Bien que moins médiatique que le plongeon des valeurs technologiques, la chute des marchés émergents est tout aussi vertigineuse. Depuis le pic de début 2021, la capitalisation de l'indice boursier MSCI Emerging Markets a fondu de 4.000 milliards de dollars. Les marchés obligataires se sont dépréciés de 1.000 milliards de dollars selon l'agence Bloomberg. Et les investisseurs (occidentaux) ont retiré des capitaux des pays émergents au cours des 15 derniers mois.
...

Bien que moins médiatique que le plongeon des valeurs technologiques, la chute des marchés émergents est tout aussi vertigineuse. Depuis le pic de début 2021, la capitalisation de l'indice boursier MSCI Emerging Markets a fondu de 4.000 milliards de dollars. Les marchés obligataires se sont dépréciés de 1.000 milliards de dollars selon l'agence Bloomberg. Et les investisseurs (occidentaux) ont retiré des capitaux des pays émergents au cours des 15 derniers mois. Les investisseurs redoutent notamment l'impact des nouveaux confinements en Chine, de la guerre en Ukraine ou de la forte inflation. Nombre de pays émergents sont particulièrement exposés à l'envolée des prix de l'énergie et des produits alimentaires car ils dépendent largement des importations et ces postes pèsent plus lourd dans le budget des ménages. La principale inquiétude des investisseurs est toutefois la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). Les pays émergents y sont exposés de différentes manières. Premièrement, la remontée des taux aux Etats-Unis renchérit le coût de leurs dettes en dollars et contraint les banques centrales locales à maintenir les taux élevés pour attirer des capitaux étrangers - même si la conjoncture locale ne s'y prête pas. Ces dernières semaines, les autorités monétaires du Brésil, du Chili, d'Inde, du Nigéria ou d'Afrique du Sud ont notamment relevé leur taux directeur. Ensuite, la remontée des taux outre-Atlantique soutient le dollar américain, ce qui rend notamment le remboursement des dettes en dollars ou les importations de matières premières plus coûteux. Après une dépréciation globale de 5.000 milliards de dollars, les marchés émergents sont toutefois devenus beaucoup plus attractifs en termes de valorisation. Le MSCI Emerging Markets, qui rassemble près de 1.400 actions de 24 marchés émergents de référence, se traite désormais à 11 fois les bénéfices prévus. Un multiple inférieur à la moyenne historique et présentant une décote de près de 40% par rapport à Wall Street. Du côté des obligations, les titres souverains des pays émergents en dollars affichent un surrendement de près de 5% par rapport aux bons du Trésor américain, une prime supérieure à la moyenne. Et un niveau charnière qui avait marqué le début du rebond des obligations des pays émergents en 2011 et 2015. Ces dernières semaines, de plus en plus de gestionnaires s'intéressent ainsi à nouveau aux marchés émergents. "Il est raisonnable de penser que le mouvement de vente panique est derrière nous, estime Jennifer Kusuma, stratégiste senior pour l'Asie chez Australia & New Zealand Banking Group. Le marché offre des niveaux d'entrée décents pour un positionnement tactique ou pour les investisseurs à long terme qui sont moins affectés par la volatilité du marché." Marcelo Assalin, responsable de la dette des marchés émergents chez William Blair Investment Management, souligne que les crises des marchés émergents sont (traditionnellement) créées par une crise monétaire ou une crise financière. "Et je n'en vois pas à l'horizon", ajoute-t-il. Dans leurs perspectives pour la période 2022-2024, les économistes de la Deutsche Bank soulignaient aussi que "les marchés émergents sont globalement moins exposés au resserrement de la politique monétaire de la Fed" que par le passé. Ils s'attendent ainsi à ce que "la croissance de certaines régions clés des marchés émergents s'accélère modérément". Ils tablent notamment sur une accélération de l'économie en Chine ou au Brésil en 2023 et en 2024. Enfin, même si les résultats des entreprises du premier trimestre ont déçu dans les pays émergents, les perspectives restent favorables. Les profits du MSCI Emerging Markets devraient se tasser de 1% cette année, en raison notamment de la guerre en Ukraine