Depuis le début de l'année, la croissance a été particulièrement significative sur les ETF (fonds indiciels coté en Bourse) obligataires, explique d'emblée Charles Symons, responsable des produits iShares en Belgique. Chez nous, les encours sont passés de 700 milliards de dollars à la fin de l'année dernière à près de 1.000 milliards de dollars durant le premier semestre de 2019 ". Le gestionnaire souligne également qu'il existe aujourd'hui deux ETF obligataires sur les marchés européens dont les actifs sous gestion ont dépassé les 10 milliards de dollars, tandis que les actifs sous gestion européens atteignent désormais 137 milliards de dollars. Ce succès trouve son origine dans plusieurs éléments. " Tout d'abord, nous proposons une gamme de produits de plus en plus étendue, avec une cinquantaine d'ETF obligataires qui permettent d'avoir des expositions de plus en plus précises sur les différentes zones du marché, en termes de devise, de qualité de crédit ou de maturité. "

Baisse des coûts

Charles Symons souligne également que de nouveaux utilisateurs d'ETF obligataires ont fait leur apparition ces dernières années. D'un côté, les gestionnaires de fonds obligataires utilisent de plus en plus souvent les fonds indiciels pour rentrer rapidement sur un marché spécifique à moindre frais dans le cadre d'une prise de décision tactique sur les marchés obligataires. " Construire un portefeuille obligataire en lignes individuelles coûte cher dans un environnement où les rendements obligataires sont sous pression. Utiliser des ETF permet d'avoir rapidement une diversification large sur un grand nombre d'émissions. "

" Les gestionnaires de fonds mixtes utilisent également de plus en plus d'ETF obligataires, ce qui leur permet de concentrer leurs efforts de gestion vers la poche actions. " Dans le même ordre d'idées, les ETF sont également utilisés pour gérer les afflux d'encours qui arrivent dans une stratégie. " A court terme, il est parfois difficile de trouver suffisamment de papier pour placer 100 millions d'euros en ligne directe, et acheter un ETF obligataire permet d'avoir rapidement une diversification attrayante, " rappelle Charles Symons. Ce type de comportement est de plus en plus prévalent dans un environnement où les banques ne fournissent plus de liquidité sur le marché. " Nous remarquons également que ces prises de position tactiques avec des ETF ont parfois tendance à rester plus longtemps que prévu dans les portefeuilles ", poursuit le gestionnaire.

Charles Symons "Les ETF sont devenus un vrai outil de gestion à court terme, également de plus en plus utilisé par des acteurs publics tels que les gouvernements ou les banques centrales." © pg

Liquidités

Enfin, les entreprises font également de plus en plus souvent appel aux ETF obligataires pour la gestion de leurs liquidités, dans un environnement où la détention de cash est particulièrement pénalisée par la politique menée par la Banque centrale européenne. " Au lieu de perdre 0,5% sur l'argent placé sur les comptes à vue, il devient attrayant de prendre un peu de risque sur les emprunts souverains à très court terme. C'est une solution devenue très populaire chez les trésoriers des grandes entreprises, ce qui nous a poussés à revoir à la baisse les tarifs sur ces produits. " De même, les fonds actifs ont également tendance à placer de plus en plus souvent leur cash dans des ETF obligataires à court terme.

La croissance importante des ETF obligataires vient aussi du manque de structure du marché, qui reste encore très largement décentralisé. Utiliser ces produits permet de faire baisser les coûts de manière de plus en plus importante. " Les ETF sont devenus un vrai outil de gestion à court terme, également de plus en plus utilisé par des acteurs publics tels que les gouvernements ou les banques centrales ", souligne le responsable d'iShares.

Dès lors, il estime que la croissance du marché des ETF obligataires est appelé à se renforcer dans un environnement où les taux vont rester bas, notamment en raison d'une base de clientèle qui a tendance à s'élargir de plus en plus. " Et même si les taux venaient à se redresser, nous n'aurons pas nécessairement un impact négatif sur le marché, car la gamme d'outils est aujourd'hui tellement large qu'il est possible d'adopter un grand nombre de stratégies à un coût attractif. "

Marché belge

Charles Symons souligne que la croissance du marché des ETF en Belgique est venue surtout des fonds de fonds et des gestionnaires obligataires. " Par contre, l'impact de MiFID II n'a pas été aussi important que prévu, car le secteur de la banque privée avait bien préparé sa clientèle à l'avance. En outre, le rebond des marchés durant le premier semestre n'a pas contribué à faire bouger significativement les lignes. " La croissance hors effets de marché a atteint 30% durant les 12 derniers mois.

Charles Symons indique également que les banques prêtent de plus en plus d'attention aux coûts sur les portefeuilles des clients. " Il fait de moins en moins de sens de gérer les portefeuilles avec des lignes individuelles, sauf pour les clients prêts à payer pour ce type de gestion. Il faut aujourd'hui adapter les portefeuilles en fonction de leurs besoins, et peu de clients ont véritablement besoin d'avoir toutes les options à leur disposition. "

Enfin, au niveau des clients retail, la progression des volumes sur les ETF concerne essentiellement des courtiers en ligne. " Pour le particulier, cela reste difficile de se voir conseiller ce type de solutions lorsqu'on se présente au guichet de sa banque. Et s'il achètent un ETF chez son banquier, il paiera des frais d'entrée qui représenteront 10 fois la commission annuelle payée sur le produit. "

Tendance soutenable

Parmi les autres tendances actuelles sur le secteur des ETF, Charles Symons repère des flux croissants vers les produits soutenables, avec ici aussi une gamme en expansion croissante sur ce segment. " Nous optimalisons certains indices en retirant les mauvais élèves, ou en surpondérant les sociétés qui affichent les meilleures notes ESG. Nous avons ainsi créé des produits qui vont limiter leur empreinte écologique, avec un niveau d'émission de CO2 qui sera par exemple 30% en dessous de l'indice MSCI correspondant. "

Le gestionnaire explique également suivre attentivement les développements autour du label durable actuellement mis en place par Febelfin, la fédération belge du secteur financier. " Nous avons clairement l'intention d'avoir une offre à ce niveau, et de disposer des produits qui seront les meilleurs du marchés pour les prochaines années. " Il constate également que la croissance des ETF durables a tendance à se généraliser en Europe. " Les produits conçus initialement pour les clients belges afin de remplir le cahier des charges des indices Febelfin sont en train d'être exportés vers les Pays-Bas ou la Scandinavie."

Thématiques

Enfin, si le secteur des ETF actions est moins favorable ces derniers mois, deux segments continuent toutefois de connaître une croissance soutenue. " Les ETF Smart Beta sont devenus attractifs, et plus particulièrement les solutions à faible volatilité qui sont appréciées par les gestionnaires de fonds de pension qui peuvent augmenter leur exposition sur les marchés boursiers avec un impact moindre sur le budget de risque. "

La gestion thématique est également un cheval de bataille pour un acteur tel qu'iShares, avec des actifs sous gestion qui sont déjà significatifs pour certains produits (notamment 1,8 milliard de dollars sur l'ETF Robotique), avec de nombreux autres produits qui devraient étendre la gamme durant les prochains mois. " Notre approche est assez originale. Nous avons identifié 1.600 sous-secteurs dans le monde et nous lançons des produits assez concentrés et équipondérés (80 lignes pesant chacune 1,25%) afin d'être certain d'avoir une exposition sur les futurs vainqueurs de chaque segment ".