénins à modérés, les recommandations se limitent à gérer les symptômes (fièvre, etc.). La dexaméthasone, un corticostéroïde générique produit par une dizaine de laboratoires, n'est recommandée que dans les cas graves et critiques ; l'étude britannique Recovery a en effet démontré qu'elle permettait de réduire la mortalité de 29% quand elle était administrée aux patients intubés.
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Depuis le début de la pandémie, les sociétés biopharmaceutiques se sont lancées dans une véritable course contre la montre. Du côté des traitements, les résultats sont jusqu'à présent plutôt décevants. Pour les cas bénins à modérés, les recommandations se limitent à gérer les symptômes (fièvre, etc.). La dexaméthasone, un corticostéroïde générique produit par une dizaine de laboratoires, n'est recommandée que dans les cas graves et critiques ; l'étude britannique Recovery a en effet démontré qu'elle permettait de réduire la mortalité de 29% quand elle était administrée aux patients intubés. Sciensano évoque aussi, en complément, le remdesivir de Gilead pour ces cas graves, mais les résultats des études sont assez mitigés. Si le groupe américain a pu relever de 2 milliards de dollars son chiffre d'affaires annuel prévisionnel, c'est ceci dit surtout grâce à la précommande de 500.000 doses de remdesivir par les autorités américaines. Pour une entreprise de cette taille, les retombées restent assez limitées et en Bourse, le titre a perdu l'ensemble des gains engrangés au premier semestre. Quant au regeneron, il a été sous le feu des projecteurs après que Donald Trump en a bénéficié à titre expérimental ; les études d'envergure n'ont toutefois pas encore eu lieu et le potentiel commercial de ce traitement est limité par les difficultés de production (il faut prélever les anticorps de survivants du Covid-19) et par son coût élevé. Pour le secteur de la pharma, les vaccins anti-Covid apparaissent donc beaucoup plus prometteurs. Josh Schimmer, analyste pharma chez Evercore ISI, estime ce marché à 100 milliards de dollars. George Farmer, analyste chez BMO Capital Markets, évoque un chiffre moins ambitieux de 30 milliards de dollars. Quoi qu'il en soit, le montant est colossal, pour un marché des vaccins qui a enregistré pour 42,7 milliards de dollars de ventes en 2019, selon le bureau indien BlueWeave Consulting. Fort de son partenariat avec l'université d'Oxford, le groupe britannique Astra Zeneca menait jusqu'ici la course au vaccin anti-Covid. Il a toutefois dû interrompre sa vaste étude de phase 3 début septembre, après le malaise d'un patient. Ses études ont depuis pu reprendre au Royaume-Uni, en Inde, au Brésil, en Afrique du Sud et au Japon, mais pas aux Etats-Unis. Pascal Soriot, le PDG français de l'entreprise, estime qu'AstraZeneca pourrait livrer les premières doses dès cette année. Ce qui ferait le bonheur de la Belgique, qui a réservé 7,5 millions de doses d'AZD1222. Pour les actionnaires, l'enjeu financier est limité : AstraZeneca a privilégié la sécurité, en obtenant des financements et une immunité juridique (partielle) en échange d'un prix de vente de 2,50 euros à peine, soit un prix coûtant. Janssen Pharmaceutica, filiale belge du géant américain Johnson & Johnson (JNJ), a dû lui aussi interrompre sa vaste étude de phase 3 après qu'un participant soit tombé malade. A l'heure où nous rédigeons ces lignes, nous ne savons pas si, et quand, elle pourra reprendre. Des experts sont chargés de déterminer si la maladie est liée au vaccin. JNJ a obtenu une précommande de 100 millions de doses, pour la somme d'un milliard de dollars, de la part des Etats-Unis. L'Union européenne a réservé 200 millions de doses, plus 200 millions en option. Outre les incertitudes qui entourent la poursuite des recherches, les effets pour l'actionnaire seront limités par l'étroitesse de la marge (JNJ évoque une vente à prix coûtant dans un premier temps) et par la taille du groupe. Le géant américain génère un chiffre d'affaires de plus de 80 milliards de dollars par an... qu'un vaccin contre le Covid-19 lui permettrait de protéger. Ses ventes avaient chuté de plus de 10% au deuxième trimestre. Les analystes restent très confiants à l'égard de JNJ, avec un avis moyen d'acheter et un objectif de 167 dollars. La Commission européenne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont commandé aux deux groupes biopharmaceutiques 460 millions de doses au total. Sanofi a fait savoir que le prix pourrait se situer juste sous les 10 euros, en fonction des coûts de production précis. Les autorités ont en effet apporté des financements et partagé les risques, ce qui réduit le potentiel de rentabilité. Sanofi et GSK sont par ailleurs plutôt en retard, puisqu'ils n'en sont toujours qu'en phase 1 et 2. Le géant américain Pfizer collabore avec la société allemande BioNTech pour développer un vaccin de type ARN, le même que les vaccins utilisés dans le cadre des immunothérapies contre le cancer. Son utilisation dans le cadre d'une maladie infectieuse serait une première. Albert Bourla, CEO de Pfizer, a promis une indication des résultats de phase 3 pour la fin octobre. En cas de succès, les partenaires livreraient les 100 premiers millions de doses aux Etats-Unis en décembre, pour 1,9 milliard de dollars. Pfizer et BioNTech vendraient leur vaccin moyennant une marge bénéficiaire qui serait importante pour BioNTech, dont le titre a été multiplié par six en un an. La capitalisation boursière de plus de 20 milliards de dollars semble exagérée, mais un succès permettrait à la société allemande de financer ses nombreux programmes en oncologie. Il redorerait aussi l'image de Pfizer, dont la recherche a mauvaise réputation sur les marchés, d'où un titre assez bon marché à 12,5 fois les bénéfices. Le vaccin de type ARN de Moderna a été le premier à entrer dans la dernière phase des études cliniques. Depuis, le programme a accumulé les retards. Les résultats sont désormais attendus pour la fin de l'année, pour des livraisons début 2021. Stéphane Bancel, CEO de Moderna, a précisé que l'ARNm-1273 ne serait probablement pas largement disponible avant le second semestre de 2021. Voilà qui a de quoi tempérer l'enthousiasme de Josh Schimmer, qui faisait état de 40 milliards de dollars de ventes, sur la base d'un prix de 35 dollars la dose. Le vaccin développé par Novavax est réputé potentiellement le plus immunogène. Bien qu'elle ait engendré des effets indésirables (maux de tête, douleurs musculaires, etc.), cette double injection n'a provoqué aucun événement grave jusqu'à présent. Novavax a lancé fin septembre la phase 3 de son étude au Royaume-Uni, pour laquelle elle espère un recrutement très rapide. La biotech développe sa capacité de production, pour atteindre 2 milliards de doses par an à la mi-2021. Elle a bénéficié d'un financement de 1,6 milliard de dollars de la part des Etats-Unis pour 100 millions de doses, soit 16 dollars la dose. Eu égard à sa capitalisation boursière de 6,8 milliards, Novavax recèle un potentiel certain en cas de succès. La société développe aussi des vaccins contre la grippe et le virus respiratoire syncytial, notamment.