et des confinements en Chine, avant de rebondir de 10% en 2023 selon les données du gestionnaire d'actifs Franklin Templeton. Malgré ces nombreux arguments, le retour vers les marchés émergents demeure fébrile. Paul Greer, gestionnaire de fonds chez Fidelity International, évoque ainsi "une approche moins baissière". Même s'il admet que les valorisations et l'image technique (analyse des tendances) sont plus favorables, ce dernier épingle des fondamentaux encore sous pression. Rajeev De Mello, gestionnaire de portefeuille chez Gama Asset Management à Genève, se dit toujours "baissier" sur les obligations émergentes en raison du cycle de resserrement monétaire agressif des banques centrales occidentales. La Fed a ainsi relevé son taux directeur de 0,50% en mai, plus importante hausse depuis l'an 2000, et compte poursuivre sur cette voie au cours de ses prochaines réunions. Par ailleurs, les pays émergents sont aussi exposés à de nombreux risques internationaux. Une dégringolade des marchés occidentaux, causée par exemple par une remontée plus forte des taux, une aggravation des conflits géopolitiques ou une nouvelle vague de la pandémie, entraînerait presque à coup sûr une chute des marchés émergents. Enfin, nombre d'investisseurs sont probablement refroidis par l'historique des marchés émergents. Sur 10 ans, le MSCI Emerging Markets affiche un maigre rendement annualisé de 2,89%, contre plus de 10% pour l'indice MSCI World des marchés développés mondiaux (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest et du Nord, Japon, Hong Kong, Singapour, Océanie). Même s'ils offrent d'ores et déjà des opportunités, les marchés émergents font donc face à des perspectives incertaines. Il convient donc de s'exposer progressivement. Reste à déterminer comment! Pour un investisseur particulier, les fonds (actifs ou indiciels) sont évidemment à privilégier, l'achat de titres directs étant complexe et coûteux. En actions des pays émergents, vous pouvez par exemple vous contenter d'un fonds sur l'indice MSCI Ermerging Markets comme l'ETF Xtrackers MSCI Emerging Markets (Bourse de Francfort ; ISIN: IE00BTJRMP35 ; frais annuels de 0,18%). Il s'agit d'une option facile et bon marché pour miser sur les actions des pays émergents. L'inconvénient de l'indice MSCI Emerging Markets est sa forte dépendance à la Chine (pondération de 30,6%) et à Taiwan (15,5%). Ces marchés globalement plus développés connaissent aussi des enjeux différents. L'industrie des semi-conducteurs, avant tout dépendante de la demande mondiale, est ainsi prépondérante à Taiwan. TSMC, le leader mondial des puces électroniques, représente à lui seul plus de 40% de la Bourse taiwanaise. En Chine, la régulation des entreprises technologiques et les tensions sur le marché immobilier risquent de perturber la tendance sur les marchés d'actions. Une approche alternative/complémentaire par pays est donc opportune, surtout que tous les marchés émergents ne sont pas logés à la même enseigne face aux défis actuels, comme l'expliquent les spécialistes de Lazard Asset Management. "Les pays d'Europe centrale et orientale sont directement affectés par les retombées de la guerre en Ukraine en raison de leur proximité géographique avec le conflit ainsi que de leurs liens économiques et financiers historiquement plus importants. La croissance dans la région devrait être revue sensiblement à la baisse." Par contre, "les pays exportateurs de matières premières en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique sont géographiquement isolés du conflit en Europe et devraient bénéficier de la hausse des prix du pétrole, des métaux et d'autres matières premières. Des pays comme l'Angola et l'Equateur ont été parmi les plus performants au cours des derniers mois." Le Brésil, avec ses producteurs de pétrole (Petrobras), de minerais (Vale) et de céréales, est ainsi bien positionné d'un point de vue économique. L'indice Bovespa de la Bourse de São Paulo est de plus très bon marché avec un ratio cours/bénéfices de 6 et un rendement de dividende de plus de 9%. Toutefois, une revalorisation de la Bourse brésilienne passe inévitablement par un regain de confiance des investisseurs internationaux après 10 années marquées par les affaires