Les stratégistes en avaient fait une de leurs classes d'actifs préférées pour l'année 2017, la politique inflationniste de Donald Trump devant soutenir le niveau des prix au niveau américain. Depuis le début de l'année, les fonds investis en obligations souveraines indexées sur l'inflation ont toutefois été en retrait.

Institutionnels

Pour rappel, le secteur des obligations indexées sur l'inflation est essentiellement un sous-marché du marché des obligations souveraines. Seul un petit nombre de pays développés (dont l'Allemagne, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Italie) et quelques pays émergents proposent régulièrement de telles émissions dont le coupon évoluera avec l'indice des prix. Il ne s'agit donc clairement pas d'un marché qui aura la profondeur ou la diversité d'un fonds investissant en obligations internationales. Cette classe d'actifs n'est en outre vraiment accessible que par l'intermédiaire des fonds de placement, le ticket d'entrée des émissions souveraines étant hors de la portée d'un particulier.

Sur les trois dernières années, ce sont les fonds exposés internationalement en dehors de l'Europe qui ont enregistré les meilleures performances, tandis que les fonds exposés uniquement sur les émissions en euros ont peiné à dépasser une progression annuelle de 3 %. A noter également qu'en achetant un tel produit couvert sur le dollar (et donc en profitant du mouvement de hausse du billet vert), il aurait été possible d'enregistrer une progression de 14 % sur les trois derniers exercices, en particulier pour les fonds de Schroders, Axa IM et BlackRock.

© DR

Rattrapage

Jusqu'au milieu 2016, le spectre d'une déflation au niveau global avait été alimenté par le ralentissement de la croissance mondiale et par les politiques monétaires menées par les grandes banques centrales. " Les événements politiques inattendus survenus en 2016 ont été le point de départ de cette remontée de l'inflation, souligne Jonathan Baltora (Axa Investment Managers). Et ce sont les maturités les plus longues qui ont le plus profité de cet renversement de tendance. "

Avec pour conséquence une performance plus que satisfaisante pour cette classe d'actifs, les meilleurs produits prenant en moyenne 4,5 %, et 11 % si le produit était couvert en dollars. Pour de nombreux stratégistes, cette remontée de l'inflation sera en mesure de se maintenir durant les prochains trimestres. " Le manque d'efficacité des politiques monétaires a poussé les politiques à se tourner vers d'autres mesures de stimulation de l'économie, souligne Michael Lake (Investment Director - Fixed Income, chez Schroders). Des politiques fiscales de grande ampleur vont entraîner des investissements publics dans l'infrastructure ou des mesures de stimulation fiscale, qui auront dans l'ensemble un impact positif sur l'inflation. "

Soutiens

Pour Andrea Iannelli (Investment Director - Fixed Income, chez Fidelity), les perspectives restent globalement favorables : " Depuis le début de l'année, les obligations indexées sur l'inflation ont réalisé des performances inférieures aux obligations souveraines classiques en dépit de la tendance haussière sur les indices des prix. Les incertitudes ont permis de contenir la hausse des taux ". Aux Etats-Unis, les attentes d'inflation se sont légèrement modérées dans l'attente d'avoir plus de clarté quant aux nouvelles réformes fiscales.

" La croissance de l'indice des prix à la consommation (CPI) a permis de maintenir un intérêt élevé dans la classe des obligations américaines indexées sur l'inflation, une tendance qui devrait se maintenir alors que le CPI devrait dépasser les 2,5 % durant les prochains mois ", indique encore Andrea Iannelli. En Europe, il souligne que les interrogations politiques (notamment en France) ont fait grimper les taux obligataires : " L'agenda politique chargé de ces prochains mois a rendu attractives certaines obligations périphériques, et nous restons ainsi surpondérés sur le marché italien." Inversement, il souligne être actuellement sous-pondéré sur les obligations britanniques.

Moins attractif

Sam Vereecke, gestionnaire du fonds DPAM Horizon Bonds Global Inflation Linked, estime également que le mouvement de hausse sur les obligations indexées sur l'inflation n'est pas près de s'arrêter : " Il est toutefois important de noter que cette classe d'actifs n'est plus aussi attractive qu'en 2016, mais les attentes sur l'inflation américaine sont toujours sous les niveaux historiques."

" Nous nous attendons à trois hausses des taux cette années de la part de la Réserve fédérale américaine, avec un impact limité sur la partie longue de la courbe des taux réels (après inflation) ", souligne Sam Vereecke. Dans l'absolu, le gestionnaire estime également que le potentiel haussier des taux obligataires reste limité sur le long terme.

Maturité courte

Un produit original

M&G propose un nouveau produit original dans le domaine de la protection contre l'inflation. Il s'agit ici d'un fonds en dette d'entreprise, positionné en majorité sur le secteur financier britannique qui émet de plus en plus souvent des obligations assorties d'une protection contre l'inflation. "La protection contre l'inflation est une thématique qui parle beaucoup aux investisseurs britanniques, souligne Anthony Doyle (Investment Director chez M&G). C'est le plus grand risque qui puisse exister pour un investisseur obligataire, et le danger a rarement été aussi élevé qu'à l'heure actuelle."

Il ajoute que le marché primaire est désormais suffisamment dynamique pour permettre la création d'un produit comme M&G European Inflation Linked Corporate : "L'avantage de ce fonds est qu'il va suivre de manière beaucoup plus proche la hausse de l'inflation, tandis que les fonds traditionnels resteront avant tout impactés par les mouvements de hausse et de baisse sur les taux obligataires à 10 ans."

Pour Jonathan Balthora (Axa IM), " la hausse des prix va se poursuivre sur les mois à venir, mais l'augmentation de l'inflation sous-jacente (hors pétrole) devrait être plus progressive " et pourrait se rapprocher de 2,5 % et de 1,3 % en zone euro, des niveaux souvent supérieurs à ceux anticipés par le marché des obligations indexées à l'inflation.Il souligne également que c'est surtout sur les maturités courtes que l'essentiel du potentiel se situera : " La mise en place d'une protection contre l'inflation doit être une priorité pour les investisseurs obligataires."