de corruption et un net ralentissement économique. Dans ce contexte, les élections présidentielles d'octobre pourraient limiter le rebond à court terme, l'opposant et ex-président Lula da Silva étant donné gagnant selon les sondages. L'ETF HSBC MSCI Brazil UCITS (Euronext Paris ; ISIN: IE00B5W34K94 ; frais annuels de 0,50%) vous permet de miser aisément sur les actions brésiliennes. Un investissement plus large sur l'Amérique latine, notamment via l'ETF Amundi MSCI Latin America (Euronext Paris, ISIN: LU1681045024 ; frais annuels de 0,20%), présente aussi un certain intérêt. Outre le Brésil (pondération de 63% dans l'indice MSCI Latin America), vous profitez aussi notamment du potentiel de la Bourse mexicaine ou du Chili. Ce dernier est le premier producteur mondial de cuivre (28% de l'offre) et de lithium (24%), deux métaux cruciaux de l'électrification et de la transition énergétique. A la traîne depuis une dizaine d'années et très bon marché (7 fois les bénéfices), la Bourse de Santiago semble ainsi avoir entamé un rebond dans le sillage de la SQM (Sociedad Química y Minera de Chile), premier producteur mondial de cuivre et très actif dans le lithium ou les engrais. Toutefois, après trois années de conflits sociaux, la tension reste palpable malgré la victoire de l'opposant de gauche radicale Gabriel Boric et la nouvelle constitution en cours d'élaboration. Si vous souhaitez investir (une petite partie de votre portefeuille) en actions chiliennes, vous pouvez cibler les principales entreprises cotées sous la forme d'ADR sur la Bourse de New York (SQM, Banco de Chile, Banco Santander Chile, Compania Cervecerias Unidas, Enel Chile), le seul ETF sur le Chili n'étant pas disponible pour les investisseurs européens. La principale zone émergente est évidemment l'Asie qui héberge pour rappel près de 60% de la population mondiale. Récemment, les commentaires sur les Bourses chinoises sont devenus plus positifs malgré les confinements. Selina Sia, responsable de la recherche pour la Chine chez Credit Suisse Wealth Management, se déclare ainsi "plus optimiste" sur les actions chinoises. Elle épingle notamment la reprise en main de la pandémie, des résultats d'entreprises résilients et le soutien des autorités. La banque centrale chinoise a notamment assoupli sa politique en baissant certains taux directeurs. Rappelons que la Chine est déjà très bien représentée dans les produits ciblant les marchés émergents dans leur ensemble. Les Bourses indiennes ont assez peu corrigé depuis le début de l'année (-8% pour l'indice Sensex contre -16% pour le S&P 500 américain). Toutefois, cela a suffi à faire revenir la valorisation à 20 fois les bénéfices prévus grâce à la forte croissance des profits des entreprises. Selon le consensus compilé par Yardeni Research, les bénéfices des actions indiennes ont rebondi de 36% en 2021 et devraient croître de 20% en 2022 et de 14% en 2023. Le pays peut notamment compter sur sa population jeune et sa présence mondiale dans les technologies numériques. L'ETF Xtrackers MSCI India Swap UCITS (Bourse de Francfort ; LU0514695187 ; frais annuels de 0,75%) est exposé à une centaine d'actions indiennes. Si vous souhaitez une approche plus globale et active, le fonds JP Morgan Emerging Markets Equity (disponible en euros sous le code ISIN: LU0217576759) est une référence sur les actions des pays émergents avec une note argent et quatre étoiles décernées par Morningstar. Actuellement, il surpondère un peu la Chine à 31% du portefeuille et beaucoup l'Inde. Pour profiter des taux élevés des obligations des pays émergents, très peu accessibles pour les particuliers, un fonds est également tout indiqué. L'un des mieux notés est Fidelity Emerging Market Debt (ISIN: LU0238205289) qui a une approche plus diversifiée entre obligations souveraines et d'entreprises et privilégie les titres à coupon élevé. Cela lui permet d'afficher un rendement de 9,54% avec une exposition à des marchés frontières comme l'Egypte, la Roumanie, le Nigéria ou le Ghana. Autre fonds en vue, MFS Meridian Funds Emerging Markets Debt (ISIN: LU0219422606) a une stratégie plus prudente à l'heure actuelle avec un rendement de son portefeuille de 6,9%, légèrement inférieure à l'indice de référence.